Les biopsies liquides, pour une médecine de pointe contre le cancer

25 mars 2021
Durée de lecture : 3 min

Jusqu’il y a peu, les biopsies liquides étaient utilisées uniquement dans le cadre de projets de recherche sur le cancer. Désormais, elles entrent dans la routine clinique. En effet, historiquement, les études des cellules tumorales disséminées dans la moelle osseuse et des cellules tumorales circulantes dans le sang périphérique ont fourni des informations cruciales sur la biologie du cancer et le processus métastatique. Les progrès récents dans la détection et la caractérisation de l’ADN tumoral circulant permettent l’introduction des tests de biopsie liquide dans la pratique clinique, notamment à l’Institut Bordet. Ce nouvel outil de diagnostic et de suivi de traitement présente de nombreux avantages, tant pour les médecins que pour les patients atteints de cancer.

Cellules ou ADN tumoraux circulants

Une biopsie liquide est l’analyse d’un prélèvement de sang dans le but de détecter la présence de cellules tumorales circulantes (CTC) ou d’ADN tumoral circulant (ADNtc) dans le sang d’un patient. Et d’ensuite analyser ces échantillons au niveau moléculaire, notamment afin de rechercher d’éventuelles mutations.

Les CTC sont des cellules cancéreuses qui se sont détachées de la tumeur primaire (processus cancéreux à l’endroit d’où le cancer est originaire) ou de lésions métastatiques (distantes de la tumeur primaire), qui circulent dans le sang et sont à l’origine des métastases dans différents organes du corps.

De nombreux avantages

Le potentiel d’application des biopsies liquides est important. Il est désormais possible, via une simple prise de sang, de détecter des anomalies génétiques liées à certains cancers, de suivre l’évolution de la maladie, d’évaluer facilement l’efficacité d’un traitement ou de guider le choix d’un nouveau traitement.

Les avantages pour les patients sont, eux aussi, multiples. la technique est peu invasive et moins risquée comparée aux biopsies solides (prélèvement directement dans la tumeur). Elle est simple à mettre en place et représente une méthode d’analyse efficace en cas de lésions ou tumeurs difficilement accessibles via une biopsie classique.

Modus operandi

Les biopsies liquides ont déjà trouvé une place de choix dans les soins de santé aux Etats-Unis. Notamment chez les patients atteints d’un cancer à un stade avancé.

« L’Europe doit désormais rattraper un certain retard face à l’intégration des biopsies liquides dans la routine clinique. Cela demande une vue d’ensemble claire sur les éléments à mettre en place afin que cela puisse se faire de manière intelligente et cohérente. Les biopsies liquides sont un nouvel outil de personnalisation de la prise en charge. C’est un pas important pour la lutte contre le cancer », explique le Docteur Michail Ignatiadis, oncologue médical à l’Institut Jules Bordet spécialisé dans le domaine des biopsies liquides.

Dans une étude signée avec deux confrères de l’Université de Stanford, il aborde de manière très concrète, l’intégration des biopsies liquides dans la routine clinique : les ressources humaines nécessaires, l’intégration des biopsies liquides dans le trajet de soins du patient, le mode de collaboration avec les laboratoires d’analyse, l’appareillage nécessaire, la gestion des données récoltées, la formation du personnel (personnel de soins, chercheurs, data-analystes) etc.

« La prochaine frontière pour l’application clinique de la biopsie liquide sera probablement le traitement systémique des patients atteints de « rechute d’ADN tumoral circulant ». C’est-à-dire être capable de détecter la présence d’ADN tumoral circulant avant que la rechute soit détectée par imagerie. Particulièrement, après un traitement curatif pour un cancer à un stade précoce », explique l’oncologue médical, dont les travaux de recherche sont financés par les Amis de l’Institut Bordet, premier donateur privé de l’Institut Jules Bordet, ainsi que par la Fondation contre le cancer.

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