Les œufs de Pâques en chocolat détruisent les forêts d’Afrique de l’Ouest

7 avril 2023
Durée de lecture : 3 min

La filière du cacao est confrontée à un manque criant de traçabilité et de transparence, tout en étant un des principaux facteurs de la déforestation en Afrique de l’Ouest. C’est ce qu’il ressort d’une étude publiée par une équipe de scientifiques de l’UCLouvain, dans laquelle ils ont tenté de tracer les chaînes d’approvisionnement de cacao en Côte d’Ivoire. Selon les données collectées et disponibles en libre accès sur Trase, moins de 45% des exportations de cacao peuvent être tracées jusqu’aux coopératives de producteurs. L’origine des 55% restants est inconnue, car les négociants s’approvisionnent indirectement auprès d’intermédiaires ou ne divulguent pas d’informations sur leurs fournisseurs.

Déforestation massive

Or, la culture de cacao est le principal moteur de la déforestation en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, qui retire un tiers de ses revenus à l’exportation de cette activité. Selon cette étude, les cacaoyères ont remplacé 2,4 millions d’hectares de forêt entre 2000 et 2019.

La culture du cacao est responsable de 45% de la déforestation qui a eu lieu dans le pays sur ces 20 ans. En 2019, 25 % des cacaoyères se trouvaient dans des forêts classées et aires protégées, ce qui reflète la faible application des lois de protection de ces terres.

Traçabilité non garantie

Si de grands fabricants de chocolat se sont engagés dans des politiques de zéro déforestation, tous sont exposés au risque d’importer du cacao issu de la déforestation, montre l’étude.  En effet, la plupart des engagements visant à atteindre une traçabilité à 100 % ne concernent que les approvisionnements directs.

« Ces approvisionnements achetés directement à la coopérative ne représentent qu’une fraction des importations, explique Cécile Renier, chercheuse UCLouvain et coordinatrice de l’étude. Les négociants achètent des volumes importants – parfois la majeure partie de leur cacao – auprès d’intermédiaires locaux, sans savoir auprès de qui ces intermédiaires s’approvisionnent. »

Pic de la saison chocolatière

En tant que plus grands consommateurs de chocolat au monde, les Européens contribuent involontairement à la déforestation en Afrique de l’Ouest. En 2019, les importations de l’Union européenne et du Royaume-Uni étaient associées à 838 000 ha de déforestation entre 2000 et 2015, selon les calculs des scientifiques.

« À l’approche de Pâques, l’Union européenne voit arriver le pic de sa saison chocolatière. C’est l’une des périodes les plus actives de l’année pour l’industrie du chocolat, qui vend de plus en plus ses produits aux consommateurs comme étant “éthiques” ou “durables”. Mais, compte tenu de la traçabilité extrêmement limitée dans l’industrie, les consommateurs ne sont pas informés de l’origine de leur chocolat et des importants enjeux de durabilité qui y sont liés », souligne Cécile Renier.

Une vente sous condition

En 60 ans, la Côte d’Ivoire a perdu 80% de ses forêts. L’étude montre que l’exploitation incontrôlée de cacao menace désormais les forêts frontalières du Liberia : dans les régions de Côte d’Ivoire situées le long de la frontière, 80 à 100 % du cacao exporté n’est pas traçable jusqu’à son premier acheteur, et encore moins jusqu’à son exploitation d’origine.

Avec la nouvelle réglementation européenne « zéro déforestation », les entreprises devront prouver que leur cacao n’a pas contribué à la déforestation si elles veulent les vendre dans l’UE.

Cependant, selon l’étude, les négociants doivent aller au-delà de la traçabilité de leurs propres chaînes d’approvisionnement pour sauver les dernières forêts d’Afrique de l’Ouest.

« Améliorer la transparence et la traçabilité de la filière est nécessaire, mais cela ne suffira pas à stopper la déforestation. Le secteur doit investir dans des initiatives à l’échelle des territoires, en soutenant les producteurs tout en assurant une protection efficace des forêts », suggère Cécile Renier.

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