Au Muséum, la nature n’a pas fini de nous surprendre

5 novembre 2026
Temps de lecture : 6 minutes
par Christian Du Brulle

Dormir debout, marcher sur l’eau, se prendre pour un panneau solaire… Et si les véritables super-héros ne portaient ni cape ni masque, mais des plumes, des écailles ou huit tentacules ? Au fil de 78 rencontres étonnantes proposées par « Animazing », la nouvelle exposition temporaire de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, des facettes méconnues des animaux sont mises en lumière.

Cécile Gerin et Sophie Boitsios, les deux muséologues de l’Institut à l’origine de cette exposition, nous entraînent dans un monde où le crocodile du Nil se révèle aussi être un papa délicat et la pieuvre, une championne du déguisement.

Voir les animaux autrement

« Personnellement, je ne sais pas faire de la lumière comme la luciole ! », lance Cécile Gerin. Pas question de s’enfermer avec elle dans une conversation scientifique austère autour de la bioluminescence. « L’idée, avec cette expo, est de jeter un autre regard sur le vivant », dit-elle. « D’entrer dans un autre monde ». Et quel monde ! Dans la salle, 78 animaux dévoilent certaines de leurs capacités avec lesquelles nous, humains, sommes loin de pouvoir rivaliser.

Pour la luciole, le secret de son éclat est une question de réaction chimique. Elle fabrique elle-même les substances nécessaires à cette réaction. Et allume ou éteint sa lanterne à volonté.

Reprenons quelques-uns de nos premiers exemples. Dormir debout? Dès l’entrée de la salle, on ne peut rater le groupe de cachalots en plein sommeil. « Quand ces mastodontes des mers dorment, ils se mettent en position verticale », indique Sophie Boitsios. Pourquoi? Les cachalots respirent avec des poumons. Pour éviter la noyade lorsqu’ils dorment à la verticale, chaque moitié de leur cerveau reste éveillée tour à tour. Ils ne dorment donc toujours qu’à moitié. C’est grâce à leur tête remplie de tissus gras et à l’air dans leurs poumons qu’ils flottent à la verticale. L’évent situé au bout de leur museau reste ainsi plus près de la surface.

Marcher sur l’eau? C’est ce dont est capable le basilic vert, un lézard d’Amérique centrale dont les larges pattes postérieures disposent d’une membrane entre les orteils. Celle-ci emprisonne une poche d’air quand il se déplace sur l’eau et lui permet ainsi … de marcher à sa surface.

Basilic vert © Christian Du Brulle

La pieuvre qui joue les caméléons

Toujours dans l’eau, certains se camouflent à la perfection. C’est le cas de la pieuvre. Elle possède des cellules pigmentaires dans sa peau et des muscles très puissants sur tout le corps. Cela lui permet de changer facilement de couleur et de forme. Elle est ainsi capable d’imiter jusqu’à 18 créatures marines différentes pour échapper à ses prédateurs. Avec des rayures noires et blanches et six de ses bras enfouis dans le sable, elle ressemble à un serpent de mer. Et, en étirant ses huit bras vers l’arrière, elle se fait passer pour un poisson plat…

Pieuvre mimétique © Christian Du Brulle

Chaque spécimen exposé raconte une histoire incroyable et scientifiquement documentée. La plupart des animaux présentés sont issus des collections de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique. Huit spécimens proviennent du Musée d’Histoire naturelle de Tournai. Des reconstitutions 3D viennent compléter l’exposition.

Autre vedette, minuscule celle-là : le tardigrade. Cet animal microscopique a été agrandi plusieurs centaines de fois pour révéler son anatomie. Dans cette exposition, même les plus petits ont droit à leur moment de gloire.

Le crocodile, papa attentionné

Les anecdotes défilent et bousculent les idées reçues. Le poisson-globe se gonfle pour impressionner ses adversaires. Certaines limaces marines conservent des structures issues des algues qu’elles mangent et peuvent ainsi profiter de l’énergie lumineuse grâce à un processus apparenté à la photosynthèse.

Poisson porc-épic © Christian Du Brulle

Mais c’est peut-être le crocodile qui réserve la surprise la plus inattendue. « Autour de sa puissante mâchoire, il dispose de capteurs sensoriels », explique Sophie Boitsos. « Ils sont tellement sensibles que le crocodile peut manipuler délicatement ses œufs avec sa gueule. » Le contraste est saisissant. Comment imaginer une telle délicatesse chez un animal capable d’exercer une pression redoutable avec ses mâchoires ?

Voilà exactement ce que recherchent les deux muséologues : ces petits moments où l’on s’arrête devant un animal en se disant qu’on ne le connaissait décidément pas si bien. Et les surprises ne manquent pas. Le canard colvert mâle, par exemple, perd son plumage nuptial en été et adopte une apparence proche de celle de la femelle. Un camouflage saisonnier qui le rend beaucoup moins reconnaissable. « La seule chose qui le trahit, c’est son bec jaune. Lui, il ne change pas d’apparence en été », s’amusent les muséologues.

Crocodile du Nil à l’expo Animazing © Christian Du Brulle

Quatre univers, mille façons de s’émerveiller

Pour mettre en scène ces histoires, les deux scientifiques ont imaginé quatre univers distincts. Les couleurs, les matières et les formes évoquent des habitats naturels, mais avec une touche féerique. L’objectif : donner envie d’explorer plutôt que de simplement regarder.

Dans certains espaces, on observe les prouesses anatomiques des animaux. Dans d’autres, on découvre leurs capacités physiques, leur camouflage ou leurs sens extraordinaires. Des installations invitent les visiteurs à expérimenter eux-mêmes, tandis que des vidéos et des animations dévoilent ce que l’œil ne peut pas toujours saisir.

Les collections réservent quelques belles retrouvailles. Un ours polaire empaillé restauré pour l’occasion a retrouvé sa place dans le parcours.

Et si nous choisissions un monde où chacun a sa place ?

L’exposition ne s’achève pas sur une simple collection de records animaliers. À la sortie, les visiteurs sont invités à créer leur propre animal fantastique, puis à choisir le monde dans lequel ils aimeraient le faire vivre. Un univers où chacun aurait sa place, y compris les plus fragiles ? Un monde dominé par les opportunistes ? Ou un environnement réservé aux plus forts ?

Le jeu est simple, mais la question est sérieuse. Après avoir découvert une biodiversité foisonnante, chacun doit imaginer les règles du monde qu’il souhaite habiter.

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