Population, logement, accidents, revenus, territoires : la Belgique regorge de statistiques publiques. Si les données existent, elles restent souvent difficiles d’accès pour le commun des mortels. Avec « Belgium in Maps », un nouveau site lancé cet été, Florent Chif veut changer la donne. Son projet? Transformer cette masse de chiffres en cartes simples à explorer.
Florent Chif travaille à Bruxelles comme spécialiste de l’analyse de données. Il a étudié les sciences politiques à Namur et à Louvain-la-Neuve avant de bifurquer vers un deuxième master en démographie. C’est là que tout commence.
Une vieille idée devenue un outil public
Durant ses études de démographie, il découvre le travail sur les données statistiques et leur représentation géographique. Son mémoire porte notamment sur la mortalité au niveau communal. « J’ai commencé à faire des cartes et à analyser les données d’un point de vue géospatial», précise-t-il.
Il se rend alors compte d’un paradoxe : la Belgique produit une quantité considérable de statistiques publiques, mais les consulter et les comprendre n’est pas toujours simple. Pour un chercheur, un étudiant ou un professionnel, le chemin est connu. Pour le citoyen curieux, il peut rapidement devenir décourageant.
« Il faut savoir qu’une donnée existe. Trouver le bon organisme. Télécharger le fichier. Ouvrir un tableur. Comprendre les colonnes. Et, si l’on veut visualiser les différences entre communes, maîtriser parfois un logiciel spécialisé », détaille-t-il.
« Je me disais qu’il serait intéressant d’avoir un système où les données sont déjà préparées et où l’on n’a qu’à cliquer sur ce qu’on veut voir. » L’idée restera longtemps dans un coin de sa tête.

« Je m’y suis mis un soir »
Entre-temps, Florent Chif fait carrière au sein de grandes entreprises. Analyse, visualisation et présentation des données deviennent son quotidien professionnel. Mais son projet personnel attend son heure.
Le déclic survient cet été. Florent Chif a déjà développé quelques petits sites pour son entourage. Les outils permettent désormais de construire plus facilement des projets complexes. Pendant ses congés, il décide de ressortir sa vieille idée.
Au départ, il pense se limiter aux données de Statbel. Puis le projet prend de l’ampleur. Pourquoi s’arrêter là alors que de nombreuses autres sources publiques existent ? Belgium in Maps vient de naître.
De multiples indicateurs
Ce site rassemble aujourd’hui plus de 1 400 indicateurs publics ou officiels.
L’utilisateur peut explorer des cartes, consulter des profils communaux, comparer des territoires ou remonter dans le temps grâce à des séries historiques. Lorsque les données existent, le niveau de détail descend même sous l’échelle communale.
Mais Florent Chif insiste : son site ne prétend pas réinventer la statistique. « Les données sont les données, je n’ai rien inventé », dit-il. Sa valeur ajoutée est ailleurs. « Mon site n’est pas comme un site d’analyse géospatiale. C’est un site d’exploration des données publiques. »
Autrement dit, Belgium in Maps ne demande pas à son visiteur de devenir statisticien ou cartographe. Il lui propose de regarder, d’explorer… en quelques clics plutôt qu’en cherchant une information issue d’une succession de téléchargements et de fichiers Excel.
Pour les experts et surtout pour les curieux
Belgium in Maps est gratuit et son créateur n’a aucune intention, pour l’instant, de faire payer l’accès à des données qui sont elles-mêmes publiques.
Le projet vise deux publics. Le premier est évident : les étudiants, enseignants, chercheurs et professionnels qui travaillent déjà avec ces données. Pour eux, l’intérêt est de pouvoir accéder rapidement à une représentation visuelle des informations qu’ils connaissent.
Le spécialiste de la data veut aussi toucher ceux qui n’ont aucune formation technique. « Il y a énormément d’indicateurs et de données publiques en Belgique. Elles sont là, mais il y a une friction dans leur utilisation que j’ai envie d’enlever. »
Quelques jours après sa mise en ligne, son projet intéresse déjà des enseignants, des chercheurs et des institutions. Sa simplicité séduit. Son ambition est tout aussi attractive. « Les données publiques appartiennent à tout le monde. Encore faut-il pouvoir les comprendre. C’est le rôle de Belgium in maps », conclut Florent Chif.