Montage transnumérique © Le Mill

Avec Digital Icons, le numérique passe à l’art

par Christian Du Brulle
Durée de lecture : 3 min

Le big data est partout. La traduction en « 1 » et en « 0 » de nos existences, de notre environnement, de la vie est omniprésente. Ses produits sont protéiformes: sons, images, couleurs, données en tous genres. Tout est désormais numérique, ou du moins numérisable.

L’avènement du bit et de ses multiples usages n’a, bien entendu, pas échappé aux artistes. À La Louvière, le Mill, qui occupe l’ancien palais de justice, propose une plongée dans la (ré)appropriation de cette digitalisation en marche.

Réappropriation et hybridation

Le musée louviérois accueille jusqu’à la fin de l’été l’exposition Digital Icons. Organisée dans le cadre de la biennale des cultures et émergences numériques, l’exposition mise sur les réappropriations, on l’a dit, mais aussi sur les hybridations (post-) numériques.

« Nous œuvrons depuis des années à l’introduction des arts numériques dans des lieux ou des manifestations dont ça n’était pas l’objet premier », explique Philippe Franck, commissaire de l’exposition et grand orchestrateur de cette 7e édition des « Transnumériques ».

Aux limites du visible et de l’audible

« L’idée est de présenter des projets situés à l’intersection des arts, des technologies et des innovations. La dimension prospective est associée à des rappels historiques et à la présentation de créateurs de dimension internationale, ainsi qu’à une attention particulière pour les artistes numériques et « intermédiatiques » de la Fédération Wallonie-Bruxelles. »

Avec Digital Icons, place donc à l’image digitale et ses multiples détournements artistiques: la fameuse hybridation. Un exemple ? Les vues microscopiques et dynamiques d’Alain Wergifosse plongent le visiteur dans un univers biologique invisible à l’œil nu. Avec sa composition baptisée « Amalgames », il propose de suivre des mutations lumineuses obtenues en temps réel sur quatre écrans accolés. L’artiste, habitué à manipuler le son, le larsen, la matière et la lumière au moyen de toutes sortes d’outils électroniques, numériques, mais aussi mécaniques, explore ainsi les limites de l’invisible et de l’audible.

Les écrans connectés et le « videomapping » occupent une place de choix dans cette exposition. Ce voyeurisme pixelisé se concentre parfois aussi simplement sur du texte, du moins sur sa représentation numérique. L’Atari Poem du français Jacques Donguy joue sur la dualité texte et représentation graphique de ses caractères, à l’écran d’un Atari de 1992, un des premiers ordinateurs accessibles au grand public.

« Il s’agit, pour lui, de sortir du carcan typographique et uniformisateur du 19e siècle pour aller vers des icônes typographiques transmédiatiques », dit-on à Digital Icons.

Des écrans devenus prothèses de notre environnement

Certains artistes, comme Francesc Marti, également mathématicien, informaticien, compositeur et artiste multimédiatique, né à Barcelone, et travaillant actuellement à l’Université de Montfort (Angleterre), multiplient les écrans. Son installation “Sounds of the world” dotée d’un réseau d’ordinateurs Rasberry Pi, combine une série d’extraits de films du cinéaste russe Andrei Tarkovsky.

« Avec cette œuvre, l’artiste explore le concept d’un sample audio-vidéo dans lequel des images et sons réels – capturés et digitalisés – sont coupés, mixés, manipulés et réassemblés pour générer un nouveau matériel audiovisuel », indique Philippe Franck.

De quoi jeter d’autres regards sur nos petits et grands écrans, devenus prothèses de notre environnement quotidien ? « Ces œuvres sont une invitation libre à une écologie du regard, à prendre un peu de recul pour mieux ouvrir les yeux sur ce qui nous les ferme », estime le commissaire de l’exposition.

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