As d'Auguste et sesterce d'Hadrien ©SAN

« Cold Case » en Hesbaye

par Daily Science Durée de lecture : 5 min

Une localité disparue, des dieux oubliés, des invasions « barbares », un squelette dans un puits… tous les ingrédients d’un bon polar situé à l’époque romaine sont rassemblés dans l’exposition Halte ! Taviers, une étape sur la voie romaine, proposée par la Société archéologique de Namur (SAN). Celle-ci dresse une synthèse éclairante de plus de 150 ans de recherches archéologiques à Taviers, tout près d’Eghezée en Hesbaye namuroise; Elle témoigne aussi de la ténacité et de l’inventivité de chercheurs amateurs et professionnels.

Tout a commencé au 18e siècle, avec les premiers coups de pioche assénés par quelques érudits dans la riche glèbe de la « Terre aux Pierres », une parcelle agricole située à Taviers. Cette première campagne de fouilles, menée par des membres de la toute jeune Société archéologique de Namur fut suivie d’autres, à des intervalles irréguliers. Chacun de ces chantiers livra son lot d’informations, de traces et d’objets archéologiques.

Charles Leva (1922-2001) ©SAN

Une affaire ne peut jamais être définitivement close

Au milieu du 20e siècle, le site gallo-romain de Taviers fait l’objet d’une reconsidération. A cette époque, c’est à un membre de la SAN, Charles Leva, que l’on doit l’initiative d’empoigner sa pioche et de rouvrir le chantier qui n’avait plus été étudié depuis les travaux de ses prédécesseurs, 100 ans auparavant. En un siècle, les connaissances se sont aiguisées et les techniques ont évolué. En mobilisant des moyens de pointe pour l’époque, Leva, en amateur éclairé, a fait progresser l’interprétation du site et récolté une masse d’informations et d’objets de fouilles.

Tout ce matériel a été remis au Musée archéologique de Namur mais n’avait jamais été totalement diffusé jusqu’à présent. En 2019, un projet de lotissement proche du vicus de Taviers et du site de la bataille de Ramilies (1706) incite l’AWaP (Agence wallonne du Patrimoine) à procéder à une évaluation archéologique d’une des parcelles de Taviers, suivie d’une fouille extensive. 50 ans après Leva, l’affaire connut de nouveaux rebondissements.

Le site Gallo-romain de Taviers sous la loupe de 14 archéologues

A l’initiative de Jean Plumier, Inspecteur général de l’AWaP, le Centre de Recherches d’Archéologie nationale (CRAN) de l’UCLouvain a été chargé de réaliser une étude critique et exhaustive des résultats et archives de ces différentes campagnes de fouilles. Une équipe de 14 spécialistes a soumis Taviers à l’épreuve des connaissances et des méthodes d’études depuis lors renouvelées et approfondies.

Halte ! Taviers, une étape sur la voie romaine, l’exposition gratuite proposée au Confluent des Savoirs à Namur jusqu’au 10 janvier 2020, présente la passionnante histoire de ces découvertes.

Les fouilles successives ont permis de suivre l’évolution de la bourgade

Une agglomération routière, qui s’est développée à partir du milieu du 1er siècle de notre ère dans la cité des Tongres, a été mise au jour. Le « vicus » (nom latin donné à une petite agglomération) était idéalement situé entre deux autres étapes sur la voie romaine qui, venant de Boulogne, reliait Bavay à Cologne, en passant par Tongres. Jalon sur un axe stratégique, Taviers est aussi un carrefour économique avec une voie secondaire provenant du « portus » de Namur.

Autel dédié à Apollon  ©SAN

Les fouilles ont permis de suivre l’évolution de cette bourgade. Les simples constructions en bois et en torchis qui bordaient la chaussée lors de son établissement ont vite cédé la place à une architecture plus robuste, bâtie sur des solins de pierre. La vocation du lieu est commerciale, comme souvent sur les grands axes. Certains retrouvent même dans l’étymologie de Taviers la forme latine taberna qui signifie auberge, hôtellerie, boutique.

Cheval en terre cuite ©SAN

 

De cette situation propice aux échanges – même relativement lointains – découle une évolution du mode de vie. Comme en témoignent les restes d’aliments ou de contenants retrouvés au fond des puits, les habitudes se romanisent et la population se tourne vers les dieux de Rome. « Les puits de Taviers ont également livré d’autres indices interpellants, tels un autel dédié à Apollon et même un squelette de jeune homme qui pourraient tous deux avoir été enfouis de manière rituelle dans un contexte d’espace cultuel », indiquent les archéologues.

Dans la deuxième moitié du 3e siècle, la menace d’incursions puis d’invasions germaniques se fait pressante. Le limes (fortifications établies le long de certaines des frontières de ‘Empire romain) doit être renforcé, en première ligne comme le long des voies de pénétration. Taviers n’y échappe pas. Une fortification y est implantée vers 260-270 apr. J.-C. Elle est bâtie sur un des îlots d’habitats de l’agglomération, abandonnée et en ruine. Elément du dispositif militaire plus étendu qui contrôle et protège la route, ce « burgus » (forteresse romaine) sera réaménagé à plusieurs reprises dans le courant du 4e siècle jusqu’à l’abandon définitif du site de la Terre aux Pierres et sa redécouverte 16 siècles plus tard.

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