17. C’est le nombre de jours, depuis le 1er mai, où les 30 °C ont été atteints ou dépassés à Uccle, la station de référence de l’Institut royal météorologique (IRM). À l’heure où nous écrivons ces lignes, le record de 18 jours établi en 1976 tient donc toujours. Mais l’année est loin d’être terminée…
Ces épisodes, de plus en plus fréquents et intenses, ne sont pas sans conséquence sur notre santé. Ils peuvent même tuer. Les 27 et 28 juin derniers, la Belgique enregistrait respectivement 651 et 639 décès, toutes causes confondues. Pour retrouver de tels pics de mortalité, il faut remonter au début de la pandémie de COVID-19. Pour Sciensano, cette surmortalité est à mettre en lien avec la canicule de juin, où les températures de jour, comme de nuit, ont également battu des records.

Si l’influence de la chaleur sur la santé est aujourd’hui bien documentée, les mécanismes à l’œuvre sont plus complexes qu’une simple question de degrés. On connaît toutefois encore mal les effets combinés des températures avec d’autres variables comme l’humidité, le vent ou la pollution à l’ozone. C’est précisément ce que cherchera à mieux comprendre le projet CHaRM-BE (2026-2029). L’idée étant de mieux quantifier quand un stress thermique devient dangereux pour l’organisme.
Soutenu par le Centre d’évaluation des risques climatiques (CERAC) et la Politique scientifique fédérale, le projet réunit la KU Leuven, l’IRM, l’ULiège, la VUB, Sciensano et l’UHasselt.
Des conséquences sociétales
Dans son premier rapport consacré aux risques climatiques les plus importants pour le pays et aux domaines d’interventions prioritaires, le CERAC épinglait le stress thermique intense comme la menace la plus élevée pour la santé dans tous les scénarios de réchauffement, appelant à des « actions urgentes » pour réduire ce risque. Les auteurs y précisent que la chaleur peut affecter les systèmes cardiovasculaire, rénal et respiratoire, surtout lorsqu’elle se prolonge durant la nuit. Le sommeil est aussi souvent perturbé lors des fortes chaleurs, ce qui peut impacter notre bien-être, mais aussi réduire nos capacités de concentration et, par conséquent, augmenter le risque d’accidents au travail, sur la route ou au domicile.
« Outre les effets directs sur la santé, on s’intéressera donc aussi aux conséquences sociétales, à savoir l’absentéisme, l’incapacité de travail et la mortalité prématurée, ainsi qu’à leurs coûts pour le système de soins de santé et l’économie », précise Nicolas Ghilain, chef de travaux à l’IRM, chercheur au laboratoire de climatologie de l’Université de Liège, et participant au projet.

Les villes en première ligne
Le projet se penchera particulièrement sur les citadins. « L’étude devrait porter sur les habitants de six ou sept grandes villes. Certaines sont d’ores et déjà fixées, à savoir Liège, Bruxelles, Louvain et Gand », indique le Dr Ghilain. Les zones urbaines sont effectivement davantage exposées à la surchauffe : le trafic, l’industrie, la climatisation ou encore l’éclairage ajoutent de la chaleur à l’air ambiant, tandis que les bâtiments et les routes l’emmagasinent et la restituent la nuit. Cette exposition est encore plus forte dans les quartiers défavorisés, où les logements sont souvent moins bien isolés et les espaces verts plus rares. À cela, s’ajoutent les rues étroites qui peuvent emprisonner l’air chaud et les polluants, comme l’ozone.
Les scientifiques analyseront ainsi comment les périodes de chaleur affectent différemment la population urbaine selon le niveau de vie, les conditions de logement, mais aussi selon la tranche d’âge et le genre.
Pour mener à bien ce projet, « on va croiser différentes bases de données climatiques et de santé, notamment celles de l’Office belge de statistique Statbel, de l’IRM et de Sciensano, mais aussi celles d’INTEGO et de l’Agence InterMutualiste ». INTEGO est une base de données alimentée chaque semaine par un réseau d’environ 500 médecins généralistes répartis à travers la Flandre, qui permet de cartographier les tendances en médecine générale au nord du pays. L’Agence InterMutualiste, de son côté, rassemble les informations sur les patients des 7 mutualités belges qui couvrent les soins de santé en Belgique.

Adapter les villes sans aggraver les risques
Le second volet du projet portera sur les stratégies visant à limiter l’impact sanitaire des canicules à venir. Dans ce cadre, les chercheurs évalueront l’efficacité des mesures d’adaptation envisagées par les villes étudiées. « Pour y parvenir, on fera des simulations du climat urbain et de l’effet de ces actions sur la santé », explique le Dr Ghilain, chargé de cette partie de l’étude. Parmi ces mesures figurent la revégétalisation, l’installation de toitures vertes, la création de corridors de ventilation, ou encore la déminéralisation, qui consiste à retirer les revêtements artificiels pour revenir à des sols plus naturels.
Cette modélisation servira à classer les risques et les solutions par ordre de priorité, mais aussi, le cas échéant, de mieux orienter les choix d’aménagement. Planter des arbres, par exemple, peut améliorer le confort thermique en apportant de l’ombre et en rafraîchissant l’air la nuit grâce à l’évapotranspiration. « Mais si des avenues très empruntées sont totalement “fermées” par des arbres, la canopée pourrait former un “dôme”. La pollution due au trafic aurait alors du mal à s’échapper et la qualité de l’air sur ces axes serait encore moins bonne. »
A terme, le projet formulera des recommandations à destination des décideurs politiques et des urbanistes. Un outil interactif d’aide à la décision sera notamment développé. Il permettra de visualiser différents scénarios combinant les projections climatiques de l’IRM et les résultats de la modélisation urbaine.