TRAIL veut apprivoiser l’intelligence artificielle

par Christian Du Brulle
Durée de lecture : 4 min

Détecter des événements spécifiques dans des vidéos compressées tout en respectant la vie privée, développer la navigation autonome de robots ou encore mettre au point une boîte à outils pour faciliter l’apprentissage multimodal des machines, c’est-à-dire les rendre capables de comprendre à la fois du son, du texte et des images… Voilà trois des premiers projets concrets basés sur l’intelligence artificielle sur lesquels viennent de travailler les chercheurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles lors du premier atelier TRAIL. Un atelier de 15 jours qui vient de se clôturer à Tournai, au sein de l’Eurometropolitan e-Campus et qui marque le lancement officiel de ce nouveau programme.

« Le but de TRAIL (pour Trusted A.I. Labs) est de promouvoir la création de talents en intelligence artificielle (IA) et de réaliser une recherche de pointe de niveau international en IA en Wallonie et à Bruxelles », indique le Pr Benoît Macq, co-coordinateur de TRAIL et professeur à l’école polytechnique de l’UCLouvain.

Cinq universités et quatre centres de recherche agréés

Le projet est ambitieux. Cinq universités (UCLouvain, UMONS, ULB, ULiège, UNamur) et quatre centres de recherche wallons (CENAERO, CETIC MULTITEL, SIRRIS) unissent leurs forces dans ce programme.

Leur savoir-faire se met aussi au service du développement régional et des entreprises. Un des objectifs majeurs de TRAIL est, en effet, d’aider les entreprises de la FWB à passer à l’IA pour se développer et rester compétitives. Et ce, dans des domaines aussi variés que la médecine, les « smart cities », les médias, la mobilité, le « manufacturing », la logistique, l’énergie, la construction, la gouvernance, le « smart farming » et l’éducation.

Transformations sociétales et économiques

« L’intelligence artificielle constitue une opportunité de transformation majeure de nos sociétés pour le bien-être durable de ses citoyens. En se basant sur l’acquisition des données et les algorithmes de traitement des informations, les processus de nombreux secteurs peuvent être rendus plus performants », indique l’UCLouvain.

TRAIL se compose de trois piliers en interaction : la recherche, la mise à disposition d’outils et les services aux entreprises. La recherche sera l’apanage de l’institut TRAIL. De son côté, le « TRAIL Factory » sera une plateforme de mise en commun des briques technologiques de l’IA ainsi que leur diffusion et leur valorisation. Enfin, le pilier  « TRAIL4Ventures », sera au service des entreprises. Il s’agit ici de capter au mieux les besoins et les idées issus du tissu économique et de faciliter le développement de nouveaux produits et services sur base des outils et connaissances développés au sein de TRAIL.

«L’initiative cadre parfaitement avec la stratégie développée par la Wallonie avec Digital Wallonia », rappelle de son côté André Blavier, de l’Agence du Numérique.

Elle se segmente en 4 axes : « augmenter le niveau d’information générale de la population et sensibiliser les entreprises aux enjeux et opportunités de l’IA ; soutenir et accélérer les processus de transformation numérique des entreprises, pour aboutir à la création de produits et de services « augmentés « ; augmenter le niveau moyen de compétences techniques en IA des strates actives et non-actives de la population via des formations ; mettre en réseau des acteurs nationaux et internationaux spécialisés dans le domaine de l’IA afin d’accélérer le développement et la consolidation de nos progrès en IA. »

600 chercheurs en IA en Fédération Wallonie-Bruxelles

« La recherche en intelligence artificielle est une compétition mondiale. Les entreprises qui l’utiliseront auront un avantage compétitif indéniable », indiquait à Tournai, lors du lancement de TRAIL, Elio Di Rupo, le Ministre-Président de la Région Wallonne. « Avec pas moins de 600 chercheurs en IA actifs dans nos universités et centres de recherche, le programme TRAIL dispose d’un potentiel extraordinaire », s’est-il félicité.

Le Pr Naji Habra, informaticien et recteur de l’UNamur, abonde. « Que de chemin parcouru depuis les premiers « systèmes experts » des années 1980 », constate-t-il. « En misant sur l’interdisciplinarité dans le domaine de l’intelligence artificielle, nous faisons les bons choix », assure-t-il. « Mais n’oublions pas que la vraie intelligence qui nous fait travailler ensemble, collaborer, travailler en réseaux, c’est l’intelligence humaine. Et que l’IA doit avant tout être au service de l’être humain ». À ce propos, il peut être rassuré. Dans le cadre de TRAIL, l’éthique occupe une place de choix.

 

 

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