En Italie, à l’Université de Bologne, l’influence des astres sur la santé humaine fait partie de l’enseignement de la médecine au XIVe siècle. Considérée comme une science exacte, l’astrologie représente alors une étape essentielle du diagnostic et du pronostic médical. La position des étoiles indique les jours. Et les heures les plus appropriées pour administrer un traitement.
Un traité d’anatomie humaine en bolognais
Girolamo Manfredi enseigne la philosophie, la médecine et l’astronomie à l’Université de Bologne. Pratique la médecine et l’astrologie divinatoire à titre privé. Vend des prédictions fondées sur l’influence des astres.
L’érudit rédige plusieurs traités scientifiques pour transmettre les savoirs et les rendre accessibles. Son «Opus de corporis humani anothomia» paraît vers 1490. Destiné à un large public, le traité d’anatomie humaine est écrit en bolognais quand les autres ouvrages scientifiques sont en latin.
Selon Willy Burguet et Alex Bardascino, le parcours du médecin, anatomiste et astrologue Girolamo Manfredi «illustre les aspirations de la Renaissance italienne. Une soif insatiable de savoir. Un respect profond pour l’héritage classique. Et une volonté d’explorer les frontières de la connaissance. Manfredi veut produire une œuvre qui se veut utile à tous les hommes. Et pas seulement aux lettrés.»

Une traduction originale
Willy Burguet, collaborateur scientifique au Service de langue et littérature italiennes de l’Université de Liège, publie «L’Anothomia – La médecine et les astres» aux Presses universitaires de Liège. Une traduction originale de l’«Opus de corporis humani anothomia». Réalisée avec Alex Bardascino qui enseigne l’italien à l’École de gestion de l’Université.
Les auteurs comparent l’Opus à l’«Anathomia» de Mondino de’ Liuzzi rédigé en 1316. Ce médecin dissèque des cadavres humains devant les étudiants en médecine de Bologne. Écrit le premier traité d’anatomie basé sur sa pratique. Une synthèse des connaissances anatomiques à la fin du Moyen Âge.
En 1549, le cours de médecine théorique se réfère toujours à Mondino. Les étudiants bolognais font appel au Bruxellois André Vésale. Adepte de la dissection comme principal outil d’enseignement, le médecin actualise leur cours. André Vésale occupe pendant quelque temps une chaire à Bologne, Pise et Pavie.
Une large introduction sur Girolamo Manfredi précède la traduction des chercheurs de l’ULiège. Illustrée avec des planches anatomiques de Léonard de Vinci qui a vécu à la même époque. Selon eux, l’Opus de Manfredi est, à l’évidence, une adaptation en langue vulgaire de «Anathomia» de Mondino de’ Liuzzi.
Une pseudoscience
«Vers la fin du Moyen Âge, l’astrologie acquiert un statut institutionnalisé dans plusieurs sphères du savoir et du pouvoir», racontent Willy Burguet et Alex Bardascino. «Son enseignement dans les universités lui confère une légitimité académique, bien qu’elle suscite des débats sur sa validité scientifique et théologique. Elle occupe une place prépondérante au sein des sciences qui composent la médecine médiévale et elle connaît à cette époque un essor considérable. Depuis l’Antiquité, elle est intrinsèquement liée à l’astronomie. Comme en témoignent les écrits du savant grec Ptolémée.»
Malgré l’essor de l’art divinatoire, de nombreux médecins limitent l’astrologie dans leur pratique. Mondino de’ Liuzzi l’évoque parfois sans en tirer de réelles applications pratiques. La majorité des savants italiens maîtrisent l’astrologie. Mais, ils en font un usage mesuré et prudent en médecine.
Un débat jamais résolu
Girolamo Manfredi rédige des horoscopes pour des mécènes. Une activité lucrative, mais risquée quand les prévisions sont démenties. Le penseur Pico della Mirandola ridiculise l’astrologue pour n’avoir pas pu prédire la mort de sa sœur. Et la sienne. Ses critiques continuent après la mort du défenseur de l’influence des astres.
«Pour Pico et d’autres penseurs humanistes, l’astrologie menaçait la liberté humaine, un concept central dans la pensée de la Renaissance», relèvent les chercheurs. «Il estimait que les prétentions des astrologues étaient incompatibles avec la pensée rationnelle et la liberté humaine. Il critiquait l’utilisation de l’astrologie dans des domaines comme la médecine. Où elle influençait les choix thérapeutiques et les pratiques médicales.»
«Le débat sur l’astrologie et ses diverses implications ne fut jamais résolu de manière définitive, car il reposait sur des préjugés philosophiques et des conceptions du monde trop différentes pour parvenir à un consensus. Toutefois, cette polémique souligne l’importance du rôle de l’homme dans son destin. Et dans l’interprétation des phénomènes naturels. Tout en posant des questions fondamentales sur la liberté et la responsabilité humaine face à l’univers.»