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Pendant toute la visite, on l’entend gronder au loin. Les sautes d’humeur du Vésuve sont de plus en plus fréquentes. Dès l’entrée de l’exposition « Retour à Pompeii », proposée à Bruxelles (à Tour et Taxis), le visiteur est plongé dans l’ambiance sonore et sourde du colosse prêt à entrer en éruption. Nous sommes en 79 de notre ère, quelques heures à peine avant l’engloutissement de la ville par les nuées ardentes qui vont figer la ville et la vie en quelques instants.
C’est Cuspia qui nous accueille dans sa « domus » (maison) reconstituée. L’atrium, la chambre de la dame avec son rouge si pompéien, la chambre des esclaves… La gamine, issue d’une famille de commerçants, est inquiète. Une partie de la population a préféré quitter la ville, déjà meurtrie en l’an 62 par un tremblement de terre.

Une domus, un thermopolium, une boulangerie…
Après la maison de Cuspia, la visite s’ouvre sur une rue reconstituée de l’antique cité. C’est un voyage dans le temps et dans l’espace. « Tout ici est fidèle à la réalité », souligne Henri Dupuis, qui a développé l’exposition. « Mais ce n’est pas la réalité. Toutefois, chaque élément représente un objet ou un lieu tels qu’ils étaient à l’époque ».
« Retour à Pompeii » nous fait découvrir une place publique, une rue bordée d’une école, d’une laverie, d’une boulangerie, d’un thermopolium (une sorte de snack-bar) ou encore le vestiaire des thermes. Celui-ci semble anodin, avec ses niches creusées dans les murs, où les visiteurs déposaient leurs affaires. Toutefois, ces lieux d’hygiène mais aussi de convivialité et de brassage social constituaient un monument essentiel des cités romaines.

Aspects sociaux, politiques et commerciaux du sexe à Pompéi
A y regarder de plus près, les niches en questions, ces « casiers de piscine » en quelque sorte, sont chacunes surmontées d’un dessin plutôt suggestif à connotation franchement sexuelle. « C’était un moyen mnémotechnique pour identifier sa niche”, souligne Marco Cavalieri, professeur d’archéologie romaine et antiquité italiques à l’UCLouvain, et commissaire scientifique de l’exposition. « C’est aussi l’illustration de certains rapports au sexe dans cette ville. Les chambres à l’étage servaient aux prostitué(e)s de l’époque », précise-t-il.

Cette allusion aux plaisirs de la chair dans la fameuse cité peut surprendre. « Pourtant, elle faisait partie intégrante de la vie de la cité », souligne le scientifique, qui a eu l’occasion de participer à des fouilles réalisées à Pompéi. « La représentation des attributs masculins et féminins, avait une signification symbolique liée surtout à la fertilité, mais aussi à la prostitution ». Le Pr Cavalieri donnera le 14 février prochain une conférence à ce sujet à Tour et Taxis. Elle visera à analyser ce domaine moins abordé de la vie quotidienne de la fameuse cité. « Le monde du sexe dans ses aspects sociaux, politiques et commerciaux y occupait une place importante », indique-t-il.
En guise d’introduction, il nous en détaille certains de ses aspects dans une interview audio, accessible sur notre chaine « Les podcasts de Daily Science ».
« Le sexe à Pompéi était une forme de commerce, une source de revenus dénuée de toute connotation éthique ou morale », indique encore l’archéologue. Assurément, un autre regard sur la fameuse ville vésuvienne.