par Camille Stassart

Série (7) / « PassionS de chercheurs »
 
Son professeur d’histoire pensait qu’elle deviendrait historienne. À l’université, un de ses enseignants était persuadé qu’elle se dirigerait vers l’architecture. Mais c’est pour les étoiles que Yaël Nazé s’est passionnée.
 
Docteur en astrophysique à l’Université de Liège (ULg), Yaël Nazé cultive aussi un intérêt pour les arts. Son temps libre, elle l’octroie à la création de vitraux et de bijoux.
 
« Pour moi, il n’y a pas d’antinomie entre les sciences et les arts. Ce sont simplement des choses différentes qui se nourrissent d’une même curiosité du monde » affirme l’auteure de « Art et astronomie ».
 
Des étoiles massives plein les yeux
 
Chercheuse qualifiée F.R.S.-FNRS depuis 2009, ses recherches portent sur les étoiles massives. Des étoiles rares et mystérieuses.
 
« Nous ignorons encore beaucoup de choses sur ces étoiles. Par exemple leur masse supérieure ou les propriétés du vent très fort qu’elles émettent » énonce Yaël Nazé.
 
Ces objets stellaires vivent seulement quelques millions d’années.
 
« Elles possèdent une masse au moins 100 fois supérieure à celle du Soleil, mais sont un million de fois plus lumineuses. Elles ont donc 100 fois plus de carburant, mais elles l’utilisent un million de fois plus vite » explique-t-elle.
 
Emettant énormément d’énergie, ces étoiles ont beaucoup d’influence sur leur milieu. Leurs vents ou leur mort en supernova dominent et sculptent littéralement les galaxies.
 

« En apprendre plus sur les étoiles massives permet de comprendre comment les populations d’étoiles se forment et évoluent. Ainsi que leurs planètes.Il semblerait en effet que certaines extinctions sur Terre sont peut-être liées à l’explosion de supernovas proche de nous ».
 
L’étude des objets célestes a toujours fasciné Yaël Nazé. « Je veux faire de l’astronomie depuis toute petite ».
Mais ajoute aussitôt être aussi intéressée par la culture en général. « Je ne me vois pas faire des calculs dans mon coin et rien d’autre ».
 
La chercheuse apprécie particulièrement trouver de nouveaux moyens pour parler d’astronomie. « Je donne des cours, j’écris dans des revues, j’essaie aussi de trouver des angles différents » précise l’astrophysicienne.
Un de ces moyens d’expression est l’art. Depuis près de 15 ans, Yaël Nazé crée durant son temps libre des vitraux. Certains sur des thèmes astronomiques.
 

Le verre, une histoire de famille
 
Cet attrait pour le verre lui vient de son père, originaire de Mons.
 
« Dans le Borinage, on pense souvent au charbon, mais il y avait aussi dans la région énormément d’usines de verre. Et la famille de mon père travaillait dans le secteur. Quand le comptoir d’optique où mon père travaillait a fermé à la fin des années 90, lui et moi avons commencé à réaliser des vitraux durant notre temps libre ».
 
Chacun associant son savoir-faire : le père coupe le verre, quand la fille réalise les dessins et choisit les teintes.
 
« J’apprécie beaucoup travailler avec du verre structuré car, quand ils sont éclairés, la lumière se diffuse différemment d’un endroit à l’autre », précise-t-elle.
 
Au fil des années, de nombreuses pièces ont été créées. « On en a réalisé aussi sur miroir. D’autres pièces plus petites ont été conçues pour faire des lampes ».
 
La science dans les bijoux
 
Aujourd’hui, Yaël Nazé a un peu freiné cette activité. Pour le moment, elle s’investit dans la création de bijoux et accessoires didactiques. Des colliers, des bracelets, et même une écharpe. La chercheuse présente tour à tour ses créations avec entrain.
 
« Cette écharpe retrace toute l’évolution de l’univers. Là c’était un premier essai sur du tissu ».
 
« Ici c’est l’évolution du soleil en bracelet. Et comme son évolution est cyclique, le bracelet s’y prête très bien. Et on peut aussi le reproduire pour les étoiles massives ! »
 
Ces créations mêlant esthétisme et astronomie se placent dans une démarche de vulgarisation scientifique.
 
« L’idée était de faire des bijoux relativement simples pour que ça puisse être facilement reproduit. La manière pour les créer a déjà été diffusée dans la revue Cosinus Dans les écoles, les enfants peuvent par exemple les concevoir à l’occasion de la fête des Mères, tout en apprenant quelque chose ».
Une version sous forme de fiche sera aussi publiée sur le site « Réjouiscience » cet été.
 
La curiosité avant tout
Que cela soit la réalisation de vitraux ou d’accessoires, Yaël Nazé définit ces activités extra-professionnelles comme un besoin.
 
« J’aime me concentrer sur des choses manuelles. Je ne saurais pas expliquer vraiment pourquoi. J’ai besoin d’explorer les choses de manière large et par tous les aspects. Science et l’art ne sont pas contradictoires. Leur dénominateur commun ? La curiosité!»