
Des publicités vantent les bienfaits du Botox® pour préserver l’aspect jeune de la peau, éliminer les rides… «Administrée correctement, la toxine botulique demeure un traitement sûr et efficace, que ce soit en médecine esthétique ou dans ses nombreuses applications médicales», affirme Marc Boutry. Le bio-ingénieur, docteur en sciences naturelles appliquées, publie «La toxine botulique» dans la collection «L’Académie en poche».
Comment agit cette toxine? «Certaines rides, dites rides d’expression, sont causées par des contractions musculaires répétées», explique le membre de la Classe des sciences de l’Académie royale de Belgique. «La toxine botulique, injectée localement, détend temporairement les muscles ciblés et empêche leur contraction. Ce traitement concerne en particulier les rides frontales, les rides du lion (entre les sourcils) et les pattes d’oie (au contour des yeux). D’autres parties du visage peuvent également être traitées. Comme les rides de tristesse, ou plis d’amertume situés autour des lèvres.»
Un heureux hasard
En 1987, la Dre Jean Carruthers découvre l’action de la toxine par hasard. L’ophtalmologiste canadienne remarque que les rides du lion ont disparu en injectant la substance toxique pour traiter un clignement incontrôlé des paupières d’un patient. Elle partage cette découverte avec son mari dermatologue. Le couple met cette trouvaille en pratique. En 2002, la US Food and Drug Administration (FDA) approuve les premiers traitements à base de Botox®.
La toxine botulique provoque une maladie souvent mortelle… «Heureusement, dans le cadre de bonnes pratiques sanitaires, cette intoxication est désormais exceptionnelle», rassure l’ancien chercheur au Fonds de la recherche scientifique. «Le botulisme a probablement fait son apparition chez l’espèce humaine dès que celle-ci a commencé à conserver les aliments. Ce n’est qu’à la fin du XVIIIe siècle que des symptômes spécifiques au botulisme sont identifiés en Europe. Dans le sud-ouest de l’Allemagne, l’apparition de nombreux cas semble liée à la consommation traditionnelle de boudin non cuit.»
En 1815, le médecin et poète allemand Justinus Kerner veut élucider la maladie qui a tué un de ses patients. Il pratique une autopsie. Consigne ses observations. Analyse des cas rapportés dans la région. Collecte les données de 76 malades. Publie une monographie. Les symptômes révèlent des troubles oculaires. Des difficultés digestives. Une faiblesse musculaire progressive qui peut conduire à une paralysie des muscles respiratoires et cardiaques. Entraîner la mort.
Cinq musiciens empoisonnés en Wallonie
En 1895, cinq musiciens du village wallon d’Ellezelles succombent après un repas de la fanfare. Dix sont dans un état critique. Mais environ un tiers des convives ne ressent aucun ou très peu de troubles digestifs. De déficiences visuelles. De faiblesses musculaires… Les bien portants n’ont pas consommé le jambon.
«Les autorités font appel au Dr Émile van Ermengem», raconte le professeur émérite à l’UCLouvain. «L’éminent microbiologiste et professeur à l’Université de Gand reconnaît rapidement des similitudes entre les symptômes observés et ceux rapportés dans la littérature médicale concernant le botulisme.»
Le porc qui a fourni le jambon n’est pas contaminé… «Pour trancher, van Ermengem filtre l’extrait de jambon contaminé à travers une porcelaine fine, capable de retenir les micro-organismes tout en laissant passer les molécules solubles, dont une toxine éventuelle. Cette observation démontre que la maladie est due à une toxine déjà présente dans le jambon contaminé.»
Les extraits du second jambon, issu du même porc, ne provoquent aucun symptôme… Le Pr van Ermengem lie l’intoxication à la différence de conservation des jambons.
Élargir la thérapie botulique
Inodore, insipide, incolore, la toxine botulique pourrait-elle devenir une arme redoutable? «La toxine ne se transmet pas de personne à personne», tempère le chercheur. «Cette molécule est instable à l’air libre.»
Aujourd’hui, la toxine botulique est utilisée au niveau musculaire afin de produire une relaxation. Réduire la production de sueur, de salive ou de larmes. Elle couvre des domaines comme la dermatologie, la neurologie, la gastro-entérologie, l’oto-rhino-laryngologie, l’ophtalmologie, la dentisterie, la cardiologie, l’urologie et la gynécologie.
La recherche mise sur l’élargissement de la thérapie botulique à d’autres pathologies. En médecine vétérinaire, la toxine trouve des usages prometteurs. Chez le chien et le chat, elle soulage des problèmes liés à la spasticité musculaire, à des douleurs chroniques.
«La recherche autour de la toxine botulique représente un exemple fascinant d’exploitation des ressources naturelles combinées aux avancées technologiques», conclut le conférencier au Collège Belgique.