De la recherche-action pour davantage d’hospitalité urbaine

par Laetitia Theunis Durée de lecture : 5 min

Bruxelles est une métropole marquée par les mouvements migratoires. Par leur recherche-action, les chercheurs de ARCH (Action Research Collective for Hospitality), sous la houlette de Mathieu Berger, professeur de sociologie urbaine à l’UCLouvain, aident à l’amélioration des conditions d’accueil à Bruxelles. Outre mettre en lumière la situation des migrants dans le Quartier Nord, leur travail interroge les Bruxellois et les politiques sur le devoir d’hospitalité et d’humanité.

© Badr Zamane Sehaki / ARCH

Collaboration de recherche avec la Plateforme citoyenne BXLrefugees

La recherche-action permet aux scientifiques de faire valoir leurs connaissances en dehors de l’université. Ceux du Metrolab, qui associe des architectes, des sociologues, des urbanistes et des géographes de l’ULB et de l’UCLouvain, ont, dans un premier temps, facilité des actions urbaines menées par la Région bruxelloise en se mettant au service d’une politique publique financée par les Fonds Européens de Dévelopement Régional (FEDER).

« A partir d’un dispositif de recherche-action très institutionnel, on a commencé à être sensibilisé par des questions qui ont fait naître ARCH, une recherche-action plus militante et plus proche des acteurs de l’hospitalité du Parc Maximilien et du Quartier Nord, en particulier la Plateforme citoyenne », explique Mathieu Berger.

Chaque jour, la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés du Quartier Nord accueille des centaines de personnes parmi les 800 migrants présents dans ce quartier.

Un an de travail

« Face à cette situation humanitaire au Parc Maximilien, situé à proximité de notre labo, certains d’entre nous au Metrolab ont voulu intervenir, à travers des micro-enquêtes au service des acteurs de l’urgence sociale, et les mener suffisamment vite pour leur être utile. Donc bien plus rapidement que les temporalités de la recherche académique », précise Pr Berger. Le projet ARCH, de A à Z, c’est un an de travail.

Aux chercheurs du Metrolab sont venus se greffer des architectes et urbanistes de la KULeuven et du Laboratoire de sociologie urbaine (LaSUR) de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. Ainsi que différents artistes, activistes et citoyens hébergeurs de migrants engagés dans le quartier nord. Tous se sont impliqués dans ARCH de façon volontaire, en l’absence de budget spécifique.

« Les acteurs de l’hospitalité ont montré dès le début un réel intérêt pour ce qu’on pouvait leur amener en tant que chercheurs spécialisés dans les questions urbaines. Le nez dans le guidon, ils n’ont pas le temps de se pencher sur les dynamiques urbaines, le développement de la ville, la façon dont le Quartier Nord se transforme », explique le sociologue de l’UClouvain.

Les observations ethnographiques ont permis de dresser une journée-type de l’occupation des migrants dans le Quartier Nord. Ici, à midi © Drawings by ARCH members Racha Daher and Claire Bosmans. June 2019

Une cartographie d’une journée-type dans le Quartier Nord

Le travail mené par le collectif ARCH a notamment pris la forme de différentes cartographies. L’une, basée sur une enquête ethnographique d’observation du Quartier Nord, met en lumière les zones d’occupation du quartier par les migrants.

« C’est une cartographie expérimentale, subjective, de la façon dont le quartier est occupé en journée et durant la nuit par les réfugiés. Elle permet de visualiser, par approximation, la façon dont ils y sont distribués, les sous-espaces qu’ils occupent, ceux dans lesquels ils se rassemblent et trouvent refuge. Ainsi que l’évolution de leurs présences, occupations et regroupements aux différentes heures de la journée et de la nuit», détaille le sociologue.

Une autre cartographie, facilement utilisable par les professionnels et les usagers, reprend les lieux de l’hospitalité pour migrants à Bruxelles.

Partant de l’expérience des migrants et de la perspective des acteurs de la Plateforme, et afin de comprendre ce qui fait la qualité d’hospitalité ou d’inhospitalité des espaces urbains, d’autres études mobilisent des outils plus ethnographiques, photographiques ainsi que des témoignages.

Améliorer l’hospitalité du lieu d’accueil via une meilleure conception de l’espace

Le travail de ARCH a pris également des allures plus pratiques : les chercheurs ont aidé la Plateforme citoyenne à déménager son hub de la Gare du Nord. En fin de bail en mai 2019, celle-ci devait retrouver à se reloger.

« On voulait l’aider modestement, au départ à partir des infos que nos urbanistes et géographes pouvaient obtenir concernant les espaces vacants dans cette zone de Bruxelles. Nous avons aussi mis sur pied des ateliers de co-design visant à aménager le nouveau hub de la façon la plus qualitative et la plus hospitalière possible. Pour cela, la parole a été donnée aux usagers migrants et aux acteurs de la Plateforme », poursuit Mathieu Berger.

Une réflexion politique pour adapter Bruxelles aux enjeux de l’hospitalité

Si la recherche-action contribue à des choses aussi pratiques que le déménagement et le réaménagement du hub humanitaire pour migrants, elle mène aussi à des enseignements et à des réflexions d’ordre politique.

Le livre « Whose Future Is Here? Searching For Hospitality In Brussels Northern Quarter » compilant les résultats de recherche, se clôture ainsi par des interpellations et recommandations que le collectif adresse à la région de Bruxelles Capitale. Et ce, afin qu’elle adapte ses politiques et dispositifs d’intervention urbaine (notamment les Contrats de Quartiers Durables et les Contrats de Rénovation Urbaine) aux enjeux de l’hospitalité.

Elles seront présentées, ainsi que l’ouvrage, par le collectif ARCH au PointCulture Bruxelles ce jeudi 13/2 à 18h30.

 

 

 

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