© HELMo

Stimuler la transition écologique des établissements d’enseignement supérieur

par Laetitia Theunis Durée de lecture : 6 min

Série (1/4) « La transition sur le grill »

La Haute Ecole Libre Mosane (HELMo) est la première institution wallonne d’enseignement supérieur à avoir initié une démarche de transition écologique impliquant l’ensemble des acteurs évoluant sur ses différents campus. Elle est, à ce titre, un exemple pour les hautes écoles et universités souhaitant voir s’inscrire la dynamique de transition écologique sur leur campus. Cela n’empêche, sa démarche est perfectible.

Une communication insuffisante. C’est l’une des pierres d’achoppement entravant l’accélération des initiatives de transition à l’HELMo. Cet enseignement découle du travail de fin d‘études de Martin Tecqmenne.

L’étudiant en dernière année de coopération internationale a mené un sondage auprès de 122 étudiants de l’HELMo ne participant pas aux initiatives de transition de la haute école. Résultat : 51 % d’entre eux, soit 62 répondants, n’avaient aucune idée de l’existence d’une cellule de transition écologique au sein de leur établissement. Et donc aucune idée de ses actions sur le campus.

La communication est cruciale

« Pour augmenter la visibilité de la cellule HELMo en transition, il lui faut un moyen de communication qui lui est propre. Et pour cela, créer une page publique Facebook, un compte instagram et un site web qui lui sont dédiés. Cela permettra de communiquer les actualités, les besoins en bénévoles ou encore les projets mis en place, tout en augmentant la portée de la cellule », avance Martin Tecqmenn.

Il se base sur l’analyse des questions ouvertes de son questionnaire. «Helmo en Transition, c’est une belle initiative dommage qu’elle ne soit pas assez mise en avant », répond l’un des élèves, qui agrège par ses mots la pensée de nombre de ses camarades.

Pour son analyse et ses propositions de solutions, Martin Tecqmenn se repose également sur la recette gagnante appliquée par la KUL.

La recette de la KUL

En 2012, la ville de Louvain écrit les premières lignes de sa stratégie pour devenir neutre en carbone. La KUL est prise dans son sillage. En 2014, un vice-rectorat pour le développement durable est créé. La chasse au CO2 est depuis lors ouverte. En se focalisant sur les bâtiments, la mobilité, les déchets et les achats, la KUL aurait réduit de moitié ses émissions de gaz à effet de serre en moins de 10 ans.

« La transition y est très dynamique et attractive, car la communication y est intense. Mais aussi, car l’équipe administrative gérant la transition écologique de l’université dépend directement du recteur, lequel a l’ambition de mettre du développement durable au coeur de son établissement», assure Martin Tecqmenn.

L’argent, le nerf de la guerre

Dans sa transition écologique, la KUL peut également compter sur le Green Office. Il a vu le jour en 2016 et est géré par des étudiants. Sept d’entre eux sont reconnus comme « responsables de projet ». Chacun crée et gère un groupe de volontaires pour mettre sur pied des initiatives ciblées, telles que le développement d’un potager sur le campus, d’un centre de réparation doté d’outils à emprunter ou d’une campagne promouvant le zéro déchet. À ce titre, ils sont tous rémunérés un jour par semaine. Soit presque l’équivalent d’un temps plein et demi investi dans cette mission.

De quoi faire pâlir d’envie la cellule pilote du mouvement HELMo en Transition. Parmi les 10 personnes qui la composent, seule une est rémunérée. Et encore, à hauteur d’un maigre demi-jour par semaine. Bien que le conseil d’administration de la haute école ait récemment inclus la transition écologique dans son plan stratégique, aucun moyen supplémentaire n’a été dégagé. « Dans ces conditions, difficile de continuer à faire avancer les choses », soupire-t-on au sein de la cellule.

Une cantine durable comme premier succès

En octobre 2018, elle a organisé un premier forum ouvert. Après journée, une centaine d’élèves et de membres du personnel ont esquissé ensemble le devenir de leur école. Au terme d’une heure de partage d’idées, l’intelligence collective a accouché de pas moins de 10 projets de transition écologique.

L’un d’eux était la création d’une cantine durable. Portée notamment par le corps professoral, soutenue par un subside de la Wallonie, elle a ouvert ses portes le 11 mars 2019. Des produits 100 % bio et issus du circuit court y sont désormais distribués à pas moins de 3000 étudiants. Si l’expérience s’avère concluante, elle pourra faire tache d’huile dans les autres cantines de l’HELMo et nourrira à l’avenir plus de 9000 bouches.

Tout repose sur le bénévolat

Face à ce succès, peut-on dire que la machine est lancée et que les autres projets de transition esquissés lors du forum vont être rapidement mis sur pied ? Robin Hublart, coordinateur de la cellule HELMo en Transition, tempère les ardeurs. « N’oublions pas que ce processus repose sur du bénévolat. S’investir dans la conception intellectuelle d’un projet est une chose ; s’investir dans sa réalisation en est une autre. Une équipe mixte étudiant-membre du personnel qui sait se structurer et se répartir le travail a plus de chances d’avancer et de réussir. Le gros enjeu désormais, c’est le temps disponible des personnes qui ont accouché de ces projets. Et ce, alors que les étudiants ont des cours, les techniciens et administratifs leurs tâches et les professeurs leurs charges d’enseignement…»

Inscrire les projets d’initiatives de transition dans le cadre d’un cours ?

Pour pallier le manque de temps et de bénévoles, et donc afin d’accélérer la transition écologique de la haute école, de nombreux étudiants sondés par Martin Tecqmenn aimeraient que la concrétisation des projets se fasse dans le cadre d’un cours. « Ce qui m’inciterait à participer, ce serait d’avoir des crédits pour mettre en place des initiatives par nous-mêmes », précise l’un des étudiants. Un autre affirme que bien plus d’étudiants s’impliqueraient si les réunions de travail n’avaient pas lieu en dehors des heures de cours.

Robin Hublart estime ces propositions réalistes. « La concrétisation de projets dans le cadre d’un cours, cela commence à se faire, majoritairement sous la houlette de professeurs de la cellule Helmo en transition. C’est le cas dans certains cours liés au commerce extérieur et au marketing : des étudiants ont été sollicités pour réaliser un travail d’audit de la consommation énergétique la haute école en vue de la diminuer, émettre des recommandations et étudier leur faisabilité. »

Et de préciser, « si l’on veut que les étudiants puissent bénéficier, dans le cadre de leurs cours, de la possibilité de monter des projets au service de la transition écologique de leur école, il est primordial que les enseignants y soient sensibles. Plus ils le seront, plus ils tendront à sortir de l’enseignement ex cathedra pour proposer une pédagogie par projet. »

Comment les sensibiliser ? « En organisant des formations continuées autour de la transition écologique ou des modules de formation dans le cadre des journées de mise au vert, par exemple. Mais aussi en communicant beaucoup plus à destination des enseignants. » La communication, l’alliée universelle.

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