Le populisme, entre stratégie et idéologie politique

par Camille Stassart Durée de lecture : 5 min

Le populisme est-il réellement une menace pour la démocratie ? C’est la question que se pose depuis plusieurs années Jérôme Jamin. Ce docteur en science politique à l’ULiège est spécialiste des concepts de populisme, nationalisme et d’extrême droite.

“Le populisme aux Etats-Unis, un regard pour l’Europe” par Jérôme Janin – Editions CAL VP 10€ VE 5€

Ses dernières recherches axées sur le populisme aux Etats-Unis (« Le populisme aux Etats-Unis, un regard pour l’Europe »), ont permis d’apprendre que cette notion politique n’était pas automatiquement xénophobe, raciste, ou contre la démocratie en général.

Le populisme, un appel à plus de démocratie

« Le populisme n’est ni bon ni mauvais, ni positif ni négatif. C’est un discours qui est souvent associé à l’extrême droite, alors qu’en réalité le populisme s’adapte à l’idéologie mobilisée par l’orateur. Il existe ainsi des populismes d’extrême gauche, de gauche, de droite, et d’extrême droite » indique Jérôme Jamin.

Quand il est en accord avec la démocratie, le populisme dénonce un déficit de la représentation du peuple, et représente un appel radical à davantage de démocratie. Mais le populisme peut aussi être soupçonné de démagogie, proposer une vision caricaturale du monde.

 « On retrouve dans ce discours l’opposition du peuple, homogène ou diversifié, face à une élite, économique ou culturelle. Deux catégories qui varient selon l’idéologie du leader populiste ». Celui-ci se présente toujours comme une personne « du peuple », qui lutte contre l’establishment. Un personnage qui a toujours existé aux USA.

« Dès la fin du 18esiècle, des débats émergent lors de la création de l’état fédéral, perçu comme une concentration du pouvoir trop lointaine, et donc une menace pour le peuple. Politiquement, le concept de populisme apparaît avec le People’s Party en 1862, progressiste et ancré à gauche. Puis se retrouvera ensuite dans toutes les formations politiques du 20esiècle ».

Le populisme européen lié à la création de l’UE

Le populisme américain est donc le fruit d’une longue histoire. Lié à la concentration du pouvoir à Washington. En Europe, le concept est plus récent.

Écoutez Jérôme Jamin expliquer les raisons de cette apparition tardive du populisme en Europe 

 

Le populisme n’a donc pas les mêmes fondements en Europe qu’aux USA. Mais il n’est pas inintéressant d’opérer un parallèle entre les critiques à l’encontre de « Bruxelles » et celles sur « Washington ».

« On voit dans les deux cas que les grands ensembles politiques entraînent de l’insatisfaction chez le citoyen puisqu’ils ne peuvent pas répondre à des demandes concrètes au niveau local. Cette insatisfaction est alors exploitée par des individus qui prétendent que le système ne fonctionne pas et qu’il faut le changer » veloppe le Dr. Jamin.

Selon lui, ces grandes structures politiques seraient mieux acceptées si on informait davantage sur leurs rôles et leurs utilités :

« En Europe, de nombreux pays continuent à médiatiser la politique comme s’il n’y avait jamais eu de transferts de compétences. On informe sur la politique nationale, mais peu sur celle appliquée à l’échelle européenne. C’est un problème car les citoyens oublient, ou ignorent, que leur pays a perdu en souveraineté. Et quand ils le conçoivent, ils peuvent penser qu’ils ont été trompés. Ce qui entraine le rejet de l’Union Européenne… »

Donald Trump, le cas du populisme à temps plein

La critique de l’UE est ainsi récurrente chez les populistes européens, qui réclament une réforme du système. Mais l’histoire américaine nous montre que les promesses populistes ne sont pas toujours tenables.

 « On peut faire l’hypothèse que plus le territoire est grand, plus la population est importante, plus les structures politiques sont complexes et les intérêts nombreux. Il est donc difficile d’apporter des changements drastiques à ce système » avance le politicologue.

Roosevelt, par exemple, présente sa politique du « New Deal » comme un moyen de « reformer Wall Street ». Mais une fois élu, sa position est plus traditionnelle.

On peut aussi parfois suspecter que le populisme n’est qu’une stratégie pour gagner les urnes… Bien que Donald Trump prouve aujourd’hui que l’on peut gagner des élections grâce au populisme, sans idéologie politique, et le rester en gouvernant.

« Dans son discours d’investiture, Donald Trump est très clair sur sa position : ‘Aujourd’hui nous transférons le pouvoir de la capitale Washington et le donnons à nouveau à vous, le peuple Américain’ » rappelle Jérôme Jamin.

Mais le cas de Trump reste particulier : « Peu de candidats populistes à la Maison Blanche réussissent à devenir Président. Et quand ils y parviennent, leur discours antisystème devient plus épisodique. Un populiste à ‘temps plein’ comme Trump, c’est rare. Il est probablement l’un des présidents qui a émis le plus de critiques. Contre son parti, contre le congrès, contre la justice, la CIA, le FBI, les médias…C’est du jamais vu » reconnait-il.

Cette manière de faire de la politique confère aux populistes une aura de « battants ». Cela a toutefois un prix : être en permanence dans le conflit. Ce qui peut être fatigant, autant pour les opposants politiques, que pour les électeurs…

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