Le fameux « blue monday », ce lundi supposé être le plus déprimant de l’année, n’a rien eu de morose à l’Université libre de Bruxelles (ULB). À la place d’un état d’esprit hivernal et léthargique, une communauté bouillonnante s’est rassemblée autour d’un projet ambitieux et fédérateur : le « Brussels Laboratory of the Universe » (BLU). Cette initiative interfacultaire, née officiellement en 2024, est en train de transformer la recherche spatiale à l’ULB.
Ce fameux « BLU monday » a pris la forme d’une trépidante journée académique. Scientifiques et étudiantes se sont succédé pour présenter leurs travaux et projeter ensemble l’avenir de la recherche spatiale au sein de leur université. Loin d’être confidentiel, le nouveau centre rassemble désormais quasi une centaine de chercheurs issus de facultés variées : des sciences fondamentales à la médecine, en passant par les sciences de la motricité et l’ingénierie.
Un label et un Centre de recherche interfacultaire
« Le Brussels Laboratory of the Universe est bien plus qu’un simple groupe informel : il s’agit d’un Centre de recherche interfacultaire créé pour rassembler l’ensemble des équipes actives dans le domaine spatial à l’ULB », indique l’astrophysicienne Sophie Van Eyck, une des scientifiques à l’origine du projet. Sa mission ? « Favoriser les échanges, décloisonner les disciplines, encourager les collaborations et faire émerger des idées nouvelles au cœur de sujets aussi variés que l’astrophysique, l’exobiologie, la cosmologie, l’observation de la Terre ou la physiologie en microgravité », explique-t-elle.
Ce que cette professeure de l’Institut d’astronomie et d’astrophysique de l’ULB concède aussi, c’est qu’en fédérant sous une même appellation l’ensemble des chercheurs actifs dans le domaine spatial, l’espoir est d’offrir une meilleure visibilité à l’Université dans ce secteur.
La nouvelle structure n’est toutefois pas qu’un nom. En une bonne année d’existence, ses réalisations sont nombreuses. On retrouve pêle-mêle des conférences pour le grand public, des discussions pointues sur la nature de la matière noire, des ateliers scientifiques ouverts à tous. L’agenda 2026 regorge de rendez-vous gratuits autour de thèmes aussi fascinants que la classification des météorites ou la collecte de ces pierres célestes en Antarctique.
Cette diversité thématique reflète la richesse de la communauté elle-même, qui mêle théoriciens et expérimentateurs, biologistes et ingénieurs, astrophysiciens et spécialistes des sciences humaines.
Des moyens financiers pour ses membres
On notera que la plateforme en ligne du BLU sert également de « hub » pour diffuser actualités, annonces de conférences, formations et contenus pédagogiques. L’objectif est clair : stimuler la curiosité, partager les savoirs et renforcer l’impact social de la recherche spatiale.
Le BLU ne se contente toutefois pas d’organiser des rencontres ni de proposer des événements de vulgarisation scientifique pour un public curieux. Il propose également un soutien financier concret pour ses membres. Lors de cette journée académique, quelque 48.000 euros ont été alloués sous forme de bourses et de subventions internes, destinées à faciliter la mobilité scientifique, l’organisation d’événements et le lancement de projets doctoraux. Ces fonds, redistribués au sein de la communauté, visent à lever les obstacles fréquents auxquels sont confrontées les équipes en début de parcours. Ou à permettre à des projets de chercheurs aguerris de pouvoir se concrétiser.
Hydrogène propre et rotifères
Parmi les lauréats de cette année, figure notamment le Pr Patrick Hendrick (Polytech), bénéficiaire d’une bourse de mobilité. De quoi lui permettre de participer, dans quelques mois, à une mission innovante autour de l’hydrogène liquide et des énergies renouvelables à Kourou, en Guyane française. « L’idée est de développer là-bas une filière de production d’hydrogène propre pour les lanceurs spatiaux, et non en craquant un hydrocarbure », précise-t-il. La ville de Kourou abrite le Centre spatial guyanais, véritable port spatial de l’Europe.
Des doctorantes ont également été récompensées pour leurs projets en astrobiologie et en résistance aux radiations spatiales. Un projet qui porte sur les rotifères, de la Professeure Karine Van Doninck. Les rotifères bdelloïdes sont connus depuis 300 ans. Ces animaux pluricellulaires sont connus pour leur capacité à se dessécher complètement et à reprendre vie après réhydratation. Ils résistent également à la congélation. Une nouvelle mission spatiale à bord de l’ ISS attend ces organismes extraordinaires. Cette fois, ils seront exposés au vide spatial, histoire de mieux cerner leur résistance à cet autre type de conditions extrêmes.
Pour le BLU, manifestement, la dynamique est bonne. Le Pr Pierre Coheur, spécialiste de la chimie atmosphérique à l’ULB et par ailleurs vice-recteur au développement durable de l’ULB, ne disait pas autre chose lors de ce fameux lundi.
« Le BLU a déjà pris une place significative au sein de l’université, et ses membres sont invités à enrichir encore cet espace collaboratif », indique-t-il. « Avec près de 92 affiliés lors de la dernière réunion, l’objectif pour 2026 est de dépasser les 100 membres, renforçant ainsi l’attractivité et la visibilité d’une communauté qui ne cesse de grandir. Ce BLU monday n’aura eu de bleu que le nom. Il a montré une communauté engagée, une dynamique collaborative et une vision ambitieuse pour la recherche spatiale à l’ULB. Le BLU trace une trajectoire enthousiasmante ».