bacterie

Il y a cent ans, Jules Bordet, le père de l’immunothérapie moderne, décrochait le Prix Nobel de médecine

par Christian Du Brulle

Il y a un siècle, le Belge Jules Bordet était sacré lauréat du prix Nobel de médecine 1919. Cent ans plus tard, son nom résonne encore aux oreilles des spécialistes de l’immunité et du cancer. Le chercheur, qui fut le premier Belge à se voir décerner le Prix Nobel de Physiologie ou de Médecine depuis sa création en 1901, a en effet donné son nom à un Institut scientifique bruxellois qui est devenu un véritable centre de référence en matière de lutte contre le cancer en Belgique.

Institut Pasteur - Archives Jules Bordet
Jules Bordet © Institut Pasteur/Archives Jules Bordet

« Jules Bordet était microbiologiste et immunologiste », rappelle l’Institut Bordet à l’occasion de cet anniversaire. « Ses travaux repris dans le «Traité de l’Immunité dans les maladies infectieuses», démontrent que l’organisme réagit à l’introduction d’agents étrangers (microbes, cellules ou substances) en créant des anticorps. Ceux-ci sont capables de se fixer à ces agents étrangers et de les détruire grâce à un complément naturellement présent dans le sang, l’alexine ».

« Grâce à cette découverte, Jules Bordet pose les fondements de l’immunité humorale. C’est-à-dire la défense de notre organisme par l’action conjointe de ce complément et des anticorps. Le chercheur met en lumière le mode de destruction des microbes chez les sujets vaccinés ».

Le prix de 1919 attribué en 1920

Le Comité Nobel attribue donc à Jules Bordet le Prix de Physiologie ou Médecine pour l’année 1919. En réalité, c’est en 1920 qu’il recevra ce prix. Les archives désormais en ligne de la Fondation Nobel (elles ne sont rendues publiques que 50 ans après l’attribution d’un prix), montrent que le choix du scientifique belge pour le prix de 1919 a été fait sur base de 141 nominations de scientifiques. Jules Bordet y était nominé à treize reprises.

Par contre, aucune explication sur le report d’un an pour l’attribution du prix 1919 n’est explicitement mentionnée. Tout au plus, rappelle-t-on à Stockholm, le Comité Nobel a la possibilité de reporter d’un an sa décision si certaines conditions liées à l’attribution du prix ne sont pas rencontrées.

À noter encore: Jules Bordet n’a pas pu recevoir directement son prix, le 10 décembre 1920 en Suède. Il était alors aux États-Unis. C’est donc un membre du gouvernement belge, dépêché sur place, qui le réceptionna en son nom.

La piste du choléra

« Notre système immunitaire nous protège contre les attaques des microorganismes et des substances toxiques », rappelait à l’époque le Comité Nobel pour motiver son choix. « Le sang contient des facteurs ou des corps qui détruisent les bactéries. Par des études sur le choléra en 1896, Jules Bordet a montré que cela dépendait de la collaboration entre deux types de facteurs dans le sang : les anticorps formés par immunisation contre des bactéries spécifiques et les protéines complémentaires qui existent également dans le sang non immunisé. Les anticorps et les protéines complémentaires sont liés entre eux, ce qui permet de détecter certaines maladies, dont la syphilis ».

En 1894, alors jeune Docteur en médecine de l’Université libre de Bruxelles, Jules Bordet entre à l’Institut Pasteur de Paris où il explore les mécanismes de destruction des bactéries. En 1901, âgé de 31 ans, il fonde l’Institut Pasteur du Brabant, à Bruxelles. Il y poursuivra ses recherches en microbiologie, tout en assurant la chaire de bactériologie de la Faculté de Médecine de l’Université libre de Bruxelles jusqu’en 1935.

Précurseur des recherches actuelles sur l’immunologie

« Les découvertes en immunologie du Professeur Jules Bordet trouvent écho dans les recherches modernes sur l’immunologie, encore largement réalisées de nos jours au sein de l’Institut Jules Bordet », rappelle-t-on à Bruxelles, à l’occasion de ce centenaire.

« Ces études sont à la base de l’immunothérapie, un type de traitement qui vise, entre autres, à « mobiliser » les propres défenses immunitaires du patient pour qu’elles s’attaquent aux cellules cancéreuses et les détruisent. Il s’agit d’un domaine important de la recherche cancérologique actuelle, car elle augmente la survie de certains patients, tout en étant potentiellement moins toxique pour l’organisme que les chimiothérapies. L’immunothérapie a déjà montré des résultats révolutionnaires sur l’état de patients atteints de cancers, entre autres, de la peau, du poumon, de la vessie et du rein ».

À ce jour, 109 Prix Nobel de médecine ou de physiologie ont été attribués à 216 scientifiques, dont Jules Bordet. Par la suite, trois autres scientifiques belges, les Drs Corneille Heymans (1938), Albert Claude et Christian de Duve (en 1974) ont également été honorés par un tel prix.

Qui sera (seront) le(s) suivant(s)? Il faudra attendre le 7 octobre, prochain, peu avant midi, pour l’annonce du ou des lauréats du Prix Nobel de médecine ou de physiologie 2019.

Print Friendly, PDF & Email