Parole d’un prof passionné et passionnant

15 mai 2026
Temps de lecture : 4 minutes
par Raphaël Duboisdenghien
“Devenez prof!”, par Guillaume Grignard. Editions Academia. VP 19,50 euros, VN 14,99 euros

Oscar Duplat est marqué par le cours de sciences économiques donné dans l’enseignement secondaire par Guillaume Grignard. «Pour ce professeur, tout avis méritait d’être développé», explique l’étudiant du supérieur. «Même s’il allait dans le sens contraire au sien, tant qu’il était sensé et appuyé par des arguments cohérents et référencés. L’espace de classe visait alors à créer des rencontres entre les différentes pensées de chacun. Ce qu’un tel avait entendu à la maison ou vu sur les réseaux sociaux. Et à en débattre.»

«En tant qu’étudiant, je ne peux qu’affirmer ô combien il est important d’avoir en face de soi des professeurs passionnés et passionnants qui transmettent le goût du savoir et des connaissances. Tout en laissant une place ouverte à la réflexion. Au dialogue. Aux émotions.»

Oscar Duplat préface «Devenez prof!» publié aux éditions Academia. L’essai de son ancien professeur Guillaume Grignard s’adresse d’abord aux futurs enseignants. À ceux qui démarrent dans la carrière.

Restons profs

Après 4 ans d’enseignement, Guillaume Grignard est persuadé d’être à la bonne place. «Le métier d’enseignant est un grand métier, épanouissant, riche, humain, porteur de sens», affirme-t-il. «Je continue à penser que l’enseignement est trop souvent réduit à des considérations qui ne reflètent pas l’essence de notre profession.»

«Il est vrai que nous travaillons pour l’État. Et que nous sommes tributaires des bonnes ou mauvaises inspirations de nos décideurs politiques. Mais nos ministres ne sont pas dans nos classes: les réformes passent et notre pédagogie reste! Au cours de la carrière d’un professeur, il est sans doute nécessaire de traverser quatre ou cinq grandes réformes. L’enjeu pour notre profession est de ne pas s’y perdre. De garder cette flamme. Cette confiance. Cette force. Ce désir de transmission. Ce contact précieux avec nos élèves.»

«Notre pédagogie doit s’affranchir des contraintes extérieures pour rester elle-même», souligne l’enseignant. «Elle doit trouver dans ces difficultés, ce chemin étroit pour continuer à dire ce qu’elle a à dire avec courage, volonté et solidarité. Nous devons plus que jamais nous serrer les coudes. Et nous appuyer sur la grande famille que nous formons pour perpétuer ce qui fait la grandeur de ce métier.»

Au Fonds de la recherche scientifique

En juin 2016, Guillaume Grignard est accueilli par le Fonds de la recherche scientifique (FRS-FNRS) pour préparer sa thèse en sciences politiques à l’ULB. Son contrat prend fin en 2020. «Je fus amené à vivre la douloureuse expérience que tant de docteurs ont connue: quitter son bureau, rendre ses clés, tenter d’obtenir un postdoctorat. Et enfin, réaliser combien il était difficile de combiner une vie de famille harmonieuse avec celle d’un chercheur international.»

Durant l’été 2020, le docteur en sciences politiques envisage plusieurs carrières. Il lit le «Bullshit jobs», ou «Jobs à la con», de l’anthropologue étatsunien David Graeber. «Dans ce livre, l’auteur explique que nous serions une majorité à exercer un emploi qui n’a aucun intérêt et que nous nous percevrions dès lors relativement inutiles au sein de la société. Je suis convaincu que beaucoup de mes concitoyens prennent chaque matin le train avec moi pour exercer un travail peu épanouissant. Je suis convaincu que ces travailleurs n’attendent qu’une chose. À savoir rentrer chez eux le soir. Ne plus penser à leur journée.»

Ce n’est pas un job à la con

L’auteur passe de nombreux entretiens d’embauche. Obtient un CDI, un contrat à durée indéterminée. «J’ai expérimenté durant quelques jours tout ce que Graeber évoquait dans son livre. Le sentiment d’exercer un emploi qui ne servait à rien, dans une association qui n’avait pas besoin de moi. Je rentrais chez moi vidé d’être si inutile. J’ai immédiatement quitté ce travail dès ma perspective d’embauche à l’école.»

«Dès lors, je m’appuie sur Graeber pour soutenir la thèse fondamentale de mon livre: le métier de professeur se différencie en tout point d’un ‘job à la con’.»

«Devenir prof, c’est d’abord une invitation à repenser son rapport au travail. En enseignant, vous deviendrez des personnes référentes pour des enfants et adolescents qui ont besoin de repères pour construire leur identité.»

Sous certains aspects, l’école rejoue en miniature des situations de la vie politique, économique et sociale… «Devenir prof, ce n’est pas faire avaler une matière à des élèves apathiques. C’est construire avec les jeunes une émancipation citoyenne qui leur permettra de participer pleinement à la société qui est la nôtre aujourd’hui et la leur demain. C’est de ce point de vue, l’emploi le plus magnifique. Et le plus fondamental qui puisse exister dans une société.»

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