Vignoble belge © Christian Du Brulle

Les vignobles belges n’aiment pas la drosophile Suzukii

29 août 2025
par Christian Du Brulle
Temps de lecture : 3 minutes

Série : Recherche en Hautes Écoles (2/3)

Elle a les yeux rouges, mesure à peine quelques millimètres, mais peut réduire à néant une récolte entière de raisin : bienvenue dans le monde de la drosophile Suzukii, une petite mouche qui sème la pagaille dans les vignobles belges. Anouck Stalport, bioingénieure et enseignante-chercheuse à la Haute École Condorcet, la traque de près.

Détectée pour la première fois en Europe en 2008, la drosophile Suzukii est originaire d’Asie. Contrairement à sa cousine indigène, celle que l’on retrouve autour de la corbeille de fruits, cette version invasive ne se contente pas de la pourriture. Non, elle préfère les fruits bien mûrs, sains, juteux, et tout particulièrement les petits fruits rouges : fraises, framboises, groseilles… et surtout le raisin.

« Elle n’est pas de chez nous, donc elle n’a pas de prédateurs naturels. Elle se plaît énormément dans notre environnement et s’y développe très bien », explique la Dre Anouck Stalport. Opportuniste, elle trouve dans la nature belge une offre variée de plantes sur lesquelles pondre. Résultat : elle se multiplie, s’installe, et finit par migrer vers les parcelles de vigne en fin de saison.

Quand le vin tourne à l’aigre

En 2023, une saison particulièrement humide a servi de tremplin à la fameuse drosophile. Les attaques ont été massives dans les vignobles belges. « Elle pond directement dans le raisin. Ensuite, les larves s’y développent, ce qui fragilise la baie et l’ouvre à toutes sortes de champignons », détaille la chercheuse. « Parmi ceux-ci, la pourriture grise, et surtout la pourriture acétique, qui transforme le sucre du raisin… en vinaigre. Une catastrophe pour les vignerons qui aspirent à produire du vin de qualité.»

Pour lutter contre ce fléau sans recourir à des produits chimiques, Anouck Stalport s’est intéressée aux haies qui bordent les parcelles de vignes.

En analysant les baies de différentes essences végétales présentes autour des vignes, son équipe a mis en évidence que certaines plantes jouent un rôle de relais pour la drosophile. Parmi les coupables : la ronce et le sureau, deux espèces très répandues offrant le gîte et le couvert à la mouche tout au long de la saison. « Elle s’y reproduit tranquillement avant de passer à l’attaque sur les raisins en fin de saison. »

Une lutte agroécologique

Faut-il dès lors arracher toutes les haies ? « Les haies sont essentielles pour la biodiversité et jouent d’autres rôles précieux », dit la chercheuse. » L’idée est plutôt de choisir les bonnes essences. Il faut éviter celles qui plaisent à la drosophile, surtout près des raisins rouges, qui sont ses préférés », indique-t-elle. Adieu donc ronces, sureaux, cerisiers à grappes et consorts dans les alentours des vignes.

Face à cet adversaire minuscule, mais coriace, quelles stratégies explorer ? Écoutez Anouck Stalport évoquer une partie de la solution agroécologique à mettre en place :

 

Retrouvez l’ensemble de ce podcast sur notre chaîne « Les podcasts de Daily Science », accessible sur votre plateforme préférée (Spotify, Deezer, Apple podcast, podcast addict…)

Haut depage