Audrey Sougnez, lauréate du Prix Ingénieurs Sans Frontières 2017.

Améliorer les cultures d’armoise, c’est améliorer la santé

par Christian Du Brulle

Il existe un lien direct entre Gembloux et le Sénégal. Ce lien, c’est la bioingénieure Audrey Sougnez, fraichement diplômée de Gembloux Agro-Bio Tech (Université de Liège), qui l’incarne. L’ingénieure vient d’y étudier, dans le cadre de son travail de fin d’études, divers paramètres susceptibles d’influencer les rendements des cultures d’armoise annuelle.

L’armoise (Artemisia Annua) est un végétal qui produit diverses substances intéressantes pour la santé, dont l’artémisinine, qui est utilisé pour soigner le paludisme.

Lauréate du prix Ingénieurs Sans Frontières

C’est à Yendane, près de la ville de Thiès, non loin de Dakar, la capitale, que la scientifique a mené ses recherches. Des travaux couronnés de succès qui lui ont valu de remporter cette année le Prix Ingénieurs Sans Frontières-Philippe Carlier 2017. Ce prix récompense un travail de fin d’études réalisé dans les domaines chers à ISF, à savoir le développement durable, la coopération au développement ou encore la solidarité internationale.

 

Semis d'Artemesia. © Audrey Sougnez
Semis d’Artemesia. © Audrey Sougnez

« L’armoise est une plante cosmopolite », explique Audrey Sougnez. « Si elle pousse sur un sol pauvre, sans apport d’engrais, elle ne se développera pas beaucoup. C’est un végétal fragile, surtout quand il s’agit de le transplanter. Les soins apportés aux plantes, le nombre de coupes qu’on peut réaliser, ont un impact direct sur les rendements. Mon but, avec ce travail, était de déterminer comment en modulant ces deux types de paramètres (coupes et apports d’engrais), il était possible d’améliorer la production.»

Produire une tisane contre la malaria à coûts modestes

La bioingénieure a mené trois essais au Sénégal, sur le domaine horticole de l’organisation «Le Relais – Sénégal» à Yendane-Terokh durant la saison sèche 2016-2017, afin d’optimiser la production de feuilles et de tiges d’armoise annuelle. Celles-ci sont ensuite coupées, séchées et broyées pour en faire des tisanes ou encore des gélules destinées à traiter à bas coûts les personnes souffrant de malaria.

Bas coûts? Un sachet de tisane est vendu 1000 francs CFA, explique Audrey Sougnez. Une boite de gélules coûte 1.500 francs, un Coca-Cola 2.500 francs CFA.

Trois essais riches d’enseignements

Le premier essai visait à déterminer la densité de plantation la mieux adaptée en pratiquant deux coupes, rythme identifié comme le plus performant en 2016. La pratique d’une coupe intermédiaire supplémentaire augmente de 25 % la production par rapport à celle obtenue avec une seule coupe tout en conservant une proportion de feuilles et de tiges intéressante.

 

Plants d'Artemesia coupés à la machette.
Plants d’Artemesia coupés à la machette. © Audrey Sougnez.

Cela a également permis une réduction des attaques du champignon pathogène du genre Rhizoctonia apparu lors des essais.

Le deuxième essai visait à déterminer la formule et la dose de fertilisation minérale la mieux adaptée aux conditions du milieu. Le troisième essai visait à déterminer la fertilisation organique la mieux adaptée en tenant compte de son coût et de sa disponibilité dans la zone.

Au final, le travail de la bioingénieure a permis d’atteindre un rendement en matière première utile pour la production d’infusions et de gélules d’environ 8 tonnes/ha, soit quatre fois plus que la production en 2016…