par Violaine Jadoul

Série (5) / « PassionS de chercheurs »
 

Quand on fait de la recherche, il est clair que ses travaux scientifiques constituent la première des passions du chercheur. Mais ces femmes et ces hommes qui font progresser nos connaissances ont aussi besoin de lever le pied de temps à autre. Il s’agit de garder le contact avec la Société, de « recharger » ses batteries, s’aérer les méninges. Vivre, tout simplement. Cet été, Daily Science vous emmène à la rencontre de quelques-un(e)s de ces passionné(e)s. Une autre manière de découvrir la Science qui se développe dans nos universités.
 
Caroline Simon est doctorante assistante au Centre d’histoire du droit et d’anthropologie juridique (CHDAJ) à l’ULB. C’est la question de la diversité culturelle dans la justice familiale civile belge qui est au cœur de ses recherches. Qu’elle est cette diversité ? Quels impacts a-t-elle sur le processus de la justice ?
 
Ce sont les familles à composante migratoire qui constituent son objet de recherche, soit des familles dont les adultes ont connu personnellement la migration ou bien leurs propres parents. Dans le second cas, il faut que les adultes gardent des liens très forts avec leur pays d’origine. Ils en parlent la langue, ont encore de la famille là-bas et vont régulièrement dans ce pays.
 
La diversité culturelle et la justice
 
Les impacts de la diversité peuvent être multiples. Cela peut concerner la difficulté à poser une requête ou à avoir accès à l’aide juridique.
 
« Il peut aussi y avoir des questions de forme : la compréhension de la procédure ou la manière de se présenter devant le juge par exemple. Enfin, il y a des questions plus implicites, au détour d’une phrase ou d’une remarque, sur l’éducation trop traditionnelle ou le port du voile. L’idée est d’essayer de démêler les fils de toute cette diversité et de voir quels en sont les impacts. Je ne veux pas avoir une vision normative de ce qu’il faut faire ou pas mais attirer l’attention des juges sur cette question », explique la chercheuse.
 
L’équipe féminine des Churubamba, à Forest
 
Voilà pour le côté pile de ses passions. Le côté face se joue sur un terrain de football à Forest. Depuis un an et demi, Caroline Simon chausse ses crampons une fois par semaine pour rejoindre l’équipe féminine des Churubamba.
 
« Je cherchais à refaire du sport et à me changer les idées après le boulot. Cette équipe de foot s’est créée de manière collective et spontanée », raconte Caroline Simon qui a assisté à la naissance de l’équipe. « Au premier entraînement, on était une petite trentaine (actuellement, l’équipe compte 25 joueuses). Les filles ont trouvé un coach. Et la sauce a pris », sourit-elle.
 
Le collectif est composé de femmes de Forest essentiellement, âgées de 30 à 45 ans et dont la majorité a des enfants. « Nous venons d’horizons différents mais cela a marché directement. On est toutes sur la même longueur d’onde. Ce fut une belle surprise ».
 
Troisième mi-temps
 
« L’autre fut de découvrir que j’aimais le football, alors que je n’en avais jamais fait. Sportivement et collectivement, c’est un sport qui me plaît. Le football est rapidement devenu nécessaire pour me défouler mais aussi pour retrouver les filles de l’équipe », explique Caroline Simon.
 
Elle aime en effet passer un moment avec ses coéquipières et débriefer le match ou l’entraînement autour d’une bière.
 
Le collectif comme moteur
 
A priori son hobby se situe aux antipodes de sa recherche. En y réfléchissant bien, Caroline Simon y décèle de nombreux liens. Ce qu’elle aime ce sont les collectifs.
 
« Avant de faire du foot, j’allais courir seule, mais ce n’était pas motivant. Le côté collectif me manquait dans ma pratique sportive. A l’université, nous ne sommes que quatre dans le centre de recherche, mais nous essayons de nous tenir au courant des activités des uns et des autres. La recherche a un côté assez solitaire. Nous tentons de développer l’aspect collectif et une autre manière de faire de la recherche. J’écris souvent des articles avec mes collègues et nous faisons des projets ensemble », explique Caroline Simon.
 
Comme l’équipe de foot est toute nouvelle, il est nécessaire de construire le projet petit à petit. « C’est un peu comme dans la recherche », souligne Caroline Simon. Elle a décidé de faire partie du comité de gestion du club. Elle gère les contacts avec la commune ou encore les files d’attente (car les demandes d’inscription sont nombreuses !). A l’université, elle n’hésite pas non plus à faire partie d’organisations diverses. « Pour qu’une institution fonctionne, il faut s’y investir. C’est la même chose pour l’équipe de football », dit-elle.
 
Déjouer les stéréotypes
 
Enfin, un des thèmes chers à la chercheuse, et non des moindres, est la question du genre. Une thématique qu’elle développe à côté de sa thèse.
 
« C’est une question importante pour moi. Or, faire du football en tant que femme déjoue les stéréotypes. Cela permet de prendre de l’assurance dans son identité de femme mais aussi de mère. On s’approprie un terrain plutôt occupé par les hommes », souligne Caroline Simon.
 
Le nom de l’équipe, Churubamba, ne dit pas le contraire. Il s’agit d’un petit village péruvien dans lequel les femmes jouent au football. « Régulièrement, elles laissent les enfants et les maris au village et vont jouer au football contre d’autres équipes de femmes », raconte Caroline Simon. A Forest, les femmes ne font pas autre chose.