Une bactérie protectrice contre le covid long

18 mars 2026
Temps de lecture : 3 minutes
par Daily Science

Une bactérie, dénommée Dolosigranulum pigrum, pourrait prévenir le covid long, une affection qui touche 400 000 Belges. Cette découverte a été faite par des scientifiques de l’UCLouvain et des Cliniques universitaires Saint-Luc. Moins abondante dans le nasopharynx des personnes qui développent des symptômes persistants dans le temps, cette bactérie offre une piste potentielle à la création d’un probiotique à administrer en préventif.

Le covid long, c’est un ensemble de symptômes qui apparaissent pendant ou après avoir contracté le covid-19, qui durent au moins 2 à 3 mois, qui peuvent toucher plusieurs parties du corps et qui ne sont pas causés par une autre maladie. Il touche en particulier les femmes entre 45 et 54 ans.

Un travail d’équipe

Dès 2021, en pleine pandémie de covid-19, l’UCLouvain et les Cliniques universitaires Saint-Luc ont lancé une vaste étude afin de déterminer s’il était possible de prédire, durant l’épisode aigu de l’infection, le développement des symptômes persistants dans le temps. Avec, in fine, comme objectif de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents et éventuellement y apporter une solution thérapeutique préventive.

Après 5 années de recherches, les scientifiques ont découvert le rôle central d’une bactérie, Dolosigranulum pigrum, naturellement présente dans le microbiome respiratoire. Lorsqu’elle est couplée à d’autres bactéries, elle est associée à une diminution de la persistance de symptômes définissant le covid long.

Concrètement, Pr Jean Cyr Yombi, Pre Leïla Belkir et Pr Julien De Greef, infectiologues, ont analysé la sévérité des symptômes du covid long auprès de 156 patients et patientes, principalement une fatigue intense, des troubles cognitifs et des atteintes respiratoires (essoufflement). Ensuite, Pre Laure Elens, Pr Patrice Cani et Bradley Ward, postdoctorant au Louvain Drug Research Institute, ont analysé, grâce à des prélèvements sanguins et des frottis nasopharyngés, les signatures moléculaires associées à cette forme sévère de la maladie : une conjonction d’éléments invisibles qui permettent de comprendre pourquoi ces symptômes persistent chez certaines personnes et pas chez d’autres.

Une question de concentration

Selon les scientifiques impliqués, « cette étude suggère que certaines bactéries, dites protectrices, du microbiome respiratoire pourraient être liées à une meilleure récupération après des infections virales respiratoires (comme le covid long ou la grippe), et que leur altération (notamment dans le contexte d’infection sévère ou de traitements antibiotiques non ciblés) pourrait influencer l’évolution clinique à plus long terme. »

Autrement dit, lorsque la bactérie est abondante, elle protègerait d’un covid long ou d’une grippe sévère. Le mécanisme reste encore à élucider. A l’inverse, lorsqu’elle est peu présente dans le corps, les scientifiques observent une prédisposition à développer une forme persistante de la maladie.

Ouvrir le champ des possibles

L’action protectrice de la bactérie Dolosigranulum pigrum était déjà connue dans le cadre de la grippe infectieuse. La découverte de son potentiel contre le covid long permettra, les scientifiques l’espèrent, d’accélérer la recherche dans ce domaine. Et d’envisager de nouvelles stratégies thérapeutiques avec la perspective du développement d’un probiotique. Par exemple, sous forme de spray nasal à prendre en amont de la saison hivernale, afin de protéger la population des maladies infectieuses sévères telles que le covid-19 ou la grippe.

L’étude met également en évidence l’impact des antibiotiques non ciblés sur la capacité du microbiome respiratoire à se défendre contre les infections sévères. Et donc, l’importance d’une régulation de l’utilisation des antibiotiques.

Cette recherche a impliqué le consortium HYGIEIA de l’UCLouvain et des Cliniques universitaires Saint-Luc et a été rendue possible grâce au soutien du Sofina Covid Solidarity Fund et au partenariat de la Fondation Saint-Luc, du FNRS (via un crédit urgent de recherche) et du WEL-Research Institute de la Région wallonne.

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