Dans un environnement moins bruyant, les poissons parlent moins

3 septembre 2021
Durée de lecture : 3 min

Les restrictions de déplacements mises en place en Guadeloupe au début de la crise sanitaire ont permis de quantifier l’impact du bruit sur les paysages sonores sous-marins. Une étude, réalisée dans la marina de Pointe-à-Pitre par le laboratoire de morphologie fonctionnelle et évolutive de l’Université de Liège, le laboratoire de Biologie des Organismes et des Ecosystèmes Aquatiques de l’Université de la Sorbonne et le Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l’Environnement (CRIOBE), a montré que le nombre réduit de bateaux autorisés à naviguer durant le premier confinement, de avril à mai 2020, a induit une baisse de 6 décibels du volume sonore sous-marin. Et que les poissons faisaient des vocalisations plus faibles. Ces travaux suggèrent ainsi que la présence habituelle de ce bruit interfère sur le comportement de vocalisation des poissons.

Pollution sonore en baisse

En avril 2020, près de la moitié de la population mondiale subissait une forme de confinement et était priée de rester chez elle par leurs gouvernements. Cela a conduit à une réduction marquée de la présence d’humains dans les espaces publics, les villes et les lieux touristiques.

Si avec cette diminution des déplacements, les niveaux de pollution de l’air ont diminué et les émissions quotidiennes de CO2 ont chuté par rapport aux niveaux moyens de 2019, d’autres sources de pollution, telles que les nuisances sonores générées par les activités humaines, ont également été impactées et les témoignages rapportant l’observation d’animaux sauvages près des villes ou encore des chants d’oiseaux bien plus audibles que d’ordinaire ont très vite afflué.

Moins 6 décibels

Cet épisode inédit a donc été une opportunité pour les chercheurs d’accroître leurs connaissances. En particulier grâce à des enregistrements sonores afin de comparer les niveaux sonores et l’activité vocale des animaux, avant, pendant et après le confinement. Non seulement dans le milieu aérien, mais aussi dans le milieu sous-marin.

En disposant des hydrophones dans un chenal habituellement fréquenté par de nombreux bateaux de plaisance près de Pointe-à-Pitre, des chercheurs ont montré que la diminution du nombre de bateaux détectés durant le premier confinement d’avril 2020 avait conduit à une baisse de 6 décibels de l’intensité du bruit ambiant enregistré durant la journée (lorsque les activités humaines sont ordinairement les plus fortes) en comparaison des niveaux enregistrés lorsque les activités ont repris au mois de mai.

Optimisation de la communication

Les scientifiques se sont intéressés aux sons produits par les poissons présents dans le chenal.

Deux principaux types de sons, dont le nombre augmentait en début de soirée, ont été détectés durant et après le confinement. Mais alors que l’on se serait attendu à détecter plus de vocalisations dans cet environnement moins bruyant, il est apparu qu’une quantité de sons moindre avait été produite durant le confinement par rapport à ce qui a été mesuré après la reprise des activités humaines.

Suggérant qu’un environnement plus silencieux permet de réduire le nombre de signaux nécessaires aux poissons pour communiquer. En effet, les sons peuvent atteindre plus facilement les individus récepteurs, améliorant la communication.

Cette étude en appelle d’autres, en particulier confirmer les effets des nuisances sonores sur le comportement des poissons. Ces résultats pointent aussi que l’activité humaine est directement proportionnelle à la pollution sonore des milieux marins et que cette pollution sonore anthropique peut être rapidement réduite lorsque l’activité est restreinte.

Cette recherche in situ peut ainsi persuader les décideurs d’évaluer les impacts du bruit associé aux activités humaines dans les environnements côtiers et considérer l’atténuation du bruit dans la planification et la gestion de ces zones.

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