par Camille Stassart

Si elles avaient le choix, les vaches mangeraient-elles autre chose que de l’herbe ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre Sophie Vandermeulen, doctorante à Gembloux Agro-Bio Tech  en collaboration avec le Centre des Technologies Agronomiques (CTA) et le Centre wallon de Recherches Agronomiques (CRA-W).
 
Une haie comme source de fourrage
 
Les chercheurs ont comparé le comportement de 12 génisses laitières.
 
« On a choisi spécifiquement des génisses car elles ne consomment, a priori, que de l’herbe. À la différence des vaches laitières en production auxquelles on fournit des compléments alimentaires » précise Jérôme Bindelle, Professeur à Gembloux et promoteur du projet.
 
L’expérience, menée au CTA, consistait à séparer ces génisses en deux groupes. Le premier a été placé dans une simple prairie. Quand l’autre se trouvait dans un pré bordé d’une haie, composée de 11 espèces d’arbres et arbustes.
 
« De mai à septembre, j’ai observé le comportement de chaque troupeau pendant 3 jours, de 6 à 20h» indique Sophie Vandermeulen.
 
Les 11 variétés de plantes présentent dans la haie n’ont pas été choisies au hasard. Christian Marche, un des auteurs de l’étude, alors Directeur du CTA, nous précise qu’elles possèdent certaines vertus phytothérapiques.
 

 
Les vaches connaissent leur propre besoin
 
Quelle que soit la saison, les vaches ont ingéré les feuilles des arbustes de la haie. Les scientifiques ont pu remarquer que ce comportement a été bénéfique pour les animaux.
 
« Les analyses des matières fécales de ces génisses ont montré que le groupe expérimental s’était nourri en moins grande quantité, et que ce qu’il avait ingéré présentait une valeur nutritive supérieure ou similaire par rapport à l’autre groupe. En d’autres termes, en présence de ces plantes, les vaches ont mangé moins et mieux » résume le Pr Bindelle.
 
L’expérience a aussi permis de mettre en évidence les habitudes alimentaires des génisses.
 

« En les observant, j’ai pu noter qu’elles préfèrent certaines variétés en particulier. À savoir le charme, l’aubépine, le noisetier et le cornouiller sanguin » énonce Sophie Vandermeulen.
 
Son promoteur expose que « ces plantes ont une teneur en protéine plus élevée que l’herbe, et moins élevée en fibres, ce qui les rend plus digestes. De plus, elles contiennent davantage de tanins. Une substance ayant une action antibactérienne et qui lutte contre les parasites gastro-intestinaux ».
 
Instinctivement, ces génisses ont donc su vers quelles plantes se tourner pour améliorer leur santé ruminale et intestinale.
 
Des bénéfices multiples
 
Bien souvent, les haies sont réimplantées en bordure de champs ou de prairies car elles présentent un intérêt environnemental. En étant des refuges pour les animaux, ou en luttant contre l’érosion des sols.
Cette première étude tend à prouver que les haies offrent aussi des avantages nutritionnels.
 
À cela s’ajoute la protection du bien-être de l’animal : « les arbres et arbustes peuvent protéger les bovins des conditions météorologiques. Le bleu blanc belge, par exemple, a une peau très sensible et souffre de coups de soleil, dont il peut même succomber, s’il n’a pas d’abri » signale Christian Marche.
 
Les scientifiques souhaitent, pour toutes ces raisons, approfondir à l’avenir leur connaissance sur le sujet. Et encourager les agriculteurs à intégrer ces plantes en milieux agricoles.
 
« Intégrer ces plantes aux champs et prairies reste en plus économiquement rentable pour les agriculteurs. Puisqu’ils y gagnent en frais de nourriture, mais aussi en frais vétérinaires » conclut l’ancien Directeur du CTA.