Rapprocher les humains du monde animal

25 juillet 2022
Durée de lecture : 4 min
“Nos animaux sauvages et leurs noms”, par Alain Lebrun. Editions L’Harmattan. VP 26 euros, VN 19,99 euros

Alain Lebrun publie «Nos animaux sauvages et leurs noms» aux éditions L’Harmattan. Ce regard poétique sur 456 mammifères, reptiles et invertébrés de l’espace francophone d’Europe occidentale paraît dans la collection Environnement en sciences sociales. Émaillé de réflexions d’écrivains, de naturalistes. De citations grecques ou latines. De mots en wallon.

«Il y a vingt ans, je me suis demandé comment être utile pour combler le fossé entre homme et nature», raconte le naturaliste diplômé de l’ULiège. «Pouvoir donner un prénom écologique. Mieux faire sentir le vivant à travers le nom qu’on lui donne m’a semblé une voie utile. Ce faisant, je me suis lancé dans un travail de marathonien.»

Des années de recherches

L’avocat liégeois s’est documenté pendant des années avant d’écrire son livre. Le spécialiste du droit de l’environnement a lu les 1.731 pages du Dictionnaire latin-français Gaffiot. Les 626 pages du Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France. Les 1.061 pages du Dictionnaire des noms de famille en Wallonie et à Bruxelles. Les 277 pages du Dictionnaire de la langue gauloise.

«Mon travail est celui d’un archéologue des mots», explique le chercheur. «Pour mettre à la portée des lecteurs d’anciens mots, des textes oubliés qui nous touchent toujours ou nous apportent une vérité animalière.»

Alain Lebrun conseille de visualiser l’animal sauvage avant de découvrir sa description. «Internet offre aujourd’hui quantité de photos ou de films animaliers qui, lorsque je débutais ma passion naturaliste, étaient rares et souvent médiocres. On a peine à se rendre compte de nos jours de la somme de beautés naturelles accessibles grâce aux nouveaux médias.»

La terreur des Grecs

Le naturaliste voit dans le loup gris un élément fondamental. Dans l’Antiquité, ce carnassier terrorisait les Grecs. «Sauvages et traîtres comme le loup», disait le philosophe Aristote. Le fabuliste Ésope l’assimilait à «la communauté des mauvais».

Au XVIIe siècle, le philosophe anglais Hobbes reprend l’affirmation de Plaute. L’auteur latin de comédies estimait, deux siècles avant notre ère, que «l’homme est un loup pour l’homme». Dans sa fable «Le loup et les bergers», La Fontaine écrit que «chiens, chasseurs, villageois s’assemblent pour sa perte.»

En latin, on parlait de «lupus» pour le loup, «lupa» pour la louve. Les Romains appelaient aussi «lupa» ou «lupula» la prostituée du lupanar. «L’héritage romain était resté négatif vis-à-vis du loup», relève Alain Lebrun. «Insigne ingratitude d’une civilisation qui doit tout aux mamelles d’une louve, sauvant Romulus et Rémus.»

Au XIe siècle, on en vient à «leu» dans la «Chanson de Roland» qui raconte un épisode des guerres menées par Charlemagne. Une forme que conserve le wallon: «leûp» ou «leu». Comme dans «les leûps ni s’magnèt nin inte zèls», les «loups ne se mangent pas entre eux». En français, il reste l’expression «à la queue leu leu». Quand les loups se déplacent en meute, c’est souvent à la queue d’un leu qu’on trouve un autre leu.

Des noms de famille, de lieux

Le nombre important de noms de famille montre l’importance du loup dans l’imaginaire, la symbolique. En Belgique, il y a profusion de Leloup, Delloup… De prénoms comme Lou, Jean-Loup… Et de lieux: La Louvière (tanière du loup ou piège à loups), Loupville (ferme du loup)… Ou en flamand: Wolvendael (vallée aux loups), parc en région bruxelloise. La graphie du XIe siècle se rencontre aussi dans des noms de famille: Leleu, Leleup…

Des prénoms sont aussi issus de formes franciques accompagnant les invasions germaniques: Adolphe du germain «wolf», loup. Ou Rolf (loup glorieux), prénom amené en Angleterre par les Normands.

Le loup redevient fréquentable

«L’on semble aujourd’hui être sortis, sauf dans les régions pastorales, de cette névrose collective et le loup redevient fréquentable», observe le naturaliste. «Des études scientifiques menées au parc national de Yellowstone (États-Unis) ont mis en évidence qu’une population de loups avait un impact harmonisant sur l’ensemble de l’écosystème. L’absence de super-prédateurs spécifiques se fait aussi sentir en Europe où des surdensités de cervidés nuisent à l’équilibre de la forêt.»

«C’est pourquoi le loup n’est pas un luxe», conclut Alain Lebrun. «Mais la clé de voûte régulatrice qui manquait à l’édifice écologique de nos contrées.»

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