par Raphaël Duboisdenghien

Seulement 5 à 20% des personnes aux prises avec l’alcool reçoivent des soins appropriés. Pour le psychiatre-alcoologue Philippe de Timary, la première chose à faire est de lancer des campagnes d’information pour mieux sensibiliser le grand public et les personnes qui risquent d’évoluer vers des situations pathologiques.

 

"L'alcoolisme est-il une fatalité?" par Philippe de Timary, editions Mardaga, VP 18 euros.

« L’alcoolisme est-il une fatalité? » par Philippe de Timary, editions Mardaga, VP 18 euros.

Après «Sortir l’alcoolique de son isolement» aux éditions De Boeck, le professeur au service de psychiatrie des Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles présente «L’alcoolisme est-il une fatalité?» chez Mardaga. Dans la collection «Santé en Soi» dirigée par la médecin Karin Rondia, le chercheur propose de servir de guide pour comprendre la spirale biopsychosociale de l’alcoolisme, déjouer les pièges de ce fléau. Avec des témoignages de patients à l’appui.

 

«Même s’ils ont une responsabilité partielle dans leur problème de consommation, ces hommes et ces femmes sont le plus souvent perdus dans quelque chose qui les dépasse. L’influence génétique est loin d’être négligeable, mais elle n’est jamais totale. Il serait utile de sensibiliser les personnes appartenant à des familles d’alcooliques du risque majoré qu’elles prennent en s’exposant massivement aux boissons alcoolisées. Certains événements de vie malheureux, en particulier des traumatismes psychologiques de l’enfance ou de la petite enfance, sont plus fréquemment rapportés chez les personnes présentant des problèmes de dépendance.»

 

La recherche s’intéresse au microbiote

 

L’OMS, l’Organisation Mondiale de la Santé, place la barre de risque à 21 verres de boisson alcoolisée par semaine pour un homme. À 14 verres pour une femme. Vient ensuite la dépendance. Plus fréquente chez des personnalités de type impulsif, stressées, prédisposées à l’anxiété, à la dépression. Ou intolérantes à la frustration.

 

«Bien sûr, certaines personnes arrivent à s’extraire toutes seules de leurs problèmes, mais elles restent l’exception. L’entourage amical, familial ou professionnel se trouve très souvent désarmé face à cette situation qui semble se perpétuer. Une des raisons essentielles de ce manque de soins tient à la difficulté pour le patient à reconnaître sa problématique. Une partie du refus de la personne alcoolique de voir la réalité en face pourrait tenir au fait qu’elle n’accepte pas d’avoir perdu ses capacités de contrôle. Cette partie subjective du déni implique de ménager son amour-propre.»

 

Le groupe de recherche du Pr de Timary s’intéresse aux effets de l’alcool sur l’intestin. En particulier sur la composition du microbiote intestinal qu’on appelait flore intestinale.

 

«Chez certains patients, la consommation d’alcool entraîne une augmentation de la perméabilité de la paroi intestinale, qui laisse alors passer des molécules devant normalement rester dans l’intestin. Ces molécules vont déclencher un certain degré de réaction inflammatoire autour de l’intestin. De façon assez inattendue, on a constaté que ce phénomène d’intestin poreux est associé à l’apparition de symptômes de dépression, d’anxiété et d’une envie importante de boire de l’alcool. Cette hypothèse ouvre des possibilités nouvelles pour le traitement de la problématique alcoolique.»

 

Deux hospitalisations d’une semaine

 

Pour améliorer le traitement, Philippe de Timary se rallie à des propositions du KCE, le Centre fédéral belge d’expertise des soins de santé. Comme créer des sites Internet d’information. Améliorer le dépistage et la prise en charge des soignants. Accompagner les malades et leur famille. Diversifier les modalités de soins selon les différentes phases de la consommation problématique.

 

Lors du sevrage, les patients sont hospitalisés pendant deux fois une semaine dans l’unité d’alcoologie des Cliniques universitaires Saint-Luc, sans enfermement. Avec un retour au domicile pendant l’intervalle pour tester leur résistance aux boissons alcoolisées. La deuxième semaine d’hospitalisation permet de parler des difficultés rencontrées. De réfléchir au type d’accompagnement pour améliorer durablement la situation. En s’appuyant sur la confiance. Avec un travail narratif et une approche d’inspiration psychanalytique qui aide à se réinventer une trajectoire de vie différente.