Scivil, le Centre flamand de connaissance et de recherche en sciences citoyennes, vient de publier son « Citizen Science Scan 2025 », deuxième état des lieux du secteur des sciences citoyennes en Belgique. Le rapport met en évidence une croissance soutenue du nombre de projets et de participants à l’échelle nationale et vise à encourager les citoyens à s’impliquer davantage.
« Plus la diversité des participants est grande, plus la recherche gagne en inclusivité et en pertinence », estime l’UCLouvain, partenaire de ce second rapport. En 2025, ce sont ainsi 242 projets actifs qui ont été recensés, contre environ 150 en 2023.
Avant tout une recherche scientifique
Mais qu’entend-on exactement par « sciences citoyennes »? Pour Scivil, la terminologie englobe toutes les initiatives organisées par différentes équipes autour de multiples thématiques. Par exemple, la numérisation d’une archive sur différents sites par différentes équipes locales, le recensement de la biodiversité, etc. Le rapport (disponible en néerlandais) précise qu’il s’agit de recherches scientifiques réalisées en tout ou en partie par des scientifiques non professionnels (des citoyens), éventuellement en collaboration avec, ou sous la supervision, de scientifiques professionnels.
Les activités de sciences citoyennes menées indépendamment d’une initiative plus large, et entièrement réalisées par des individus (par exemple, des bénévoles individuels qui se consacrent à un thème paléontologique), sont également incluses dans cet inventaire. Il peut s’agir de projets limités dans le temps, mais aussi à long terme, voire permanents, dans lesquels des données sont collectées de manière continue ou cyclique.

Un projet centenaire toujours actif dans le pays
Les projets dans lesquels les citoyens se contentent de remplir un questionnaire sur eux-mêmes en tant qu’objet de recherche ne sont, par contre, pas considérés comme étant de la science citoyenne par Scivil. « En revanche, si le questionnaire constitue un outil permettant au citoyen d’agir en tant que scientifique citoyen en collectant des données, et que les observations portent non pas sur lui-même, mais sur un phénomène externe, le projet est généralement considéré comme relevant de la science citoyenne », précise l’association.
Le projet « citoyen » le plus ancien en Belgique et toujours actif est sans aucun doute celui de macrosismologie de l’Observatoire royal de Belgique. Initié en 1932, et faisant appel aux autorités communales pour recenser la perception et/ou les effets d’un tremblement de terre, il a été complété par un formulaire digital accessible à tous en 2002.
Tiercé de tête: biodiversité, environnement, patrimoine
Ce second « Scan des sciences citoyennes en Belgique » montre, outre l’accroissement en deux ans du nombre de projets actifs, une diversification des domaines couverts. Si les thématiques traditionnelles comme la biodiversité, l’environnement ou le patrimoine restent dominantes, de nouveaux champs émergent, notamment la santé, les sciences biomédicales et les sciences humaines.
Le rôle des citoyens évolue lui aussi. Alors qu’ils étaient auparavant impliqués dans la collecte de données, ils participent désormais davantage à d’autres phases de la recherche : formulation des questions, conception des projets, analyse des résultats et diffusion des connaissances. Cette implication accrue renforce la co-création entre scientifiques et citoyens, même si la collecte de données reste l’activité principale.
Le rapport met également en lumière l’importance des acteurs institutionnels et des partenariats. La majorité des projets sont portés par des universités, des organisations publiques ou des associations, souvent en collaboration avec des écoles ou d’autres partenaires. Ces collaborations facilitent l’ancrage local des projets et favorisent l’engagement du public, notamment des jeunes.
L’une des tendances les plus marquantes est l’essor rapide de la science citoyenne dans le secteur médical. Alors que seuls deux projets avaient été recensés en 2023, on en dénombrait 24 en 2025. C’est le cas du projet Humus porté par l’UCLouvain (encore en recherche de financements) qui a pour objectif d’inviter les citoyens à collecter des échantillons de sols à travers toute la Belgique afin d’explorer la biodiversité microbienne et d’identifier de nouvelles molécules antibiotiques.
Quant au projet Ecorc’Air, il vise à mieux comprendre les enjeux liés à la qualité de l’air en assurant un suivi de la santé de l’écorce des platanes.
Un dynamisme davantage marqué dans le nord du pays
Une autre information intéressante tirée de ce rapport porte sur les disparités linguistiques et régionales qui persistent en Belgique en matière de sciences citoyennes. La majorité des projets recensés sont disponibles en néerlandais. L’anglais arrive en deuxième position. Vient ensuite le français, avec 38% des projets.
Une autre tendance se dessine clairement : la montée en puissance du multilinguisme. Les projets de grande envergure (nationaux ou internationaux) sont les plus concernés. Près de 9 projets sur 10 adoptent une approche multilingue. À l’inverse, les initiatives locales restent majoritairement unilingues.
Malgré ces avancées, un déséquilibre persiste. La Flandre domine nettement le paysage, avec un nombre de projets bien supérieur à celui de la Belgique francophone. Un écart qui ne s’explique pas uniquement par une différence d’activité, mais aussi par un problème de visibilité. Là où la Flandre dispose de plateformes structurées comme Scivil ou « Iedereen Wetenschapper », la Wallonie et Bruxelles manquent encore d’un point de contact centralisé.