Par Christian Du Brulle

Quelles sont les origines des villages et des fermes isolées dans le Condroz? Pourquoi les églises se situent-elles au milieu des villages? Et depuis quand? Pour répondre à ces questions, un détour par Bouvignes (Dinant) n’est pas superflu.

 

L’enquête menée dans la région depuis plus de 25 ans par des générations de jeunes passionnés d’archéologie apporte des ébauches de réponses à ces questions. Elles sont à découvrir, temporairement, à la Maison du patrimoine médiéval mosan (MPMM).

 

« L’exposition retrace, en trois étapes, deux mille ans de vie à la campagne dans le Condroz », indique Claire-Marie Vandermensbrugghe, directrice de la MPMM.
« Depuis l’Antiquité, cette contrée a, comme ressources principales, l’agriculture et l’élevage. Cette situation va perdurer pendant le Moyen Âge et les Temps Modernes. L’habitat rural se met en place et se fixe à l’emplacement des villages actuels dès le XIe siècle », précise-t-on à Bouvignes.

 

Le temps des villas

 

« C’est durant le Haut-Empire romain que se constituent durablement les domaines agricoles », rappelle Raphaël Vanmechelen, responsable scientifique d’archeolo-J.

 

« Vient ensuite une longue période de transition, entre Antiquité et Moyen Âge, une période encore mal connue où les terroirs font l’objet de mutations progressives, entre continuité et créations », indique-t-il.

 

C’est notamment le cas à l’époque des Mérovingiens. En Condroz comme ailleurs, ce sont les cimetières qui constituent la principale source d’information pour cette période. Ces ensembles funéraires sont de taille modeste. Ils sont souvent familiaux. Dans la région, ces sépultures sont nombreuses. Dès le Ve siècle, on en retrouve à Haillot, Thon-Samson, Furfooz…

 

Le temps des villages, à l’époque médiévale

 

« On en arrive ensuite au temps des villages. Les habitats ruraux médiévaux, isolés ou groupés, sont à l’origine de nos villages et de nos fermes », apprend-on à la Maison du patrimoine médiéval mosan.

 

C’est l’Église qui joue un rôle centralisateur dans ce contexte. En particulier la division du territoire qu’elle organise en paroisses. Au sud de la Meuse, l’habitat reste toutefois encore longuement dispersé à l’intérieur de ces paroisses. « Les premières églises rurales ne semblent pas antérieures au VIIIe siècle. Elles apparaissent sur ou à proximité des cimetières mérovingiens », précise l’exposition, nourrie par plus de 25 années de fouilles dans la région.

 

« Dès cette époque, l’église impose de remplacer le cimetière familial de plein champ, où les défunts d’une même exploitation sont enterrés, par un espace funéraire commun à toute la paroisse. Un cimetière contrôlé par le prêtre va être prévu à cet effet autour de l’église paroissiale et celle-ci va ainsi devenir en plus de lieu du culte, celui de la protection des morts, autour duquel l’habitat va avoir tendance à se grouper ».

 

L’origine du village de Haillot (Ohey), par exemple, dont une vue aérienne illustre le début de cet article, atteste de cette évolution. On y a notamment retrouvé une nécropole mérovingienne (VIIe et VIIIe siècles), un habitat groupé du Premier Moyen Âge (Xe et XIe siècles), une ancienne église ( XIe au XVIIIe siècle), son cimetière paroissial…