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Passer quatre ans aux États-Unis n’était pas le projet initial de Pierre Foidart. Oncologue médical et chercheur au CHU de Liège, il envisageait plutôt un postdoctorat d’un ou deux ans, peut-être même en Europe. Mais l’envie de quitter son environnement habituel et de découvrir « un système anglo-saxon » l’a finalement conduit de l’autre côté de l’Atlantique, au Dana-Farber Cancer Institute, à Boston.
« Mes deux parents avaient fait leur doctorat aux États-Unis. J’avais donc depuis toujours une image de ce pays comme étant un grand eldorado scientifique», dit-il.
Les travaux de Kornelia Polyak, à Boston, l’intéressaient énormément. Il lui envoie un courriel. Plusieurs entretiens suivent. Puis la réponse tombe, sans ambiguïté : « Moi, ça ne m’intéresse pas que des gens viennent dans mon labo pour deux ans. C’est trop court », lui dit la Pre Polyak. « C’est au minimum trois ans. » Pierre Foidart accepte.
On ne répond pas à une question complexe en quelques mois
Lorsqu’il annonce son départ à son chef, au CHU de Liège, celui-ci l’encourage : « Tu signes parce que tu n’auras pas deux fois une offre pareille », l’encourage-t-il. Finalement, le séjour durera quatre ans.
Cette longue durée pour un postdoctorat n’a rien d’anecdotique. En recherche fondamentale et translationnelle, le temps est une matière première. « On ne répond pas à une question complexe en quelques mois », explique Pierre Foidart. « Il faut construire des modèles cellulaires, mener des expériences, analyser les résultats, recommencer, comprendre les échecs autant que les succès.»
La temporalité de la recherche varie aussi selon les disciplines. Pierre Foidart se souvient de discussions avec des amis chimistes publiant trois ou quatre articles par an. « Moi, si j’en fais une très grosse (de publication scientifique) sur quatre ans, je serai content », leur disait-il. « Ils ne comprenaient pas ! En oncologie translationnelle, certains travaux menant à des publications dans de très grands journaux peuvent prendre cinq, six ou sept ans ».
Boston: un véritable hub scientifique
Boston lui offre un environnement à la mesure de cette ambition. « C’est un véritable hub », résume-t-il. « Des chercheurs venus du monde entier s’y côtoient, se connaissent et collaborent. L’accès aux technologies constitue un autre avantage majeur ». Lorsqu’une technique de pointe était nécessaire, sa responsable connaissait souvent un laboratoire capable de la réaliser. Des cellules pouvaient être envoyées ailleurs et les résultats revenir rapidement.
Pour autant, il refuse toute hiérarchie simpliste entre chercheurs américains et belges. « On peut faire de la science extraordinaire en Belgique », soutient-il. « La différence tient davantage à l’échelle : à Boston, un très grand nombre de chercheurs de haut niveau sont concentrés au même endroit et disposent de moyens plus importants.»
Quand le financement devient un véritable levier de mobilité scientifique
Or, rappelle-t-il, la recherche coûte cher. « Les machines, les infrastructures, les salaires et les compétences… Le financement public joue un rôle essentiel. »
Son propre parcours en témoigne. Quatre années aux États-Unis nécessitent des ressources importantes. Pierre Foidart a bénéficié d’une véritable chaîne de soutiens. Le CHU de Liège lui a permis de partir alors qu’il était encore assistant. En contrepartie, il devait revenir à Liège. « Et je suis revenu. »
Le chercheur a notamment bénéficié de financements de la Fondation Léon Frédéricq, de la Belgian American Educational Foundation (BAEF) et d’une bourse d’excellence de Wallonie- Bruxelles International. Le FNRS l’avait déjà soutenu pendant son doctorat en Belgique.
Des investissements à long terme
Ces bourses ne servent pas uniquement à assurer les conditions matérielles d’un séjour. « Elles peuvent aussi ouvrir les portes des laboratoires les plus compétitifs », estime-t-il. « Si vous êtes étranger et que vous arrivez dans un laboratoire en disant que votre salaire est déjà financé, vous devenez beaucoup plus intéressant pour le laboratoire », explique le médecin. « Le financement devient ainsi un véritable levier de mobilité scientifique. »
De retour à Liège en 2023 sans avoir encore terminé son assistanat, Pierre Foidart n’avait pas immédiatement accès à certaines bourses de postdoctorat. Le Télévie l’a soutenu jusqu’en 2025, en lui permettant de poursuivre le travail engagé aux États-Unis, de terminer des expériences et de rédiger un article scientifique. « Il faut pouvoir financer les différentes étapes d’une carrière scientifique. Sinon, on crée des trous dans les parcours », insiste-t-il.
Pour la Belgique, financer un chercheur qui part quatre ans à l’étranger représente aussi un investissement à long terme. « Je pars, je me forme, je développe des compétences, je construis un réseau international, je publie. Et ensuite je reviens avec cette expérience. La boucle est bouclée », dit encore le spécialiste. L’objectif est désormais de développer des projets à Liège, de travailler avec des chercheurs internationaux et de contribuer à la formation de jeunes scientifiques.
Avec la confiance vient aussi l’audace
Durant son séjour américain, Pierre Foidart a notamment retiré une plus grande autonomie et davantage de confiance en ses capacités. Cette confiance constitue l’un des aspects qui l’ont le plus marqué. « Aux États-Unis », dit-il, « on vous faisait confiance jusqu’à preuve du contraire. »
On lui donnait des responsabilités, on identifiait ses points forts et « on misait dessus ». Une approche qui lui a permis d’avoir « davantage d’audace ».
L’expérience a aussi été intense. « Je n’ai jamais aussi peu pris de congés que pendant mes années aux États-Unis. » Les deux dernières années, il lui est arrivé de travailler de sept heures du matin à minuit, sept jours d’affilée lorsque le projet l’exigeait. « Ce n’est évidemment pas un rythme que je pourrais tenir à long terme. »
Partir quatre ans aux États-Unis n’est donc pas, selon lui, une recette universelle. Mais une expérience longue dans un autre environnement scientifique peut être profondément formatrice, à condition d’avoir « le bon laboratoire, la bonne équipe et la bonne question scientifique ». Et, surtout, les moyens de concrétiser le projet.
Ces années à Boston ne sont pas derrière lui. Elles font « complètement partie de ce que je suis devenu comme chercheur », analyse Pierre Foidart. Il y a appris des techniques, développé des collaborations et découvert une autre culture scientifique.
Il retient aussi une dimension plus humaine. Kornelia Polyak, qui recevra prochainement un doctorat honoris causa de l’Université de Liège, l’avait invité chez elle pour Thanksgiving lorsqu’il venait d’arriver à Boston et ne connaissait encore personne. « C’est quelque chose qui m’a marqué : même des scientifiques mondialement connus peuvent être extrêmement accessibles. »
Ecoutez le Dr Pierre Foidart parler de sa spécialisation en oncologie médicale et pourquoi il a choisi de partager son temps entre son travail en clinique et la recherche fondamentale.