Affiche de la conférence sur les « défis liés à la société innovante », coorganisée par l’École de commerce Solvay (ULB), l’Université de Lausanne, l’École polytechnique fédérale et le service recherche de Wallonie-Bruxelles International.

La recette de l’innovation selon la KU Leuven

par Christian Du Brulle Durée de lecture : 4 min

Comment être une université innovante? Cette question était abordée en début de semaine à l’Université Libre de Bruxelles. Qui de mieux pour y répondre que le Pr Paul Van Dun, directeur du Centre de Transfert Technologique de la KU Leuven (LRD)? Son université a été classée par Reuters, et pour la quatrième année consécutive, « université européenne la plus innovante » au printemps dernier et étiquetée 7e université la plus innovante au niveau mondial, il y a une semaine…

Proximité, stabilité et unicité

« Notre recette tient en trois mots », résume le Pr Paul Van Dun, dans le cadre de la conférence sur les « défis liés à la société innovante », coorganisée par l’École de commerce Solvay (ULB), l’Université de Lausanne, l’École polytechnique fédérale et le service recherche de Wallonie-Bruxelles International (WBI). « Ces trois mots sont: proximité, stabilité et unicité ».

«  La proximité est celle créée entre le personnel du LRD avec les chercheurs de l’Université. Quand on est proche des chercheurs, on gagne leur confiance, on comprend mieux leurs travaux. C’est indispensable pour assurer une bonne collaboration ».

Guichet unique pour tous

« La stabilité concerne les personnes qui travaillent au sein du bureau de transfert technologique. Plus elles se sentent bien dans leur fonction, plus longtemps elles travaillent au LRD. Et meilleure sera la relation de confiance nouée avec les chercheurs, mais aussi avec les entreprises qui travaillent avec nous ».

Cette stabilité est, à ses yeux, la clé d’une relation de confiance à tous les niveaux. Un entrepreneur, qui a travaillé avec l’université il y a cinq et qui retrouve les mêmes interlocuteurs cinq ans plus tard, sera davantage en confiance que s’il est confronté à d’autres membres de l’équipe du LRD qui ont remplacé ceux qui sont partis, à cause d’un turn-over important, explique en substance le Pr Paul Van Dun.

Enfin, l’unicité dont il est ici question est l’aspect « guichet unique » que le LRD assure vis-à-vis des chercheurs et des entreprises. « On s’occupe de tout, sauf de la recherche », précise le Pr Van Dun. « Nous ne renvoyons donc pas nos interlocuteurs vers d’autres services de l’université, vers d’autres acteurs. Nous tentons de tout gérer, d’apporter toutes les réponses à leurs questions. Nous essayons aussi de concentrer chaque dossier entre les mains d’une seule personne, qui est le visage, le correspondant privilégié de chaque partie prenante d’un projet ».

Comment mesurer la portée sociétale de l’innovation ?

Voilà pour la manière de travailler adoptée par le bureau de transfert technologique de la KU Leuven. Quant à la portée réelle que les innovations scientifiques induisent au sein de la société, c’est une autre histoire. Et le Pr Van Dun en convient volontiers.

Le classement Reuters des universités n’en fait pas mystère: il se base sur toute une série de critères, comme le nombre de brevets déposés, de spin-offs créées, de publications scientifiques…

« A la KU Leuven, nous lançons 7 à 8 spin-offs par an », précise Paul Van Dun. « Nous déposons aussi une centaine de brevets. Mais, ce qui a le plus d’impact sur la société est certainement les quelque 2.000 contrats de collaboration que nous signons chaque année avec des tiers, des entreprises. Ce sont des retombées immédiates. Je sais que ce qui est systématiquement mis sous les feux de la rampe par les universités, ce sont leurs spin-offs et leurs brevets. Pourquoi? Cela reste pour moi un mystère. Bien sûr, chaque gouvernement aime disposer de tels chiffres. Mais la vraie question en matière d’innovation est « que deviennent ces innovations dans 5, 10 ou 15 ans? » Il ne s’agit pas de savoir ce que cela a permis de générer comme argent, comme revenus. Mais bien ce que ces innovations ont réellement changé dans la société. Clairement, il nous manque un indicateur fondé sur cette valeur sociétale, et non sur des chiffres. »

Cet avis est partagé par Cécile Cavalade, du bureau de transfert technologique (TTO) de l’ULB. « La mesure de l’impact de l’innovation sur la société est un vrai défi », estime-t-elle. Elle note que le Royaume-Uni s’y intéresse de plus en plus. De même que cinq autres pays d’Europe réunis au sein de l’ASTP,  l’association des professionnels en transfert de technologies.

« Ce défi n’est pas impossible à relever. Au Pays Basque espagnol, du côté de Bilbao, l’université mesure désormais l’impact sociétal de ses innovations à la lumière des indicateurs classiques et chiffrés, mais aussi à la lumière du « narratif » de ces innovations et des résultats qui remontent du terrain et des parties prenantes du territoire où l’université est implantée ».

Une autre manière de prendre la mesure de l’innovation. Du moins de l’impact réel des bonnes idées qui naissent dans les milieux académiques européens.

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