par Christian Du Brulle

Les chercheurs du département d’éthologie (comportement animal) de l’Université Eötvös Lorand (Budapest) viennent d’analyser la manière dont les chiens interprètent le langage humain.

 

En soumettant treize chiens spécialement dressés pour ne pas bouger lorsqu’ils se trouvent dans un appareil d’IRM fonctionnelle, l’équipe du projet « Family dog project » a pu observer en direct les zones du cerveau de l’animal qui s’activaient lorsque nous leur donnons des ordres. Il en ressort que les canidés domestiques ont la capacité de distinguer les mots de vocabulaire et l’intonation utilisés à travers des régions cérébrales distinctes et similaires à celles que nous utilisons.

 

S’ils ne parlent pas, au sens où nous l’entendons, les chiens mettent par contre en œuvre les mêmes dispositifs cérébraux que les êtres humains pour comprendre ce que nous leur disons.

 

Traitement distinct du vocabulaire et des intonations

 

« Les mots sont les blocs de base des langues humaines. On ne les retrouve quasi pas dans des communications vocales non humaines », rappelle cette semaine le Dr Andics, de l’Université Eötvös Lorand, dans la revue « Science ». « L’intonation est une autre façon de faire passer l’information. Ces deux composantes sont complémentaires ». Le ton utilisé pour féliciter n’est pas le même que celui utilisé pour poser une question ou pour donner un ordre.

 

Les travaux de l’équipe hongroise montrent donc que le chien est capable de faire le lien entre paroles et intonations en activant les mêmes régions cérébrales que les humains. Une « découverte » chez un mammifère non primate, paraît-il.

 

Comme les êtres humains, les chiens utilisent leur cerveau gauche pour décoder les mots et l’hémisphère cérébral droit pour traiter les informations liées aux intonations.

 

Activation des zones de récompense

 

« Pendant le traitement du langage, le cerveau humain analyse différemment ces deux types d’informations », souligne l’équipe hongroise. « Puis il les combine pour en tirer l’information intégrée la plus pertinente possible. »

 

Chez le chien, c’est exactement la même chose. À la différence que c’est surtout lorsque les deux types d’informations correspondent, par exemple quand on adresse des mots d’encouragement sur un ton adapté (bienveillant) et non sur un ton neutre ou avec une consonance traduisant un énervement ou une certaine agressivité, que les messages passent le mieux chez l’animal.

 

La preuve? Les chercheurs ont pu constater que c’est dans ce cas précis que les zones de récompense s’activent le plus dans le cerveau du chien.

 

Cette étude apporte un éclairage nouveau sur la manière dont les chiens interprètent le langage humain. Des résultats qui pourraient améliorer notre communication avec eux.

 

« Mais notre étude apporte aussi un nouvel éclairage sur l’émergence des mots chez les humains au fil de l’évolution », indique encore le Dr Attila Andics.

 

« L’apprentissage du vocabulaire ne semble donc pas être une capacité strictement humaine qui découle de l’émergence du langage. Il s’agirait plutôt d’une fonction plus ancienne qui peut être exploitée pour lier des séquences sonores arbitraires à des significations ».

 

« Ce qui rend les mots si typiquement humains, ce n’est pas notre « câblage cérébral » mais bien notre inventivité quand il s’agit de les utiliser ».