Des scientifiques de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique et de l’Université d’Oxford ont découvert sur un site égyptien la plus ancienne preuve de bétail dont les cornes ont été délibérément déformées. Les anciens Égyptiens forçaient les cornes en tire-bouchon des moutons, qui poussent naturellement vers les côtés, à se dresser vers le haut. « Pour l’instant, nous ne pouvons qu’émettre des hypothèses sur leurs motivations », déclare l’archéozoologue Wim Van Neer.
Hiérakonpolis, ou Nekhen, est un site archéologique situé le long du Nil en Égypte, légèrement au sud de Louxor. Bien avant la construction des pyramides et le règne des pharaons, cette ville était l’une des plus grandes et un important centre politique entre 3700 et 3500 av. J.-C. C’est également l’un des rares sites à disposer de cimetières pour le peuple et l’élite.
Le plus ancien zoo
Dans le cimetière de l’élite, pas moins de 180 animaux ont été enterrés aux côtés de notables. Un cinquième de ces animaux étaient des animaux sauvages, tels que des hippopotames et des crocodiles locaux, ainsi que des babouins et des éléphants importés du sud. Les archéologues ont également mis à jour de nombreux chats, chiens et du bétail. La quantité et la variété d’animaux font de Hiérakonpolis un site unique, considéré aussi comme le plus ancien zoo connu.
Droites comme un “I”
Dans une nouvelle étude, Bea De Cupere et Renée Friedman décrivent six moutons trouvés dans une tombe. Normalement, cette espèce possède des cornes en spirale qui poussent horizontalement vers les côtés, mais chez trois spécimens, les cornes avaient été manipulées. L’un avait les cornes orientées vers le haut, l’autre les avait moins droite, mais plus rapprochées et le dernier était totalement écorné. « Des encoches sur les cornes suggèrent que les anciens Égyptiens utilisaient des cordes pour changer la forme de celles-ci», explique l’archéozoologue Bea De Cupere (Institut des Sciences naturelles), qui a participé à six campagnes de fouilles à Hiérakonpolis.
« Des trous dans les os du crâne indiquent que les éleveurs brisaient également le crâne du jeune animal pour favoriser la pousse verticale des cornes. Cette pratique est encore utilisée aujourd’hui sur le bétail dans certaines communautés pastorales africaines. »
Les ossements découverts dans le cimetière des élites montrent, outre les mutilations décrites, que les animaux étaient bien plus âgés – 6 à 8 ans au lieu de 3 ans – et aussi plus grands que leurs congénères retrouvés dans les déchets d’abattage sur une autre partie du site. « C’est le résultat de la castration », explique Bea De Cupere. « Les moutons deviennent non seulement plus faciles à manipuler, mais ils grandissent aussi davantage. »
Suprématie et puissance
La raison pour laquelle les anciens Égyptiens déformaient les cornes reste incertaine. Selon Wim Van Neer, archéozoologue qui a participé à douze fouilles à Hiérakonpolis, « l’élite souhaitait peut-être afficher sa puissance en possédant des animaux sauvages et exotiques, et en redressant les cornes de grands moutons impressionnants. Peut-être voulaient-ils que les moutons ressemblent aux addax du Sahara ? Ou bien les animaux faisaient-ils partie de rituels ? Pour l’instant, ce ne sont que des hypothèses. »
Les chercheurs espèrent trouver d’autres crânes de bétail avec des cornes déformées pour mieux comprendre cette pratique particulière. La découverte d’Hiérakonpolis constitue la plus ancienne preuve de déformation de cornes de bétail – 1000 ans avant les cornes de bœuf déformées trouvées sur un site au Soudan – et le premier cas connu d’une telle pratique sur des moutons.