A première vue, rien ne prédestinait l’Académie royale de Belgique à se « rajeunir ». Et pourtant, le Collegium a changé la donne. Pensé comme un pont entre générations, celui-ci rassemble aujourd’hui 40 jeunes chercheurs et artistes en début de carrière.
« Tout est parti d’un moment symbolique », explique le Pr Didier Viviers, Secrétaire perpétuel de l’Académie. « Il y a cinq ans, c’était le 250e anniversaire de notre Académie. Je trouvais que c’était le bon moment pour regarder vers l’avenir », raconte-t-il. L’institution voulait alors se reconnecter à une nouvelle génération. « Le modèle existait déjà ailleurs en Europe, sous la forme de « Young Academies ». Il était important que nous participions à ce mouvement », explique-t-il.
Des jeunes scientifiques et des jeunes artistes
Mais pas question d’un simple copier-coller. Le Collegium a été construit progressivement. « Si on avait recruté tout le monde en même temps, tout le monde serait parti en même temps, cinq ans plus tard », résume Didier Viviers. Cinq années, c’est, en effet, la durée du mandat unique de chaque membre du Collegium. Le choix de construire progressivement le Collegium a donc permis d’éviter cet écueil. « Ce sont les membres eux-mêmes qui élisent les suivants », reprend le Secrétaire perpétuel. Le dispositif attire les jeunes scientifiques comme les jeunes artistes. « Il y a beaucoup de candidatures. »
Autre particularité : le Collegium n’est pas une structure isolée. Ses membres sont intégrés aux différentes classes de l’Académie, aux côtés de scientifiques confirmés et d’artistes reconnus. « Ce ne sont pas deux mondes séparés », insiste Didier Viviers. « Il y a une vraie interaction. Et, contrairement à certaines idées reçues, l’écart entre générations n’est pas si grand. Les Académiciens sont encore très actifs dans nos universités. Beaucoup dirigent des équipes, des labos, cherchent des financements… »
Nouvelle génération, nouvelles idées
Là où la différence se fait sentir, c’est plutôt dans les approches. « Les jeunes ont peut-être une sensibilité plus forte à la transdisciplinarité », observe Didier Viviers. Autrement dit, ils aiment croiser les disciplines, faire dialoguer les savoirs. Et surtout, ils poussent davantage les liens entre arts et sciences. « Ils ont envie de les mettre en pratique », dit-il, évoquant des événements publics où ces croisements prennent vie.
En cinq ans, le Collegium a déjà laissé son empreinte. D’abord en développant l’image de l’Académie. « Elle était parfois un peu ignorée par les jeunes générations. Aujourd’hui, elle est mieux connue, mieux perçue par le public. » Ensuite, en insufflant une nouvelle dynamique interne. Le Collegium montre concrètement comment travailler davantage entre disciplines.
Les échanges fonctionnent dans les deux sens. Pour ses membres, le Collegium est une opportunité rare. « Ils bénéficient d’un cadre, d’infrastructures, mais surtout d’un réseau », explique le Pr Viviers. « Leur horizon s’élargit. » Pour ces chercheurs et créateurs souvent concentrés sur leur domaine, c’est une ouverture précieuse. Ils rencontrent des profils très divers issus d’autres universités, d’autres disciplines. »
Reste une difficulté bien réelle : le temps. « Les membres du Collegium sont dans une période de leur vie où ils doivent construire leur carrière », précise notre interlocuteur. Entre recherche, publications, financements et parfois vie de famille, s’investir dans le Collegium demande des efforts.
Résidences pour artistes et scientifiques
Faut-il alors changer le modèle ? Pour Didier Viviers, la réponse est non. « Le système fonctionne bien », tranche-t-il. L’enjeu est ailleurs : « Il faut surtout développer davantage les activités, intensifier ce qui existe. Autrement dit, faire vivre davantage cette dynamique plutôt que la réinventer », estime-t-il.
Des projets concrets pointent déjà à l’horizon. Grâce à un mécénat, l’Académie va développer des résidences pour chercheurs et artistes dans une maison conçue par Victor Horta. « Quatre à six résidences par an », précise Didier Viviers. À terme, certaines pourraient être proposées aux membres du Collegium, renforçant encore les échanges.
Et après ? Le Collegium, pourrait-il devenir une porte d’entrée vers l’Académie ? « Ce n’est pas une antichambre », insiste le Secrétaire perpétuel. Mais il n’exclut pas que, dans dix ans, certains anciens membres du Collegium rejoignent les rangs des Académiciens.