par Christian Du Brulle

Quand il pénètre dans Bruxelles par la E-411, l’automobiliste est loin de se douter qu’il longe une des zones les plus riches de la capitale en matière de biodiversité. A hauteur de la première sortie de l’autoroute, après le carrefour Léonard, celle qui débouche près de la chaussée de Wavre à Auderghem, le Jardin Botanique Jean Massart regorge de trésors discrets.

 

C’est ce que vient de confirmer l’étude menée par le Dr Alain Drumont, entomologiste de l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique (IRSNB), et son collègue le Dr Hugo Raemdonck, spécialisé en coléoptères.

 

« Après un an de travail au Jardin Massart, qui jouxte le Rouge-Cloître et la Forêt de Soignes, nous avons identifié un millier d’espèces d’insectes et d’araignées différentes », confirme Alain Drumont. « Soit, pour certaines espèces, quasi un quart de toutes celles présentes en Belgique. Incroyable quand on sait que ce jardin est situé en zone urbaine et qu’il ne fait que cinq petits hectares à peine »!

 

Découverte de 25 espèces de Mycetophilides inconnues en Belgique

 

« Avec divers scientifiques et volontaires, nous avons récolté, piégé, trié et enfin épinglé de multiples spécimens », détaille le chercheur. « Nous avons ensuite envoyé divers exemplaires de ces spécimens à une trentaine de spécialistes de certains groupes en Belgique, en France mais aussi en Estonie. C’est grâce à cette collaboration, notamment, avec un expert estonien en Mycetophilides (espèce dont les larves vivent dans des champignons) que quelque 25 nouvelles espèces de ce groupe, inconnues en Belgique, ont pu être identifiées ».

 

La valse des chiffres est impressionnante. Les biologistes ont également recensé dans le Jardin Massart un cinquième de toutes les espèces belges de longicornes et de charançons. Pour les syrphides, c’est plus d’un quart de toutes les espèces belges, et pour les coccinelles, presque un tiers qui y a été identifié.

 

Un jardin botanique diversifié et bien entretenu comme clé de ce succès

 

Mais qu’est-ce qui explique cette biodiversité exceptionnelle dans un domaine de 5 hectares situé quasi en pleine ville?  « Plusieurs facteurs peuvent entrer en ligne de compte », estime le scientifique. « Il y a d’abord le Jardin en lui-même. En 1922, Jean Massart a voulu recréer dans cet espace le plus grand nombre de biotopes naturels existant en Belgique. Pointons par exemple la prairie à orchidées ou la zone humide , Cette multitude de biotopes, maintenue depuis près de 100 ans, est une des clés de cette biodiversité.».

 

Le travail des gestionnaires du site, Bruxelles Environnement mais aussi l’Université Libre de Bruxelles (ULB), a également joué un rôle primordial.

 

Les insectes voyagent aussi… par la route

 

De manière assez surprenante, la proximité de l’autoroute et son intense trafic automobile constituent aussi un avantage pour la diversification entomologique. « Ces véhicules transportent parfois des insectes vers Bruxelles. C’est ainsi que quatre espèces de coléoptères qui sont actuellement en expansion en Belgique se retrouvent également au Jardin Massart. », estime le Dr Drumont, dont un longicorne qui n’avait avant cela été signalé qu’une seule fois, en 2012, dans l’entre Sambre et Meuse.

 

Alain Drumont travaille désormais sur les publications scientifiques concernant ces découvertes. « Nous en avons une dizaine en préparation », conclut-il.

 

 

Une nouvelle espèce d’abeille solitaire découverte l’été dernier

 

Une nouvelle espèce d’abeille solitaire a été identifiée l’été dernier, à Bruxelles.  Plusieurs exemplaires mâles de l’espèce Hylaeus punctatus, une espèce d’abeille qui n’avait jamais été observée en Belgique, ont été repérés en divers lieux à Bruxelles. Cette abeille répandue dans le bassin méditerranéen n’avait été mentionnée qu’une seule fois au Benelux, en 1967 au Grand-Duché de Luxembourg.