Chanvre produit en Wallonie © Valbiom

Bientôt du tissu 100 % en chanvre belge

par Laetitia Theunis
Durée de lecture : 5 min

A Villers-le-Bouillet, en Hesbaye, ce sont pas moins de 2,8 hectares de champs qui sont consacrés cette année à un test grandeur nature de culture du chanvre. « Celui-ci peut donner une fibre longue de qualité textile, à haute valeur ajoutée, équivalente au lin. Pour ce faire, il est nécessaire que le chanvre soit cultivé, récolté et transformé comme ce dernier », explique Valentine Donck, chargée de mettre au point la culture et la filière textile du chanvre en Wallonie (Valbiom).

Paralléliseuse Sativa200 evo1 de la société Hyler © Hyler

Deux variétés mises au banc d’essais

Cette année, deux variétés sont testées sur de grandes surfaces de culture. « La première, Bialobrzeskie, nous vient de Pologne. Elle a été sélectionnée pour ses qualités textiles. Elle est reprise dans le catalogue belge des variétés d’espèces de plantes agricoles (il s’agit de la liste de variétés qui peuvent être multipliées et commercialisées en Belgique), mais pas dans son homologue français. Comme nous travaillons en collaboration avec des équipes françaises, il était intéressant de tester cette variété en Belgique. »

La seconde variété qui a été semée à Villers-le-Bouillet, dénommée USO 31, est, quant à elle, particulièrement appréciée pour sa précocité. « La récolte pour obtenir des fibres longues aura lieu fin juillet. »

Culture de chanvre textile, Villers-Le-Bouillet 2021 © Gilles Marchandisse

Du tissu 100 % wallon

Combien de mètres carrés de textile peut-on espérer obtenir ? C’est encore un peu tôt pour le dire.

A titre de comparaison, l’an dernier, l’unique hectare de chanvre cultivé à Villers-le-Bouillet a fourni 6 tonnes de pailles. Desquelles ont été obtenus 1200 kilos d’étoupe, qui, une fois retravaillés, ont donné des fibres courtes utilisables en tissus d’ameublement et pour les accessoires comme les sacs, ou des vestes. De ces 6 tonnes de pailles, ont aussi été obtenus 500 à 600 kilos de fibres longues, la partie la plus noble. Celle qui permet de fabriquer des tissus pour confectionner des robes ou des pantalons.

« Avec la production 2022, nous espérons pouvoir proposer, d’ici quelques mois, le premier tissu 100 % chanvre wallon. » Pour ce faire, il est indispensable que le chanvre intègre une filière industrielle adéquate. Celle-ci est en plein développement.

Chènevotte © Paul-Henri Dricot

 

Fibres longues © Valbiom

Région linicole

La fibre de lin requiert des sols profonds où les limons sont prédominants. Et un climat tempéré aux températures n’excédant pas 25 degrés durant sa phase de croissance. C’est ainsi que la Wallonie se trouve, avec la Normandie, la Picardie, le Nord-Pas-de-Calais et la Flandre au centre des meilleures conditions pédologiques et climatiques pour la culture de ce végétal.

Les conditions de culture et de récolte du chanvre sont similaires à celles du lin. Il n’est donc pas étonnant que la recherche et les tests se concentrent dans ces régions linières. « Dans le cadre de ces essais, ValBiom est notamment en étroit contact avec l’association française Lin et Chanvre Bio et HoGent pour la Flandre. »

Ballots de paille de chanvre parallélisée. Villers-le-Bouillet 2021 © Valbiom

Chanvre et lin, un traitement similaire

Mi-juillet, soit à la fin de sa floraison, le lin est arraché, plutôt que coupé. Cela permet de récolter la totalité des fibres, d’une hauteur d’environ 90 cm, tout en conservant leur parallélisme et en les disposant au sol en bandes continues.

« Les pailles sont ainsi laissées sur le champ durant 4 à 8 semaines. Grâce à l’alternance de phases humides et chaudes, les micro-organismes vont se développer et dégrader les « joints » des pailles (c’est-à-dire la lignine et la pectine). Cette étape, appelée rouissage, facilite la séparation des fibres lors des opérations mécaniques ultérieures. Un à deux retournements des pailles sont en moyenne nécessaires pour assurer un rouissage régulier et homogène. Le rouissage est une opération complexe et délicate. »

Pour le chanvre, cela se passe d’une manière similaire. A l’exception près qu’étant doté d’un système racinaire profond et d’un gros diamètre de tige, il est quant à lui, coupé (plutôt qu’arraché) avant de coucher les tiges parallèlement sur le champ. Par ailleurs, les variétés testées étant atteintes de gigantisme – les tiges peuvent atteindre 2 mètres, voire 2,5 mètres de haut -, l’équipe de Valbiom a développé (et doit encore affiner) un prototype de machine capable de récolter les tiges rouies en les coupant en deux bouts de 90 cm de long. Et ce, afin qu’elles puissent intégrer les installations industrielles de teillage – séparant la fibre de la tige- mises au point jadis pour la filière du lin.

Retourneuse retournant les pailles de chanvre. Villers-le-Bouillet 2021 © Valbiom

Un savoir-faire requis

Aux dires de Valentine Donck, les agriculteurs semblent enthousiastes à l’idée de se diversifier dans la culture du chanvre à destination d’entreprises textiles. « Nous devons les freiner, car, au préalable, il est nécessaire que la mécanisation soit au point. Par ailleurs, semer du chanvre n’est pas chose aisée. Il faut impérativement que la levée soit homogène et la croissance régulière. Le travail du sol doit donc être soigné et mérite une attention particulière. Une forte densité limite le degré de ramification de la tige principale et favorise la quantité et la finesse des fibres. Plus compliqué que celles du lin, il est nécessaire d’apprendre et de maîtriser les techniques de semis avant de se lancer. »

« Actuellement, nous travaillons essentiellement avec des liniculteurs, lesquels disposent déjà d’une certaine expertise et du matériel pour retourner les ballots. Ensuite, nous élargirons à d’autres cultivateurs », conclut-elle.

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