© Yves Capelle

Les humoristes politiques préfèrent les hommes

par Christian Du Brulle Durée de lecture : 3 min

Les relations triangulaires entre les hommes politiques, les médias et les humoristes sont au centre des recherches menées à l’Université libre de Bruxelles par Guillaume Grignard, chercheur FNRS (aspirant)  au Cevipol, le Centre d’étude de la vie politique.

Focus sur les humoristes de radio

Le scientifique, qui participera dans quelques jours à Bruxelles à l’opération « Jeunes Chercheurs dans la Cité » prépare une thèse sur les liens qui se tissent en France entre ces divers professionnels. Il livre quelques premiers résultats qui interpellent.

« Je me suis surtout intéressé aux humoristes intervenant en radio, souligne-t-il. Je voulais savoir comment ils interagissaient avec les hommes politiques et avec les médias. Sont-ils des militants engagés ? Sont-ils plutôt d’anciens journalistes ? Voilà quelques-unes des questions que je me posais ».

Les premiers résultats de ses travaux qu’il commence à distiller concernent cependant d’autres questions. « Je me suis effectivement aussi intéressé aux cibles de ses humoristes ». Qui prennent-ils pour cible ? De qui se moquent-ils ?

Les hommes politiques davantage sous les projecteurs

« Mes premiers constats sont sans appel. Les humoristes politiques se moquent beaucoup plus des hommes politiques que des femmes politiques (moins de 20%). Le genre reste clairement dans ce cadre, un marqueur du pouvoir », dit-il.

En ce qui concerne les formations politiques principalement prises pour cible, le chercheur est également très clair. « Ce sont les principaux partis ou partis au pouvoir qui sont les plus égratignés », dit-il.

« Il y a finalement très peu de diversité. En France ce sont les deux principaux partis, PS et Les Républicains, qui monopolisent l’attention des humoristes. Les plus petites formations sont quasi absentes de leurs chroniques ».
Ce qui fait dire au chercheur de l’ULB qu’il y a dans ces chroniques une posture consensuelle plutôt convenue…

Une liberté de ton toute relative

Pourquoi s’intéresser à la politique française et aux humoristes en France dans le cadre de cette étude ? « Tout simplement parce qu’il y a là-bas une tradition d’humour et d’irrévérence politique bien plus marquée qu’en Belgique », estime Guillaume Grignard. « Même si de nombreux humoristes sur les ondes françaises sont d’origine belge », note-t-il.

Mais il tempère. « Si l’humoriste peut produire un discours caustique et piquant face au pouvoir, quand il s’exprime dans un média, il n’en reste pas moins un acteur du système qui commente l’actualité que d’autres font pour lui », écrivait voici peu le chercheur. « Sa subversion ne peut outrepasser sa situation d’employé par un média, et de figure sanctionnée par le public actif sur les réseaux sociaux. L’humoriste doit plaire à son employeur et à son public qui remplit ses salles de spectacle. C’est probablement ce qui lui retire toute réelle force d’opposition face à un système qui, sous couvert d’amusement, se joue de lui »….

« Ce week-end lors de l’opération « Jeunes chercheurs dans la cité », j’apporterai une analyse plus fine de ces premiers résultats », annonce-t-il.

Le festival interuniversitaire « Jeunes Chercheurs dans la Cité » est une initiative franco-belge ayant pour but de valoriser les travaux des jeunes chercheurs en Sciences Humaines et Sociales. Depuis sa création en 2008, ce festival se donne comme objectif de sortir du cadre universitaire et d’offrir un espace de dialogue, en proposant plusieurs cycles de conférences destinées au grand public.

L’édition bruxelloise se déroulera les 19 et 26 octobre 2019, dans le centre-ville, et plus particulièrement au Cercle des Voyageurs, 18 rue des Grands Carmes, et au « MuntPunt », Place de la Monnaie.

Note: La caricature en tête d’article est un des dessins qui illustreront la conférence de Guillaume Grignard, samedi à Bruxelles. Ce dessin est signé Yves Capelle.

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