Présentation publique © Christian Du Brulle

L’éloquence en public dopée grâce à la XR

23 juillet 2026
Temps de lecture : 4 minutes
par Christian Du Brulle

Série : eXtended Reality (4/5)

Dans la salle de classe, l’auditoire ou le conseil d’administration, des dizaines de regards se tournent vers la personne qui a la parole. Certains participants écoutent attentivement. D’autres décrochent, consultent leur téléphone, leurs mails, soupirent. Si l’orateur perd le fil, son public le lui fait sentir immédiatement…

Bienvenue dans l’univers de la recherche de Sarah Saufnay, doctorante en ingénierie de gestion, à HEC Liège. Elle consacre sa thèse à un enjeu aussi universel que complexe : apprendre à parler en public. Comment? En transformant les réalités de terrain en entraînements virtuels pour candidats orateurs, grâce à la XR, la réalité « étendue ».

« Tout a commencé par la création d’audiences virtuelles crédibles », explique la jeune chercheuse, présente au salon Laval Virtual. Derrière cette apparente simplicité se cache un défi majeur, celui de reproduire des comportements humains sans basculer dans l’inconfort. « Si les avatars sont trop réalistes, on crée un malaise. Il faut trouver le juste milieu », dit-elle.

Décrypter la perception de foules virtuelles

Observer, comprendre, simuler : la première étape de sa thèse consiste à décrypter la perception de foules virtuelles. Un groupe est-il jugé attentif ? Distrait ? Le genre ou l’attitude des avatars influence-t-il cette perception ? « On a travaillé sur la manière dont un utilisateur interprète un public dans son ensemble. »

Mais très vite, il ne s’agit plus seulement de regarder. Il faut interagir. Grâce à l’intelligence artificielle, les audiences prennent vie. « L’objectif, c’est qu’elles réagissent à ce que dit l’orateur, en temps réel. » Une promesse ambitieuse. Dans le casque de réalité virtuelle, chaque mot prononcé peut déclencher une réaction, une question, un signe d’impatience, un regain d’attention.

Techniquement, le processus est millimétré. La parole est analysée, envoyée à un modèle de langage, transformée en réponse, puis incarnée par un avatar. Le tout en quelques secondes. « Le vrai défi, c’est la latence. Il faut que la réponse arrive au bon moment, sinon l’illusion disparaît », dit-elle. Mais elle est aussi très claire : « On ne remplacera jamais un professeur ou une vraie interaction humaine. Ici, on est dans un outil d’entraînement. Un outil qui complète. Pas un outil qui remplace l’expertise humaine. »

Le multiples indices d’un signal vocal

L’autre force de ses travaux réside dans l’analyse de la performance. Et contre toute attente, ce n’est pas le corps qui parle le plus… mais la voix. « On peut extraire énormément d’informations à partir du signal vocal », souligne Sarah Saufnay avec enthousiasme, sur le stand de Wallonie-Bruxelles International à Laval Virtual. « Stress, engagement, clarté : tout se lit dans les variations de fréquence, le débit, les silences. La fréquence fondamentale, par exemple, est un excellent indicateur d’anxiété. »

Le nombre de mots par minute, le volume, l’intonation… Chaque paramètre devient une donnée exploitable pour affiner le diagnostic de son modèle. Une approche à la fois scientifique et très concrète. Bien entendu, ces environnements ne restent pas confinés au laboratoire. Ils sont déjà testés dans plusieurs facultés. Futurs enseignants, étudiants entrepreneurs, candidats à des présentations importantes : tous peuvent s’exercer dans des conditions proches du réel à prendre la parole devant un public (virtuel) et à moduler leur discours en fonction des réactions suscitées.

Sa prochaine étape portera sur la mesure d’impact de ces discours. Une étude déjà en cours suit des étudiants qui s’entraînent avant de pitcher leur projet. L’objectif de la jeune chercheuse? « Observer l’évolution de leur confiance et de leurs performances au fil des séances », précise-t-elle.

À un peu plus d’un an de la fin de son doctorat, Sarah Saufnay commence à entrevoir les résultats de ses recherches. « Ce que j’aime le plus, c’est l’enthousiasme des personnes qui testent ce système », conclut-elle.

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