Mon sol, est-il de bonne qualité ? En 30 à 60 minutes, et en utilisant uniquement des matériaux que tout un chacun dispose chez lui, il est possible de poser un diagnostic grâce à l’indice de qualité des sols citoyen (IQSW-citoyen). Ce nouvel outil est mis à disposition par la Région wallonne pour évaluer la fertilité, la biodiversité et le cycle de l’eau dans la parcelle. Une aide précieuse pour choisir le meilleur endroit où établir son potager.
Ce projet est l’œuvre d’un consortium rassemblant l’UCLouvain, le Centre wallon de Recherches agronomiques (CRA-W) et ARIES Consultants. Il est financé par le Plan de Relance de la Wallonie.
Un mot-clé : observer
La première étape consiste à identifier la zone du jardin à investiguer. Mieux vaut opter pour un endroit dont les caractéristiques, comme les végétaux qui y poussent, sont similaires à celles retrouvées sur l’entièreté de la parcelle.
Vient ensuite le diagnostic de l’état de surface du sol. « Il s’agit de répondre à quelques questions et de cocher les réponses préétablies dans le questionnaire à imprimer. Y a-t-il de l’eau stagnante ? Quelle est la couverture végétale ? S’agit-il de résidus de végétation, du paillis par exemple, ou d’une couverture artificielle ? Est-elle temporaire ou permanente ? Quelle proportion de la surface étudiée est recouverte ? », explique Yannick Agnan, professeur en sciences du sol à la Faculté des bioingénieurs et chercheur au Earth and Life Institute de l’UCLouvain. Il assure le bon fonctionnement scientifique du projet IQSW-citoyen et son déploiement dans un réseau de sciences participatives.
Outre proposer un diagnostic rapide, l’IQSW-citoyen vise à initier la population à l’observation du sol. Il y a donc un objectif pédagogique. Par exemple, en attirant l’attention sur la renouée du japon et d’autres plantes exotiques envahissantes qui affectent la biodiversité des sols ainsi que leur fertilité. Mais aussi en s’intéressant aux turricules, ces petits tortillons de terre enrichie de minéraux rejetés en surface par les vers de terre. « Ces petits amas de terre bénéfiques pour la fertilité du sol, il est demandé d’en compter le nombre sur un mètre carré. » Cela donne une idée de la population locale en lombrics.


Les mains dans la terre
Une fois qu’on a fini avec la surface, on empoigne une bêche et on extrait un bloc de terre de 20 centimètres de côté et 25 de profondeur. Plusieurs horizons, sont-ils visibles ? Autrement dit, voit-on des strates de couleurs différentes ? Dans le guide IQSW-citoyen, des pastilles de couleurs (noir, brun foncé, brun clair, ocre ou orange) indiquent des informations sur la nature du sol. « Toutes les couleurs ne donnent pas directement un diagnostic, mais permettent de montrer la diversité des couleurs », précise Pr Agnan.
Pour évaluer la compacité du sol, on a recours au test du couteau. « Il s’agit d’essayer d’enfoncer la lame avec la force du poignet. La manœuvre est à réitérer dans chaque horizon du sol. En effet, la zone peut être compacte en profondeur, mais pas en surface, par exemple. »
Une odeur de vase indique que de l’eau a été retenue, le sol présente donc un mauvais drainage. De l’eau remonte dans le trou creusé ? C’est l’indice d’un engorgement temporaire ou permanent. Une odeur d’hydrocarbures peut révéler un risque de pollution. Des analyses complémentaires sont alors nécessaires pour le confirmer.
Ver de terre, cloporte, fourmi, larves d’insectes : la richesse de la faune de grande taille du sol est évaluée, tant en termes d’espèces que du nombre d’individus, à l’aide d’un album photo inclus dans le guide. Un premier aperçu est réalisé une fois le bloc de terre extrait, puis un second après son ouverture.


Pédagogique et transparent
Le protocole est à imprimer, et les réponses aux questions peuvent être saisies sur le site IQSW-citoyen ou sur l’app qui sera disponible d’ici peu. Ce questionnaire en ligne, soit muni d’un menu déroulant, soit constitué de cases à cocher permet de répondre.
Ensuite, il convient de l’envoyer pour connaître les différents scores en matière de biodiversité, de fertilité et de cycle de l’eau.
« Sur le site web, les citoyens ont également accès à un tableau Excel dédié : ils encodent leurs réponses et voient apparaître les 3 scores. De plus, des conseils apparaissent en fonction des résultats. Sur cette base, les citoyens ont aussi la possibilité d’évaluer l’évolution des scores s’ils modifient un ou des paramètres. Par exemple, s’ils ajoutent de la matière organique pour davantage de cohésion entre les particules de leur sol. L’outil est pédagogique et transparent », explique Pr Agnan.
Si le citoyen est d’accord d’encoder son adresse, les trois scores seront reportés sur une carte interactive. De quoi permettre des comparaisons.