Demain, tous cartographes!

par Christian Du Brulle

SÉRIE (5 et fin) / Science ou fiction?

Toute cette semaine, en Fédération Wallonie-Bruxelles, l’opération « Printemps des Sciences » plonge aux confins de la science et de la fiction. Daily Science se met au diapason.

Quel attrait présentent les « sciences participatives »? Ce samedi, huit universités du pays vont vous le montrer dans le cadre de leur troisième « Mapathon national ».

Un Mapathon, c’est comme un marathon. Ou comme un Téléthon. Si ce n’est qu’ici on ne court pas et on ne lance pas une campagne de récolte de fonds. La Mapathon belge vise surtout à dessiner, en l’espace de quelques heures, un maximum de cartes géographiques précises en « Open Access » et qui font aujourd’hui défaut pour certaines régions du monde.

« L’opération de cette année est très simple », explique le Pr Eléonore Wolff, qui dirige l’unité de recherche Anageo (« Analyse Géospatiale », Igeat/ULB). « Il s’agit de dessiner en un jour des cartes les plus précises possible localisant routes et bâtiments dans sept états du nord-ouest du Nigéria ».

Enrayer une épidémie de méningite C

Pourquoi y a-t-il urgence? « Parce qu’une nouvelle flambée de cas de méningite C y a été détectée et que Médecins sans Frontières (MSF) souhaite y intervenir pour y distribuer des vaccins, accéder rapidement aux structures de santé ou encore analyser la progression de l’épidémie. Afin de mener ces actions de la manière la plus efficace possible, des cartes détaillées localisant routes et habitations dans cette région du monde sont indispensables. Or, elles n’existent tout simplement pas à l’échelle qui intéresse cette organisation non gouvernementale ».

Le Mapathon va donc mobiliser tous les volontaires, professionnels comme amateurs, prêts à consacrer une partie de leur samedi pour dresser ces cartes manquantes.

Que ce soit en Wallonie, à Bruxelles ou en Flandres, ils vont travailler ensemble sur base d’images satellitaires en haute définition mises à la disposition de l’opération grâce au travail  de l’association OpenStreetMap et de HOT ( « Humanitarian OpenStreetMap Team »), sous la houlette de l’organisation MissingMaps.

L’exemple de l’île congolaise d’Idjwi, sur le lac Kivu

Grâce à des outils de digitalisation simples et accessibles, les volontaires vont tracer les contours de routes, de bâtiments, de zones résidentielles. Autant d’informations utiles ensuite sur le terrain pour les équipes de MSF.

Utile ce Mapathon? L’exemple de l’île d’Idjwi, située sur le lac Kivu, et traitée lors d’une précédente édition de cette opération, le montre à souhait. L’illustration ci-dessous montre, à gauche, ce qu’un site commercial, mais sans doute peu intéressé par cette région du monde, propose pour cette île. Alors qu’à droite, la carte complétée par les volontaires de MissingMaps et du Mapathon belge a permis de localiser des milliers de bâtiments.

Ile d'Idjwi, lac Kivu, Congo.
Ile d’Idjwi, lac Kivu, Congo.

Plus globalement, les volontaires de MissingMaps ont permis de localiser depuis 2014, au fil des diverses opérations, type Mapathon, organisées en Belgique et ailleurs dans le monde, quelque 16,6 millions de bâtiments et tracer les contours de plus de 14 millions de kilomètres de routes bien utiles à la Croix-Rouge, Médecins sans Frontières et de nombreuses autres ONG qui interviennent dans ces régions du monde mal documentées mais qui connaissent des catastrophes naturelles, hébergent des camps de réfugiés ou souffrent d’autres urgences.

En Belgique, la première édition du Mapathon avait rassemblé plus de 200 personnes. En 2017, ce sont 350 personnes qui ont participé au projet dans l’ensemble des universités belges. Rendez-vous samedi à Liège, Mons, Namur, Louvain-la-Neuve, Bruxelles Leuven et Gand pour faire encore mieux?