La psychanalyse devrait se renouveler

par Raphaël Duboisdenghien
Durée de lecture : 4 min

«En ce premier quart du XXIe siècle, il nous semble que la psychanalyse de langue française peine à renouveler la conceptualité des champs freudien et lacanien dans lesquels elle engage son action», dit Pascal Nottet, membre de «Questionnement psychanalytique». Une association qui s’appuie sur les idées du fondateur de la psychanalyse, le neurologue autrichien Sigmund Freud, et du psychiatre, psychanalyste français Jacques Lacan. Pour se livrer à la recherche. Former des praticiens. Étudier la transmission de la psychanalyse.

Dans l’éventualité d’un renouvellement, le professeur au département de Philosophie à l’Université de Namur (UNamur) publie le tome 1 de «Qu’est-ce que la psychanalyse?» aux Éditions modulaires (EME) à Louvain-la-Neuve.

"Qu'est-ce que la psychanalyse?" par Pascal Nottet. Éditions modulaires (EME). VP 38,50€
“Qu’est-ce que la psychanalyse?” par Pascal Nottet. Éditions modulaires (EME). VP 38,50€

Psychanalyse et autisme

Le Pr Nottet commente le livre «Qu’est-ce que la philosophie?» des philosophes français Gilles Deleuze et Félix Guattari lisant David Hume. L’économiste, historien et philosophe écossais rencontre les questions de l’autisme typique. Tel que le pédopsychiatre Leo Kanner en fait pour la première fois la description en 1943.

«La problématique spécifique du travail clinique et thérapeutique avec l’autisme typique d’une part, la problématique de l’inscription de la psychanalyse dans le champ humien d’une science authentique de l’homme d’autre part, se rejoignent et conjoignent leurs forces pour donner consistance à la question inaugurale de Deleuze lisant Hume: Comment l’esprit devient-il une nature humaine?», constate le responsable clinique à l’ASBL Parhélie, centre bruxellois de psychiatrie pour enfants et adolescents autistes, psychotiques ou névrosés graves de 13 à 18 ans.

Une science de l’homme

Le travail clinique et thérapeutique ne peut s’effectuer que sur un terrain expérimental et rationnel, méthodique et scientifique. Sans se soustraire aux exigences thérapeutiques qui s’imposent dans le passionnel, le social, la connaissance de l’autre. Ce travail est le plus important pour engager un questionnement philosophique. À la mesure de ce que Deleuze lisant Hume nomme «une science de l’homme». L’unique territoire qui convient à la psychanalyse.

Seuls les effets d’un travail créatif permettent aux préoccupations cliniques, thérapeutiques, éthiques et politiques de s’engager simultanément. «Poser philosophiquement la problématique du devenir-nature-humaine de l’esprit en situation d’autisme nécessite de soutenir conceptuellement et de donner suite éthiquement et politiquement aux notions ou concepts que la lecture de Hume par Deleuze permet d’expliciter», précise le spécialiste de l’autisme typique.

Le devenir de la psychanalyse

Selon le Pr Nottet, philosophe et psychanalyste, l’opération quasiment chirurgicale entre psychanalyse et devenir de la psychanalyse devra s’articuler depuis le travail clinique et thérapeutique avec l’autisme infanto-juvénile typique. Particulièrement quand le travail requiert, et nécessite, l’accompagnement d’une psychothérapie institutionnelle. Psychanalyste, Félix Guattari a participé à la définition de ces bases. La promotion d’une méthode d’analyse institutionnelle, qui dépasse les niveaux des sciences sociales et des sciences humaines, traverse ses «Essais d’analyse institutionnelle», publiés en 1974.

Pour qu’une rencontre devienne possible, entre l’enfant ou l’adolescent autiste et les soignants, il faut trouver des concepts qui ont du sens. «Avec un tel, ce sera simplement rester assis quelques minutes à ses côtés», explique le praticien. «Avec telle autre, lui frapper dans les mains, mais sans la regarder. Avec tel autre encore, faire comme s’il n’était pas là. Nous pouvons alors lui dire bonjour sans provoquer de crise.»

Il faut lire et comprendre David Hume

Le chercheur pense qu’il faut lire et comprendre Hume pour au moins deux raisons. «D’abord parce que notre époque, qu’elle le reconnaisse ou non, est humienne y compris dans ce qu’elle a de plus commun et de plus plat. Dans ses croyances dominantes les plus apathiques: un naturalisme paresseux et un libéralisme sans horizon. Et ensuite, parce que Hume en constitue peut-être la meilleure médecine.»

«Ce que nous articulons depuis Deleuze, et qui rejoint tellement les chances et les écueils du travail clinique et thérapeutique avec l’autisme infanto-juvénile typique est impensable et incompréhensible sans Deleuze lisant Hume dans “Empirisme et subjectivité” », conclut Pascal Nottet.

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