Phoque commun à Ostende © Patricia Senaeve

Les phoques de la mer du Nord ont des problèmes de poids

par Christian Du Brulle
Durée de lecture : 4 min

Depuis de nombreux mois, une famille de phoques communs (Phoca vitulina) a pris ses quartiers à Nieuport. Le port leur offre un site de repos où ils sont souvent plus de 10 à se rassembler.

Les phocidés, soit les phoques communs et les phoques gris (Halichoerus grypus), apprécient le littoral belge. « Ils y sont de plus en plus nombreux », constatent les scientifiques de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique et leurs collègues des universités de Liège et de Gand (ainsi que les équipes du Sea Life de Blankenberge), dans leur dernier rapport sur les échouages et les observations de mammifères marins en Belgique.

En ce qui concerne l’année 2019, les chercheurs rappellent que “cette espèce, qui avait disparu de la partie méridionale de la mer du Nord dès le Moyen-Âge, n’a fait son retour chez nous que dans les années 1980 ». Le nombre croissant de phoques sur le littoral belge se traduit également par des échouages plus nombreux de spécimens morts ou agonisants. En 2019, 47 phoques se sont échoués sur nos plages. Un nombre record pour les phoques auquel il faut ajouter l’échouage, toujours en 2019, de 51 marsouins.

De beaux bébés de 9 kilos

Un des problèmes constatés par les scientifiques concerne les pertes de poids parfois extrêmes  que subissent ces animaux. « Les phoques communs naissent en juin ou en juillet. Ils pèsent environ 9 kilos. Le lait maternel riche et nutritif favorise une croissance rapide. Au moment du sevrage, qui intervient en moyenne 21 jours après la naissance, ils pèsent alors 24 kilos », expliquent les spécialistes.

Commence alors une période éprouvante et difficile pendant laquelle ils vont devoir trouver eux-mêmes de quoi se nourrir. Leur tissu graisseux va faire place à du tissu musculaire, de sorte qu’ils vont perdre en très peu de temps entre 2 et 5 kilos.

« Pour certains phoques, la vie sera vraiment difficile: avant même d’avoir été sevrés, un certain nombre perdront leur mère, seront victimes d’une tempête ou épuisés d’avoir été dérangés en permanence ». D’autres ne trouveront pas assez de nourriture après le sevrage. Ces bébés mourront, sauf s’ils ont la chance d’être pris en charge par un centre spécialisé ».

Avant de leur rendre leur liberté, ces rescapés sont munis d’une boucle d’identification fixée à leur nageoire arrière. Certains phoques pris en charge en 2019 au SeaLife ont ainsi été marqués. Cela a permis de suivre leurs pérégrinations et de constater à quel point leur poids pouvait varier.

Phoque gris et phoque commun à Nieuport ©Linda Vanthournout

Effet yoyo

Un exemple? Un phoque commun recueilli le 21 juillet 2018 au SeaLife a été remis en liberté en octobre 2018 après avoir reçu des soins. En avril 2019, il était de retour à Blankenberge pour une nouvelle prise en charge. Alors qu’il pesait 32,5 kilos en octobre 2018, il ne pesait plus que 16,5 kilos six mois plus tard. C’est après avoir repris des forces, et être remonté à 33 kilos que l’animal a une nouvelle fois été relâché, en juin 2019.

Le cas d’un autre phoque commun, recueilli en 2019, montre aussi à quelle vitesse les fluctuations de poids interviennent chez ces animaux. En avril 2019, il a été recueilli au SeaLife. Tout bébé, il avait déjà été soigné au Zeehondencentrum Pieterburen (Pays-Bas). Il y avait été remis en liberté le 6 octobre à 2018, non loin de Groningen. Il pesait alors un peu moins de 42 kilos. Le 24 avril 2019, lorsqu’il a été retrouvé en difficulté à Nieuport et pris en charge, il avait perdu plus de la moitié de son poids. Il a été libéré un mois plus tard. Il pesait alors 28 kilos.

« Les phoques ont normalement une épaisse couche de graisse », indiquent les auteurs du rapport. « C’est lorsqu’ils sont malades ou qu’ils ne trouvent pas suffisamment de nourriture qu’ils peuvent perdre énormément de poids ».

À Nieuport comme ailleurs sur le littoral belge, la consigne est claire: il ne faut pas déranger les phoques surpris à se reposer sur les plages, les rochers, les rives de l’Yser, ou dans les ports.

« Ces phoques ne sont généralement pas en danger et ils ne nécessitent donc aucun soin ou prise en charge », précisent les chercheurs dans leur rapport.

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