Rencontres scientifiques : la méthode «Peyresq» plébiscitée

par Christian Du Brulle

PODCAST
 
La plupart des grands colloques scientifiques sont coulés dans le même moule : des communications, des diaporamas, des séances de questions-réponses, des présentations de posters, quelques discussions autour d’une tasse de café…
 
Pour les chercheurs, ces rendez-vous sont incontournables, souvent intéressants, régulièrement frustrants. Soumis à des contraintes de «productivité», s’éclipser toute une semaine relève souvent de la mission impossible pour les chercheurs, d’où la difficulté de pouvoir assister à l’entièreté de ces réunions.
 
Des chercheurs assignés…volontairement à résidence
 
Peyresq, village d'altitudeA Peyresq, c’est une autre histoire!
Dans ce village des Alpes de Haute Provence, perché à quelque 1500 mètres d’altitude, on ne vient pas pour quelques heures.
 
« La situation même du village, son accès peu aisé, motive les participants à assister à l’entièreté de la réunion scientifique », souligne Christophe Vandenberghe, chercheur en pédologie à Gembloux AGro-Bio Tech (Université de Liège).
 
Peyresq village des Alpes de Haute-Provence
 
Au mois de mai dernier, il organisait avec deux collègues une réunion de toute une semaine à Peyresq, sur la thématique des sols et de la matière organique. Et l’essentiel des chercheurs venus échanger sur cette problématique sont restés sur place du premier au dernier jour.
 
« Venir toute une semaine au sommet de la montagne… ? J’ai hésité », confie Kristof Van Oost, de l’Earth and Life Institute (UCL). « Mais je ne le regrette pas du tout. Cet atelier sur les “sols”, a été d’une richesse incroyable ».
 
Un village « belge » dans les Alpes de Haute Provence
 
Peyresq, c’est un village « belge » à vocation studieuse situé à une heure et demie de voiture (ou de train) de Nice et de la Côte d’Azur. Les cigales sont au rendez-vous. Les paysages bleutés également.
 
L’histoire récente du village démarre en 1952.
 
« Alors quasi abandonnés (trois personnes y vivaient encore: le maire, sa femme et leur fille), les lieux sont « redécouverts » par Georges Lambeau, directeur de l’Académie des Beaux-Arts de Namur », rappelle Nicole Lefebvre, de l’Association « Peyresq, Foyer d’Humanisme », qui cogère les lieux. « Il cherchait un lieu d’accueil pour faire retraite avec quelques artistes et étudiants ».
 
Lambeau pensait à une maison. Il découvre un village en quasi-ruine. Pour le remonter, et vu l’ampleur de la tâche, il s’associe avec son ami Toine Smets. La reconstruction du village démarre en 1954. Les maisons sont remontées pierre par pierre, à la main, par des générations d’étudiants de l’Université Libre de Bruxelles, de Mons, de Gembloux, de Liège…
 
Aujourd’hui, la plupart des universités francophones de Belgique y disposent d’une voire plusieurs maisons. Deux ASBL se partagent l’organisation des événements dans le village. L’une d’elles, «Peyresq, Foyer d’Humanisme», basée à Bruxelles, organise l’accueil des participants aux séminaires scientifiques et aux rencontres culturelles de Peyresq. L’autre, Pro Peyresq, est plus orienté vers les séjours de loisir en été.
 
« Cette année, plus d’une vingtaine de groupes viendront à Peyresq », souligne Vinciane, qui orchestre au quotidien, pour « Peyresq, Foyer d’Humanisme », l’intendance sur place.
 
« Ces groupes comptent de 15 à 45 personnes. Certains logent dans leurs propres maisons, comme les étudiants de Gembloux par exemple, qui disposent de la maison Ceres dans le village. D’autres sont logés dans des bâtiments gérés par l’asbl. Les repas sont pris en commun. »
 
Écoutez Christophe Vandenberghe, de Gembloux Agro-Bio Tech (ULg), détailler les abords de la maison « Ceres » à Peyresq et préciser la pertinence des rencontres scientifiques organisées dans ce village de montagne.
 

 

Cette année, le village a déjà vécu au rythme des réunions de mathématiques, de cosmologie, de pédologie, d’écologie, de traitement du signal… Fin octobre, le village sera mis en veille. Indispensable. Les maisons de Peyresq, bien que magnifiquement restaurées, ne sont pas toutes équipées pour l’hiver montagnard.