par Daily Science

Les Néandertaliens qui vivaient dans les grottes de Goyet, (province de Namur) étaient cannibales. C’est ce que montrent des traces de découpe relevées sur plusieurs os retrouvés dans la cavité naturelle et qui viennent d’être analysées par une équipe internationale de scientifiques, dont Mietje Germonpré et Patrick Semal de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique. Ils ont en effet découvert des traces de cannibalisme sur des os de Néandertaliens provenant des Grottes de Goyet, près de Namur.

 

Collection des ossements néandertaliens de la Troisième caverne de Goyet appartenant à au moins cinq individus. Les os avec un * ont été datés au carbone 14 : ils sont vieux de 40 500 à 45 500 ans. © IRSNB

Collection des ossements néandertaliens de la Troisième caverne de Goyet appartenant à au moins cinq individus. Les os avec un * ont été datés au carbone 14 : ils sont vieux de 40 500 à 45 500 ans. (Cliquer pour agrandir) © IRSNB

 

Les ossements portent des traces de dépeçage et de boucherie (coupures, cassures et impacts de percussion), de désarticulation et d’extraction de la moelle. « C’est la première fois que des traces de cannibalisme sont identifiées chez des Néandertaliens du Nord de l’Europe », indique l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique, où sont conservés une partie de ces restes humains. Les Néandertaliens de Goyet ont vécu il y a 40 500 à 45 500 ans, c’est-à-dire juste avant l’arrivée de l’Homme moderne en Europe.

 

Les différentes traces de boucherie sur deux fémurs néandertaliens. Les deux impacts sur le fémur de gauche proviennent de tentatives pour briser les os et en extraire la moelle. Le fémur de droite porte des traces de découpe et d’utilisation comme retouchoir d’outils en silex. © IRSNB

Les différentes traces de boucherie sur deux fémurs néandertaliens. Les deux impacts sur le fémur de gauche proviennent de tentatives pour briser les os et en extraire la moelle. Le fémur de droite porte des traces de découpe et d’utilisation comme retouchoir d’outils en silex. © IRSNB

 

Quatre autres sites, en France et en Espagne, avaient déjà livré des preuves indiscutables de cannibalisme néandertalien. Goyet en est le premier exemple dans le nord de l’Europe.

 

Nouveaux restes humains appartenant à cinq individus

 

« Les Néandertaliens de Goyet ont-ils dépecé les restes de leurs semblables lors de rituels ? Ou ces restes constituaient-ils une source ordinaire de nourriture ? Impossible à dire, » souligne le Muséum.

 

« Mais l’étude des ossements a révélé un autre point important : un fémur et trois tibias ont servi à retoucher les bords d’outils en silex. Les Néandertaliens utilisaient couramment des retouchoirs en os d’animaux, mais rarement en os humains : Goyet est l’un des quatre sites où l’on en a découvert et le seul à en avoir livré plusieurs.

 

L’équipe pluridisciplinaire a réexaminé des milliers de fragments osseux, animaux et humains, mis au jour par le géologue belge Édouard Dupont dans les années 1860 dans la Troisième caverne de Goyet. Les différentes analyses ont permis d’identifier 99 nouveaux restes néandertaliens, appartenant à au moins cinq individus, faisant de Goyet la collection de restes néandertaliens la plus importante du nord de l’Europe.

 

Grande diversité de comportements mais faible diversité génétique

 

« Leur découverte montre une variété des pratiques mortuaires chez les Néandertaliens récents du nord de l’Europe. A Goyet, ils mangeaient probablement leurs morts, alors que dans les autres sites, comme à Spy notamment, ils les enterraient », indique le Muséum.

 

Les Néandertaliens récents du nord de l’Europe présentaient une importante diversité de comportements, au niveau des pratiques mortuaires, mais aussi des outils en pierre, mais une faible diversité génétique. Autrement dit, les différents petits groupes avaient peu de contact entre eux et n’avaient plus d’échanges culturels peu avant leur disparition.

 

Rappelons que la Troisième caverne de Goyet a également livré des ossements identifiés récemment par la même équipe comme les premiers restes humains modernes de Belgique datant du Paléolithique supérieur.