Optimiser la cité par l’exploitation des données

par Camille Stassart
Durée de lecture : 4 min

Des camions-sentinelles analysant la couverture GSM du territoire aux plate-formes de participation citoyenne en ligne. Les possibilités qu’offre l’exploitation des données numériques ont été présentées par un panel d’intervenants lors de la conférence « Vivre la ville ». Cet événement, organisé par le TRAKK, le hub créatif namurois, et l’Université de Namur, propose depuis trois ans d’échanger sur la thématique des villes et territoires intelligents.

Capteurs installés sur les camions poubelles © BEP Namur

Monitorer le territoire à l’aide de camions poubelles

« La récolte de données a surtout servi jusqu’ici aux entreprises commerciales. Il est important que les autorités publiques se rendent également compte de leur valeur et les utilisent à des fins de biens communs », estime François Laureys, gestionnaire du programme « Smart City » du Bureau économique de la Province de Namur (BEP).

Ce programme donne au territoire namurois et à ses acteurs la possibilité de tirer profit de la mutation numérique actuelle via différentes actions. En ce moment, l’un de leurs projets consiste à utiliser les camions de récolte des déchets pour objectiver la connectivité du territoire de la province.

« Puisque le BEP possède une flotte d’une centaine de camions poubelles qui parcourent l’ensemble des routes de la province, on s’est dit qu’on pourrait exploiter ces trajets pour collecter des données sur la couverture du réseau, et ainsi cartographier les zones blanches et grises sur le territoire de la province », explique François Laureys.

Pour ce faire, des hubs de capteurs intelligents ont été installés sur les camions afin de capter les connexions 2G, 3G, 4G et de téléphonie des différents opérateurs mobiles. En tout, 40 camions seront équipés. Les premiers résultats sont attendus pour l’été 2022.

Ce projet se veut adaptatif. Le dispositif de capteurs embarqués étant en mesure de recueillir des informations en tout genre, les camions-sentinelles pourront collecter, à l’avenir, d’autres données, comme la qualité de l’air, ou encore l’état des routes. « L’intérêt est de mieux connaître le territoire et ses enjeux, d’objectiver les problèmes et d’identifier les solutions à mettre en place par les autorités publiques », résume François Laureys.

Mieux gouverner grâce aux données

L’exploitation de données peut aussi aider les pouvoirs locaux à co-construire leur projet avec le citoyen. La start-up bruxelloise CitizenLab propose à cette fin une plate-forme de participation citoyenne « prête à l’emploi ».

« Ce site web peut être paramétré en s’adaptant sur-mesure au projet des communes et autres collectivités locales. Elle se base sur trois grands piliers : créer des processus pour engager le citoyen, qui permettront de récolter des données, et ainsi aider les pouvoirs publics à prendre des décisions », explique Hugo De Brouwer, Customer Success Manager à CitizenLab.
En 2019, la commune de Louvain a décidé de passer par cette plate-forme pour consulter le citoyen, en vue de définir son plan stratégique pour les 6 prochaines années. Les habitants ont donc été invités à partager leurs idées en ligne.

« En tout, plus de 2.700 participants ont fait part de 2.200 idées. Nous avons réalisé une analyse quantitative, puis qualitative, en utilisant un outil d’analyse sémantique qui a parcouru le contenu de toutes ces contributions. L’outil a ensuite regroupé ces idées dans une série de catégories (travail, économie, tourisme/inclusions sociales/nature et biodiversité…).

Celui-ci n’étant pas infaillible, il est possible de corriger ou d’enrichir ces catégories manuellement par après. »
A terme, un rapport synthétisant ces contributions a été rédigé, permettant aux autorités locales d’orienter leur plan et de définir les priorités sur lesquelles travailler au cours du mandat.

Ces deux cas concrets donnent un aperçu du potentiel que représente l’exploitation de données numériques pour les preneurs de décisions et leurs communautés. En tirant parti de cet outil technologique, les « territoires intelligents » de demain seraient capables d’améliorer leurs services, de réviser leurs dépenses, et de prendre leurs décisions de façon plus inclusive, transparente et efficace.

Imprimer et partager