L’Africa Museum expose ses précieux minéraux

par Raphaël Duboisdenghien
Durée de lecture : 4 min

Le Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC), renommé Africa Museum, met en valeur la splendeur de sa collection de minéraux. Jusqu’en 1960, des militaires, des missionnaires, des administrateurs coloniaux, des commerçants, des géologues et des collaborateurs du MRAC l’ont enrichie. Les acquisitions se sont poursuivies avec des dons, des échanges, lors de recherches et d’études sur le terrain. En étroite collaboration avec des universités et des musées africains. Plus de 17.000 spécimens se sont amassés. Les plus anciens datent de la fin des années 1890.

«Pour le grand public, la visibilité de la collection minéralogique du MRAC a toujours été plutôt limitée», reconnaît le directeur général Guido Gryseels. «Peu de ses spécimens ont, par le passé, été montrés dans l’exposition permanente du musée. Puis est venu le projet de rénovation de 2013-2014. Cela laissait la place à la création d’une galerie des minéraux.»

“Minéraux” par Florias Mees, Collections du MRAC. VP 19,50 euros

Une centaine de photos

Florias Mees crée un lien fort avec la nouvelle exposition permanente dans son livre les «Minéraux». Publié en français, néerlandais et anglais dans les collections du MRAC.

«En plus de mettre en lumière divers aspects de l’histoire de la collection, ce livre accompagne la galerie des minéraux», explique le Dr Gryseels. «Résumant une partie de son contenu, il constitue une documentation papier pour les visites futures. Ou pour les visites passées.»

Responsable de la galerie des minéraux, le Dr Mees commente la centaine de photos dévoilant une sélection des minéraux présentés dans les vitrines.

«La collection minéralogique telle qu’elle est à présent comporte des spécimens de minéraux et des échantillons de roches minéralisées, dont des fragments de carottes de sondage», précise le géologue au département Sciences de la Terre du MRAC. «Elle est essentiellement une collection de recherche, qui contient des échantillons représentatifs de nombreux gisements et de divers types de minéralisation que l’on connaît en Afrique centrale.»

«En revanche, elle n’a jamais poursuivi l’objectif de réunir avant tout des pièces d’exposition. Les spécimens dotés d’une valeur esthétique sont arrivés, soit accidentellement, alors qu’ils faisaient partie de plus grands ensembles, soit délibérément, de sources variées, pour fournir des exemplaires de minéraux bien formés, typiques d’une région donnée.»

Au service de la recherche

À différentes époques, le personnel du MRAC a mené d’intenses investigations sur certains spécimens de la collection. Au cours des années 1950 à 1960, de nombreux échantillons de galène, muscovite et uraninite ont fait l’objet d’études géochronologiques pionnières amorcées par Lucien Cahen, professeur de géologie à l’ULB. La docteure en physico-chimie de l’UCLouvain Marie-Claire Van Oosterwyck-Gastuche a consacré une série d’études aux silicates de cuivre.

Spécimen de planchéite étudié par Marie-Claire Van Oosterwyck-Gastuche © MRAC

Le spécimen analysé en 1967 est constitué d’agrégats radiaires de planchéite associée à de la dioptase et à de la calcite cobaltifère provenant de Tantara, dans la province du Haut-Katanga de la République Démocratique du Congo (RDC).

«Le cuivre est historiquement la ressource minérale la plus importante de l’Afrique centrale», indique le chercheur. «Il a été extrait localement pendant de nombreux siècles. Et plus récemment, a fait l’objet d’une exploitation minière industrielle intensive. À la fois au Katanga et dans les régions avoisinantes de la Zambie.»

L’Africa Museum expose aussi un remplissage de calcite cobaltifère à cristallisation grossière provenant d’une cavité aux parois tapissées de planchéite à Tantara.

Calcite cobaltifère trouvée à Tantara © MRAC

«Le cuivre peut se combiner à la silice et former alors divers minéraux de silicates de cuivre, telles la planchéite et la dioptase», note le géologue. «Pour la plupart des espèces, il existe de beaux spécimens provenant de divers endroits. Mais la dioptase se confine à Tantara. Et, aussi à des gisements tels que ceux de Mindouli et de Renéville en RDC. Le cobalt se présente abondamment en association avec le cuivre dans le Copperbelt katangais, région présentant la plus grande production. Et les plus grandes réserves connues de ce métal dans le monde.»

Exploité entre 1919 et 1960, le gisement de Shinkolobwe en RDC a fourni l’uranium des bombes atomiques larguées à Nagasaki et Hiroshima en août 1945…

«La collection du MRAC comporte de vastes ensembles de spécimens de minéraux uranifères provenant de divers gisements», signale Florias Mees. «Pour des raisons de sécurité, de tels échantillons radioactifs ne sont pas exposés actuellement. Et seules des photographies de spécimens de la collection figurent dans les salles. Parmi les spécimens exposés, à un moment ou un autre, se trouvait un gros bloc massif d’uraninite de Shinkolobwe.»

Un spécimen de minéral uranifère trouvé à Shinkolobwe © MRAC
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