La Pre Marta Sabado Novau dans son cabinet de curiosités consacré au critique littéraire français Jean-Pierre Richard © Christian Du Brulle

Plongée au sein de huit cabinets de curiosités aussi inspirants qu’éphémères

11 mai 2022
Durée de lecture : 4 min

On a tous une collection d’objets hétéroclites, mais néanmoins très personnels, dans nos tiroirs, nos armoires ou même fièrement exposés dans une vitrine du salon, sur notre bureau, voire sur le frigo… Les scientifiques de l’UCLouvain n’échappent pas à la règle. Huit d’entre eux ont d’ailleurs répondu à l’appel de l’artiste Isabelle Dumont pour les dévoiler au public. Et les guider dans leurs méandres.

L’artiste qui a coaché les chercheurs et les chercheuses, s’est fait comme une obsession des cabinets de curiosités, au point de les mettre au cœur de certains de ses spectacles. A l’UCLouvain, la Pre Anne Reverseau, chercheuse qualifiée du FNRS à l’Institut des civilisations, arts et lettres, a saisi cette occasion pour développer une recherche-création sur le sujet. Le résultat de ces rencontres? Une soirée spectacle au Musée L, « Penser avec les objets », proposée voici quelques jours.

Une autre communication scientifique

« Les recherches-créations dont il est ici question se basent sur les interactions entre les scientifiques de l’Université et des artistes », explique le Pr Jean-François Rees (biologie animale), qui est un des huit chercheurs à avoir participé à cette initiative. « Il s’agit de s’inspirer et de se nourrir mutuellement, de voir les sciences sous un autre angle. C’est, par exemple, le but des expériences d’artistes en résidence. Ici, avec les cabinets de curiosités, on ouvre ce genre de recherche-création vers le public. C’est la dimension liée à la communication scientifique, mais aussi la vulgarisation et le partage avec le public, qui m’intéressaient dans ce projet », précise-t-il.

Comme le rappelle UCLouvain Culture, « penser avec les objets est, à la base, un projet de recherche-création de l’Université dans lequel huit scientifiques se sont engagés à explorer de nouvelles voies de recherche ou de manières de penser leur recherche à partir d’une pratique artistique ». Ici, cela passe donc par l’élaboration et la présentation de ces cabinets de curiosités.

Le cabinet de curiosités du Pr Jean-François Rees © Christian Du Brulle

Quand l’image révèle l’écrit, et vice-versa

De quart d’heure en quart d’heure, les huit scientifiques ont présenté au Musée L de Louvain-la-Neuve quelques objets tirés de leur univers personnel. Ces objets éclairent une facette de leurs passions et de leurs recherches. L’essentiel de ces prestations tournait autour de la philosophie et des lettres.

La doctorante Agnès Guiderdoni, par exemple, travaille sur les œuvres des écrivains Michel Butor, Marguerite Duras et Claude Simon. Les objets qui la fascinent sont les productions plastiques, les collages notamment, de ces trois auteurs.

« Ce qui m’intéresse dans tous ces objets, c’est que personne ne s’y intéresse », confie-t-elle. « Or, ils ont très clairement un lien avec l’écriture. Ils en disent autre chose ».  De l’armoire normande aux 500 trésors de Michel Butor, en passant par les paravents de Claude Simon, elle dissèque divers pans de ces cabinets de curiosités qui éclairent les œuvres du trio qu’elle étudie.

Le « tiroir à brols » comme clé de réflexions

L’univers personnel de la Pre Marta Sabado Novau concerne le critique littéraire français Jean-Pierre Richard. « Il pense la critique à travers les métaphores, à travers un lexique de type « terre, terrain, paysage » », dit-elle. Et elle le cite: « lire, c’est lever les yeux du livre, c’est alors que la poésie advient ».

La chercheuse explore les chemins multiples qui nourrissent la pensée et l’œuvre de Jean-Pierre Richard. Dans son cabinet de curiosité, les livres occupent, bien entendu, une bonne place, mais aussi une carte géographique, celle du parc National des Écrins, en France, où le critique aimait laisser vagabonder sa pensée.

Dans le « tiroir à brols » de Pauline Basso, on trouve de tout. Dont une boule à neige qui lui permet d’assembler des images, et de bricoler des mots. « Il est important de pouvoir changer de point de vue, de se décaler, d’ouvrir des portails », assure-t-elle.

L’historien de l’art Ralph Deconinck ne dit pas autre chose avec ses « curiosités invisibles ». Les objets « me disent quelque chose sur mon identité de chercheur, ou sur mon identité personnelle », lâche-t-il.

Quant aux poissons luminescents en bocaux du Pr Rees, et ses papillons comètes de Madagascar sagement épinglés dans leur boîte, ils racontent eux aussi une histoire:  celle de l’itinéraire du chercheur, depuis son enfance aux auditoires de l’Université. Une bonne dose d’humour en plus! Et une autre manière de parler de recherche.

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