Deux "jeeps" lunaires soviétiques ont roulé sur la Lune. © CDB
Deux "jeeps" lunaires soviétiques ont roulé sur la Lune. © CDB

3600 jours avant Apollo

par Christian Du Brulle Durée de lecture : 5 min

Les premiers pas de l’Homme sur la Lune, l’exploit de Neil Armstrong, réalisé dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969, ont tenu l’Humanité en haleine. La course à la Lune, menée par les deux grandes puissances spatiales de l’époque, était alors brillamment remportée par les États-Unis.

À l’occasion du 50e anniversaire de cette extraordinaire aventure humaine et technologique, un coup d’œil dans le rétroviseur s’impose. Certes, l’Homme sur la Lune est une réussite américaine sans égal. Il ne faut cependant pas perdre de vue que dix ans plus tôt, quasi 3600 jours plus tôt, le premier engin humain à se poser sur la Lune, le 13 septembre 1959, était une sonde soviétique. C’est cette saga lunaire, très peu médiatisée en Occident, qui est notamment mise en avant au musée Lavotchkine, près de Moscou. Visite dans les collections historiques de cette entreprise, qui a fabriqué de nombreux engins spatiaux soviétiques, puis russes.

Après Spoutnik et Laika: la Lune

On le sait, le premier satellite artificiel de la Terre était soviétique. Spoutnik, lancé en 1957, a transmis ses « bips-bips » pendant plusieurs semaines avant de retomber sur Terre. Un mois après son lancement en orbite, c’est Laika, la petite chienne moscovite, qui fut expédiée dans l’espace. La course au cosmos était lancée. Y compris en direction de notre satellite naturel : la Lune.

Dès l’année suivante, en 1958, l’URSS inaugurait en effet son programme d’exploration lunaire. Le lancement de la première sonde « Luna » fut un échec. Mais en 1959, Luna-2 atteint son objectif et se posa sur la Lune. En réalité, elle s’y écrasa le 12 septembre 1959. L’Humanité venait de conquérir la Lune.

Le programme Luna, toujours d’actualité en Russie, va ensuite déboucher sur une série d’échecs, mais aussi de réussites, dont certaines ont fait l’Histoire.

Ainsi, un mois après Luna 2, la sonde Luna 3 prendra les toutes premières images de la face cachée de la Lune et les transmettra vers la Terre. La qualité est mauvaise. On y observe tout de même un relief plutôt différent de celui de la face visible. Une des grandes structures est baptisée « Mer de Moscou ». Par la suite, d’autres reliefs recevront le nom d’acteurs prestigieux de la cosmonautique russe, dont celui de Gagarine.

Propagande ou secret mal gardé ?

En 1966, c’est la sonde Luna 9 qui fait l’actualité. Luna 9 est la première sonde humaine à se poser en douceur sur le sol sélène et à en prendre une série de photos in situ.

Sonde Luna 9, Musée Lavotchkine, Moscou/Khimki. © CDB
Sonde Luna 9, Musée Lavotchkine, Moscou/Khimki. © CDB

Ses photographies donnent une vue panoramique de la surface lunaire immédiate, comprenant des vues des roches voisines et de l’horizon. Anecdote : les images de Luna 9 n’ont pas été diffusées immédiatement par les autorités soviétiques. Mais les scientifiques de l’observatoire de Jodrell Bank, en Angleterre, qui surveillaient la sonde spatiale, ont remarqué que le format du signal utilisé pour envoyer les images vers la Terre était identique à celui du système « Radiofax » internationalement utilisé par les journaux de l’époque pour transmettre leurs photos. Le journal britannique « Daily Express » envoya d’urgence un récepteur approprié à l’observatoire et les images de Luna 9 furent ainsi décodées et publiées dans le monde entier. Erreur de communication soviétique ou propagande subtile de l’URSS ? La guerre froide et la course à la Lune battaient alors leur plein…

En 1970, juste après l’exploit américain d’Apollo 11 et la mission Apollo 12, la sonde Luna 16 se pose sur la Lune et y récolte une centaine de grammes d’échantillon de sol. La même année, la première jeep télécommandée soviétique, le Lunokhod 1 (mission Luna 17) arrive sur la Lune. Bien que la course à la Lune était déjà largement gagnée par les États-Unis, l’URSS continua à expédier ses sondes Luna sur notre satellite jusqu’en 1976 (Luna 24).

La sonde Luna 10, lancée en 1966, fut le premier satellite artificiel de la Lune. © CDB
La sonde Luna 10, lancée en 1966, fut le premier satellite artificiel de la Lune. © CDB

Cinq nouvelles missions Luna en perspective

Le programme d’exploration lunaire a ensuite été mis en léthargie. Avec le regain d’intérêt actuel pour la Lune, il reprend cependant quelques couleurs en Russie. Cinq nouveaux lancements sont actuellement en préparation.

La mission Luna 25 tout comme Luna 26, qui devrait cartographier l’ensemble de la Lune et identifier des sites d’atterrissage dans les régions polaires, sont prévues pour 2021. En 2022, ce sera Luna 27, un atterrisseur, plus lourd, qui sera chargé de forer dans le sol lunaire sur deux mètres de profondeur et d’analyser la roche. Des missions menées en collaboration avec l’Europe spatiale (ESA).

Enfin, Luna 28 est une mission de retour d’échantillons lunaires sur Terre tandis que Luna 29 prévoit l’envoi d’un nouveau rover russe à la surface de la Lune.

On notera encore que dans la capitale russe, un autre musée, celui de la cosmonautique russe et avant cela soviétique, est également accessible.

Il propose un récit plus global de la conquête spatiale vue depuis Moscou. Dont cette intéressante visite virtuelle, proposée par… Google! La fin de la guerre froide a fait place au commerce et à la mondialisation…

Affiche résumant les pérégrinations des deux rovers lunaires soviétiques "Lunokhod". © CDB
Affiche résumant les pérégrinations des deux rovers lunaires soviétiques “Lunokhod”. © CDB
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