par Christian Du Brulle

Quelque deux millions de chats vivent en Belgique. Mais d’où viennent ces félidés et comment sont-ils devenus nos animaux domestiques ? Des chercheurs de l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique (IRSNB) et de l’Université de Louvain (KULeuven) ont tenté de lever le voile sur ces mystères. Et ils ont réussi.

 

Avec des collègues français de l’Institut Jacques Monod, à Paris, Claudio Ottoni, paleogénéticien du Centre des sciences archéologiques de la KULeuven, mais aussi Wim Van Neer (KULeuven et IRSNB) ainsi que Bea De Cupere (IRSNB), ont analysé l’ADN mitochondrial de quelque 230 chats âgés de 100 à 9.000 ans prélevé dans des ossements de spécimens d’Europe, d’Asie du Sud-Ouest et d’Afrique.

 

Une origine anatolienne et néolithique

 

Leur constat: le rapprochement entre le chat sauvage et l’homme s’est opéré à la naissance de l’agriculture, voici environ 10.000 ans, quand les chasseurs-cueilleurs ont commencé à vivre dans des habitations sédentaires, du côté du Croissant fertile. C’est donc au Néolithique, et au Proche-Orient que les chats sauvages (Felis silvestris lybica) ont commencé à partager la vie des Hommes. Ils ont été attirés vers les premiers villages d’agriculteurs, principalement par les rongeurs qui eux-mêmes étaient attirés par les réserves de céréales.

 
Les premiers chats transportés en Europe l’ont été lors des migrations néolithiques, il y a au moins 6 400 ans. Ils étaient originaires d’Anatolie comme les humains qui se sont déplacés. 

 

Nos chats domestiques en sont les descendants. Leur ancêtre n’est donc pas, comme on aurait pu le penser, le chat sauvage européen actuel (Felis silvestris silvestris).

 

Répartition des cinq sous-espèces de chats sauvages (Felis silvestris). Cliquer pour agrandir

Répartition des cinq sous-espèces de chats sauvages (Felis silvestris). Cliquer pour agrandir

 

Deux vagues de domestication

 

Les travaux des chercheurs de Bruxelles, Louvain et Paris réservent également une autre surprise.  

 

Ils montrent qu’un second épisode de domestication des chats a eu lieu, mais dans l’Égypte pharaonique cette fois. À l’époque, les Égyptiens se prennent de passion pour les félins. Une passion qui gagne petit à petit Rome et la Grèce, créant ainsi une nouvelle vague migratoire. 

 

« Les interactions entre humains et chats qui se sont développées en Égypte pharaonique ont abouti à une adaptation des chats qui les a rendus très populaires dans tout le monde antique », indiquent les chercheurs de l’Institut Jacques Monod

 

Régression de la variante génétique égyptienne

 
« Ceux-ci se sont propagés massivement à cette époque dans tout le bassin méditerranéen, et au-delà.  Des spécimens ont même atteint la Baltique, dès le 7e siècle de notre ère, en suivant les routes maritimes commerciales et militaires ».

 

« Après un pic au début de l’Empire ottoman, on voit ensuite régresser la signature génétique du chat égyptien dans la population de chats domestiques, au profit de sa variante anatolienne », précisent les chercheurs.

 

Les zébrures du pelage ne cèdent la place aux marbrures que récemment

 

Enfin, un troisième apport de cette étude sur l’origine de nos chats domestiques concerne leur pelage.

 

« Le gène qui code pour les taches, ou marbrures, n’existe que chez le chat domestique, le pelage du chat sauvage étant, lui, exclusivement tigré », rapporte le CNRS, qui relaie les travaux menés par les chercheurs de l’Institut Jacques Monod.

 

Les taches des chats domestiques n’apparaissent qu’entre 500 et 1 300 de notre ère, et deviennent plus fréquentes après 1 300 aussi bien dans l’Empire ottoman qu’en Europe. « C’est très tardif par rapport à d’autres espèces. Mais si c’est une preuve irréfutable de sélection exercée par l’homme, cela ne marque en rien le début du compagnonnage du chat et de l’être humain, qui est bien plus ancien. »

 

Voilà pourquoi les chats représentés sur les peintures égyptiennes antiques ne présentent que des pelages zébrés.

 

Détail d’une peinture d’Anna Macpherson Davies d’un chat en train de manger un poisson, d’après une fresque dans la tombe privée 52 de Nakht, Thèbes, Egypte. © Ashmolean museum, Oxford.

Détail d’une peinture d’Anna Macpherson Davies d’un chat en train de manger un poisson, d’après une fresque dans la tombe privée 52 de Nakht, Thèbes, Egypte. © Ashmolean museum, Oxford.