Croissance des huîtres plates en laboratoire sur des substats artificiels en terre cuite © BELREEFS

Les huîtres plates reprennent pied dans la mer du Nord

4 août 2026
Temps de lecture : 6 minutes
par Camille Stassart

Série : Mer du Nord (2/3)

Au printemps 2026, plus de 2 millions de jeunes huîtres européennes (Ostrea edulis) ont été relâchées à 30 kilomètres du littoral belge. Elles ont rejoint les quelque 200 000 individus introduits un an plus tôt sur le même site expérimental. Cette opération s’inscrit dans le cadre du projet BELREEFS, lancé à l’initiative du SPF Environnement, dont l’objectif est de restaurer les bancs d’huîtres plates qui structuraient autrefois les fonds marins belges.

Soutenu par le programme LIFE Belgium for Biodiversity, BELREEFS réunit l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, les entreprises Shells & Valves et Mantis Consulting, ainsi que le groupe Jan De Nul, entrepreneur offshore et coordinateur du projet.

Déploiement des huitres plates sur le site de test © Wim De Wulf / Jan De Nul / BELREEFS

De véritables ingénieures des écosystèmes

Le retour des huîtres plates apporterait de nombreux bénéfices. Autrefois abondants dans toute la mer du Nord, ces mollusques formaient de vastes récifs tridimensionnels de dizaines de milliers de kilomètres carrés.

Ces structures se construisent progressivement par la fixation, la reproduction et la croissance continues des huîtres les unes sur les autres. De quoi offrir le gîte et le couvert à un large éventail d’espèces marines.

« Ces récifs fournissent également d’importants services écosystémiques, notamment en filtrant l’eau, en recyclant des nutriments, et en améliorant la transparence de l’eau. Ils contribuent aussi à stabiliser les fonds marins », énumère Mathieu Wille de l’entreprise de consultante en durabilité Mantis Consulting. À plus long terme, leur restauration pourrait « renforcer la résilience des écosystèmes marins face aux perturbations humaines, à l’érosion des fonds marins et aux effets du changement climatique. »

Cages de suivi © Wim De Wulf / Jan De Nul / BELREEFS

Un retour naturel peu crédible

C’est leur surexploitation et la perte de leur habitat qui conduisent à leur quasi-disparition en mer du Nord dès 1850. « Dans la partie belge, les huîtres plates sont aujourd’hui considérées comme fonctionnellement éteintes », indique Danae Kapasakali, biologiste et responsable du laboratoire MARECO (Marine Ecology and Management) de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique. Bien que l’espèce y soit à nouveau signalée depuis 2010, « les observations restent limitées à quelques individus isolés », tempère la chercheuse.

« Aucune population récifale autosuffisante n’est connue, capable de produire un apport larvaire suffisant », confirme Nancy Nevejan, bioingénieure et dirigeante de l’entreprise Shells & Valves, spécialisée en aquaculture durable. « Par ailleurs, le substrat historique, riche en coquilles et indispensable au développement des récifs, a en grande partie disparu ou s’est dégradé. À côté, les perturbations des fonds marins, la mobilité des sédiments et les risques de maladies continuent de limiter la recolonisation naturelle. »

De ce constat a été lancé le projet BELREEFS en 2023.

Bancs de Flandre et les bancs Hinder surlignés. Le nord est dirigé vers le haut du schéma © Geopunt

Des huîtres dans l’ombre d’une épave

Pour maximiser les chances de succès du projet, le site retenu pour réintroduire ces mollusques a été choisi avec soin. Il se situe à environ 30 mètres de profondeur, dans l’aire Natura 2000 des bancs de Flandre, à proximité des bancs Hinder (voir carte). « Des récifs d’huîtres plates y avaient été historiquement documentés et la présence de substrats durs naturels (fonds de gravier) y offre une base stable pour le développement des récifs », précise Danae Kapasakali. Pour limiter les risques liés à la pêche et au mouillage des navires, l’équipe a opté pour un emplacement proche de l’épave du SS Kilmore, un cargo naufragé en 1906 classé comme patrimoine culturel subaquatique.

Localisation du SS Kilmore parmi d’autres épaves recensées dans les eaux marines belges © Base de données Kust de Vlaanderen

En choisissant un tel site, BELREEFS se démarque des autres projets de réintroduction menés par nos voisins, dont la plupart sont implantés dans des zones proches du rivage, plus abritées. Ici, « le site est exposé à l’ensemble des conditions hydrodynamiques et météorologiques exigeantes de la mer du Nord », souligne Vicky Stratigaki, ingénieure et coordinatrice du projet chez Jan De Nul.

« L’installation des huîtres y a d’ailleurs été plus complexe, avec des temps de navigation plus longs, durant lesquels les huîtres devaient être maintenues dans de bonnes conditions. Cela a aussi nécessité des techniques de déploiement plus avancées. Jan De Nul a, dans ce cadre, adapté une poutre d’installation spécifique, permettant de déposer les unités récifales avec une grande précision sur le fond marin.»

Huître plates fixées sur des substrats artificiels en terre cuite © Wim De Wulf / Jan De Nul / BELREEFS

Une colonisation naturelle déjà amorcée ?

« En juillet 2025, nous y avons relâché un premier lot de jeunes huîtres, préalablement fixées sur un substrat artificiel à base d’argile naturelle cuite, comparable à un ensemble de briques de construction, mais avec davantage de cavités et de rainures », explique Nancy Nevejan.

Afin d’évaluer le succès de la restauration, les partenaires du projet ont aussi installé des cages de suivi, spécialement conçues pour être récupérées à intervalles réguliers. La première a été remontée en surface en septembre 2025, confirmant la survie et la croissance des huîtres déployées. « Un résultat particulièrement encourageant est qu’une nouvelle fixation de jeunes huîtres « sauvages » a aussi été observée sur les briques vierges incluses dans la cage », se réjouit Danae Kapasakali.

Forte de ces résultats, l’équipe a procédé à une nouvelle opération de réintroduction en relâchant, au printemps 2026, plus de deux millions de jeunes huîtres plates sur le site pilote. Le prochain suivi est prévu à l’automne, avant une dernière campagne de monitoring programmée fin 2027.

Huître plates fixées sur des substrats artificiels en terre cuite © Wim De Wulf / Jan De Nul / BELREEFS
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