Christian Du Brulle

Les yeux et les oreilles de Daily Science (124)

Durée de lecture : 4 min

Une visite VIP au Muséum avec Daily Science ? Baptême du fond pour 27 bathyscaphes à Nemo 33. Coronavirus : chute de la pollution en Chine mais aussi en Italie…

À la rédaction de Daily Science, nous repérons régulièrement des informations susceptibles d’intéresser (ou de surprendre) nos lecteurs. Découvrez notre dernière sélection.

 

Une visite VIP au Muséum avec Daily Science ?

Tentez votre chance… Et testez vos connaissances en matière de biodiversité! DailyScience.be vous invite en effet à une visite «privée» de la toute nouvelle salle consacrée à la biodiversité de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, à Bruxelles.

Début avril, le Muséum proposera, en effet, à ses visiteurs de découvrir sa nouvelle salle permanente (sur deux étages!), baptisée « Planète vivante ». Pour tenter de décrocher une invitation à une visite VIP de cette nouvelle salle, en compagnie de la muséologue Cécile Gerin, conceptrice de cette nouvelle salle, Daily Science vous propose de répondre à trois questions simples.

Trois lecteurs seront proclamés lauréats. Chacun pourra être accompagné de sa famille (jusqu’à trois invités par lauréat). Cette visite aura lieu le samedi 18 avril 2020, à 10 heures du matin.
Le règlement complet du concours est accessible sur le site de Daily Science. Le bulletin de participation se trouve ci-dessous. Le concours est ouvert jusqu’au 1er avril 2020 à 23:59, heure belge.

Bonne chance à tous!

Concours – Daily Science vous emmène à la découverte de la biodiversité

Baptême du fond pour 27 bathyscaphes à Nemo 33

Après six mois de travail, dans le cadre de leur projet d’année, les étudiants de l’École polytechnique de Bruxelles (ULB) vont tester les petits sous-marins qu’ils ont réalisés dans la piscine Nemo 33, à Bruxelles. Ces prototypes devront descendre à 8 mètres de profondeur avant de remonter automatiquement.

Chaque année, l’École donne un nouveau défi à ses étudiants de première, mais cette année et pour la première fois, elle s’est plongée dans son passé. « C’est un projet qui a très bien marché il y a 10 ans. D’abord parce qu’il offre une belle mise en pratique des concepts théoriques, mais aussi parce que la fabrication de l’objet en lui-même est extrêmement ludique », explique Nadine Postiaux, responsable pédagogique du projet.

© ULB

Les groupes d’étudiants ont modélisé et construit un bathyscaphe complètement autonome. Deux difficultés majeures attendaient ces futurs ingénieurs dans le cadre de ce projet. « Le prototype ne doit pas seulement fonctionner et être fiable, il doit aussi respecter l’environnement de test. Pas question de polluer l’eau de la piscine », note Laurent Catoire, directeur technique du projet.

« Jusqu’à présent, les étudiants ont pu essayer leurs prototypes dans une colonne d’eau de 2 mètres d’eau et un caisson de mise sous pression. Pour l’évaluation, les conditions sont évidemment très différentes. Ils vont donc devoir s’adapter », annonce Alain Delchambre, prêt à remonter… les engins défectueux.

Coronavirus : chute de la pollution en Chine et en Italie

Après les observations communiquées par la NASA sur la concentration en NO2 dans l’atmosphère terrestre au-dessus de la Chine, c’est l’instrument spatial européen IASI qui démontre qu’au mois de février 2020, les concentrations en monoxyde de carbone (CO) ont diminué de 10 à 45%, dans toute la région entre Wuhan et Beijing par rapport aux années antérieures. Un constat posé par les chercheurs de l’Université libre de Bruxelles qui traitent les données satellitaires recueillies par cet instrument.

 

Monoxyde de carbone mesuré par la mission satellite IASI en Italie. Crédit : Maya George (LATMOS/CNRS).
Monoxyde de carbone mesuré par la mission satellite IASI en Italie. © Maya George (LATMOS/CNRS).

 

« Alors que l’épidémie de Covid-19 fait rage et s’étend, une chute des niveaux de pollution est observable par satellite, liée à la mise en quarantaine totale ou partielle de plusieurs villes ou régions », indiquent les chercheurs bruxellois. Ils précisent: « la mission satellite IASI a mesuré le monoxyde de carbone en Chine et en Italie. Ses données montrent également une tendance à la baisse dans le nord de l’Italie ces derniers jours. Comme ce gaz persiste plusieurs semaines dans l’atmosphère, l’impact ne se limite pas aux zones confinées, mais s’étend aussi aux alentours.

L’instrument IASI surveille la composition de l’atmosphère depuis 2007, et vole à bord des 3 satellites météorologiques européens Metop. (gérés par Eumetsat). Chaque instrument IASI fournit plus d’un million d’observations chaque jour, à partir desquelles l’équipe de chercheurs et d’ingénieurs de l’ULB fournit des cartographies pour une trentaine de gaz, chaque jour.

Le cœur de l’instrument est un spectromètre à transformée de Fourier qui enregistre le rayonnement infrarouge émis par la surface de la Terre. Quand ce rayonnement traverse l’atmosphère, il interagit avec les molécules qui se trouvent sur le trajet entre le sol et le satellite. Comme chaque gaz possède une signature spectrale spécifique, les passages successifs du satellite permettent de surveiller depuis l’espace les gaz qui se déplacent autour du globe.

À Liège, l’Intelligence Artificielle s’inspire du fonctionnement du cerveau humain

Durée de lecture : 2 min

Les animaux excellent à adapter leurs intentions, leur attention et leurs actions à l’environnement, ce qui les rend remarquablement efficaces pour interagir avec un monde extérieur riche, imprévisible et en constante évolution. Une propriété qui fait actuellement défaut aux machines intelligentes.

Une telle propriété d’adaptation repose largement sur la neuromodulation cellulaire, le mécanisme biologique qui contrôle dynamiquement les propriétés intrinsèques des neurones et leur réponse aux stimuli externes en fonction du contexte.

À l’Université de Liège, une équipe de chercheurs vient précisément de créer une nouvelle méthode d’Intelligence Artificielle inspirée du fonctionnement du cerveau humain et basée sur la neuromodulation. Une technique biologique qui permet de construire une nouvelle architecture de réseau neuronal profond qui est spécifiquement conçue pour apprendre des comportements adaptatifs.

La neuromodulation pour doper l’IA

« Malgré les immenses progrès dans le domaine de l’IA ces dernières années, nous sommes encore très éloignés de l’intelligence humaine. En effet, si les techniques d’IA actuelles permettent d’entrainer des agents informatiques à effectuer certaines tâches mieux que des humains lorsqu’ils sont entrainés spécifiquement pour celles-ci, les performances de ces mêmes agents sont souvent fort décevantes lorsqu’ils sont mis dans des conditions (même légèrement) différentes de celles vécues lors de l’entrainement », indique-t-on à l’Université de Liège.

Deux doctorants, Nicolas Vecoven et Antoine Wehenkel, ainsi que deux professeurs, Damien Ernst (spécialiste en intelligence artificielle) et Guillaume Drion (neuroscientifique), ont dès lors développé une architecture de réseaux de neurones artificiels introduisant une interaction entre deux sous-réseaux assimilée à de la neuromodulation.

Deux réseaux qui se « parlent »

Le premier réseau prend en compte toutes les informations contextuelles concernant la tâche à résoudre. Sur base de ces dernières informations, il neuromodule le deuxième sous-réseau à la manière des neuromodulateurs chimiques du cerveau.

Grâce à la neuromodulation, ce deuxième sous-réseau, qui détermine les actions que l’agent intelligent doit effectuer, peut donc être adapté très rapidement en fonction de la tâche courante. Cela permet à l’agent de résoudre de nouvelles tâches.

« Cette architecture a été testée avec succès sur des classes de problèmes de navigation pour lesquels l’adaptation est nécessaire », précise l’ULiège dans un communiqué. « Des agents entrainés à se déplacer vers une cible, tout en évitant des obstacles, ont notamment été capables de s’adapter à des situations dans lesquelles leur mouvement était perturbé par du vent dont la direction est extrêmement variable ».

Les yeux et les oreilles de Daily Science (123)

Durée de lecture : 5 min

Daily Science vous emmène voir les étoiles (à l’UNamur); déclin des abeilles : BELBEES chiffre l’ampleur des menaces; après l’impact de la météorite qui a tué les dinosaures, la vie marine de nos régions a rapidement repris le dessus; smartphone ou études universitaires : il faut choisir.

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Daily Science vous emmène voir les étoiles

À l’occasion de la fin de l’année, Daily Science propose un concours « astronomique » à ses lecteurs. Trois questions relatives à l’astronomie, au sens large du terme, sont proposées. Une question subsidiaire départagera les plus perspicaces.

Le prix? Il est lui aussi « astronomique ». Il s’agit d’une invitation à une séance d’observation des étoiles et des planètes avec le Pr André Füzfa, de l’UNamur, depuis la tour astronomique de l’université, laquelle a été remise à neuf cette année.

Trois lecteurs seront proclamés lauréats. Chacun pourra être accompagné d’une personne de son choix. Cette soirée d’observation aura lieu en janvier, voire en février 2020, en fonction du ciel et de l’agenda du Pr Füzfa.

Le concours est ouvert jusqu’au 31 décembre 2019 à minuit. Il est accessible via l’onglet « concours » sur la page d’accueil de DailyScience.be. Le formulaire de participation est également accessible en suivant ce lien.

Bonne chance!

Déclin des abeilles : BELBEES chiffre l’ampleur des menaces

33 % des espèces d’abeilles présentes en Belgique sont menacées d’extinction alors que 12 % des populations d’abeilles du pays ont déjà disparu, par rapport à la période 1900-1969. Voilà quelques chiffres provenant du projet de recherche BELBEES, financé par la Politique scientifique fédérale belge (BELSPO) et réalisé par des chercheurs de l’Institut Royal des Sciences naturelles de Belgique et de différentes universités du pays, dont l’Université de Mons.

© Thierry Hubin, Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique.

Ce sont les groupes d’espèces avec des écologies particulières, comme les abeilles sociales, qui sont les plus impactées par les changements globaux. C’est notamment le cas du groupe des bourdons, pour lequel 80 % des espèces sont menacées d’extinction, sont d’ores et déjà éteintes ou sont en passe d’être menacées.
Face à cette régression massive, plusieurs causes anthropiques sont pointées par les chercheurs : la perte et la fragmentation des habitats en raison de l’intensification de l’agriculture et du développement urbain, mais aussi le changement climatique.

Après l’impact de la météorite qui a tué les dinosaures, la vie marine de nos régions a rapidement repris le dessus

Il y a 66 millions d’années, une météorite d’un diamètre de quelque 10 kilomètres de diamètre s’est abattue sur la péninsule mexicaine du Yucatan. Elle a provoqué des désastres environnementaux dans le monde entier avec des tsunamis, un obscurcissement du ciel, des pluies acides… De ces changements climatiques soudains a découlé une des plus grandes crises de la biodiversité de tous les temps. Les trois quarts du règne animal et la moitié des espèces végétales ont été rayés de la carte.

Les conséquences de l’impact des météorites n’ont pas été partout aussi dramatiques. Une nouvelle étude réalisée par des paléontologues belges et néerlandais de la KU Leuven, de l’Institut royal belge des sciences naturelles de Belgique, à Bruxelles, et du Musée d’histoire naturelle de Maastricht, montre que la vie dans la mer subtropicale du Limbourg a largement survécu à cette catastrophe écologique.

Cette conclusion provient de l’analyse de fossiles provenant de l’ancienne carrière de calcaire de Curfs-Ankerpoort, à 5 kilomètres à l’est de Maastricht. L’équipe de chercheurs y a recueilli quelque 1 400 fossiles d’escargots et de coquillages dans des couches de calcaire qui datent d’avant et d’après l’impact de la météorite.

« Nous avons constaté que la diversité des escargots marins des deux périodes était très similaire, comme si ces animaux n’avaient guère souffert des désastres environnementaux », indique un des chercheurs.

Smartphone ou études universitaires : il faut choisir

Les étudiants qui arrivent à l’université pour la première fois et qui utilisent beaucoup leur smartphone obtiennent de moins bons résultats. Tel est un des constats posés par des scientifiques de l’Université de Gand et de l’Université d’Anvers qui ont étudié comment les résultats des examens des étudiants de première année peuvent être mis en lien avec l’utilisation de smartphones.

Les chercheurs ont mis en relation les résultats des examens de 696 étudiants de première année avec des données sur leur utilisation des smartphones. Concrètement, ce sont les résultats des examens de la première période d’examens des étudiants en janvier 2017 qui ont été analysés sur base de questionnaires détaillant leur fréquence d’utilisation de téléphone pour neuf activités différentes (lecture de courriels, recherche d’informations, etc.).

« Les analyses sont sans ambiguïté : les étudiants qui utilisent intensivement leur smartphone obtiennent de moins bons résultats aux examens. Les étudiants dont l’utilisation des smartphones est supérieure à la moyenne obtiennent en moyenne 1,1 point sur 20 de moins à leurs examens que les étudiants dont l’utilisation des smartphones est inférieure à la moyenne », indique le Pr Stijn Baert (UGent).

Autre constat : les étudiants qui faisaient un usage de leur smartphone supérieur à la moyenne ont réussi 60,6 % des examens auxquels ils ont participé. De leur côté, les étudiants ayant une utilisation inférieure à la moyenne des smartphones ont réussi 68,9 % de leurs examens.

Les yeux et les oreilles de Daily Science (122)

Durée de lecture : 5 min

Le Wallonium est de sortie à Namur, Science infuse plutôt que science confuse: un guide pour communicateurs, comment les étoiles géantes se refroidissent et se réchauffent de façon répétée…

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Le Wallonium est de sortie à Namur

Le Kikk 2019, ce festival des cultures numériques et créatives qui emprunte les codes des secteurs de l’art et de la culture autant que de la science et de la technologie, a accueilli cette année le « Wallonium », dans son espace « Market ». Cette surprenante construction, soutenue par l’Awex (Agence Wallonne à l’exportation) et WBI (Wallonie-Bruxelles International) illustre le savoir-faire de différents centres de recherche et d’entreprises en Wallonie.

Pourquoi le Wallonium, dont les atomes du sommet dessinent un « W », s’est-il posé quelques heures à Namur? « Notamment pour montrer qu’en matière “d’additive manufacturing” (impression 3D de différents composés), le Centre collectif de recherche de l’industrie technologique Sirris est et reste à la pointe », indique Thierry Coutelier, du Sirris.

« Nous développons actuellement une « assurance qualité », pour “l’additive manufacturing”. Une certification qui garantit au client ou à l’utilisateur final de la pièce que celle-ci répond bien à toutes ses exigences de qualité. Il s’agit d’une certification transparente, intégrée à tous les niveaux de la chaîne de production, depuis les matières premières utilisées (ou réutilisées) jusqu’aux critères à respecter lors des processus de fabrication ».

Technologies et arts font bon ménage à Namur. Comme le montrent également ces quelques instantanés du Kikk Festival 2019.

 

Science infuse plutôt que science confuse: un guide pour communicateurs

Comment parler de science sans verser dans l’angélisme, la langue de bois ou la contre-vérité? Dans « Science infuse », Marine Lhomel livre ses recettes. Cette spécialiste de la communication a longuement collaboré avec l’industrie biomédicale. Elle connaît ses enjeux, ses jargons, ses relations avec les patients, les investisseurs, les équipes scientifiques, les journalistes.

« Science infuse », par Marine Lhomel, Editions l’attitude des Héros, VP 24 euros.
« Science infuse », par Marine Lhomel, Editions l’attitude des Héros, VP 24 euros.

Son propos vise ici avant tout les communicateurs du secteur biomédical. Son ouvrage intéressera toutefois aussi les curieux avides de comprendre le déroulement et les enjeux d’une étude clinique par exemple. Les professionnels d’une start-up ou d’une spin-off qui souhaiteraient mieux communiquer vers un large public sur l’actualité de leur entreprise y trouveront aussi quelques recettes pour mieux faire comprendre à un public non spécialisé les enjeux de leurs nouveaux projets professionnels.

Son livre est aussi susceptible d’éclairer les journalistes sur les pratiques d’un secteur économique important en Belgique et sur la manière dont ses progrès leur sont distillés.

À travers une série d’études de cas, Marine Lhomel guide les apprentis communicateurs dans les méandres de la recherche qu’ils et elles auront à faire comprendre en dehors du cercle des initiés. Elle les prend par la main et les guide dans l’exercice de leur métier, à commencer par les informer sur la réticence que certains scientifiques peuvent avoir à simplifier la teneur de leurs travaux. Elle balaie également quelques cas de figure où ils pourraient être amenés à intervenir techniquement: conférences, posters scientifiques, présentation à un congrès.

Autant de trucs et astuces du métier à garder en tête quand on veut parler de ses recherches. Comme le résume l’auteure, son livre est surtout « un guide pratico-pratique pour aider entre autres, les chercheurs et entrepreneurs scientifiques à parler de leur science avec les médias, les investisseurs et le grand public ».

 

Comment les étoiles géantes se refroidissent et se réchauffent de façon répétée

Une équipe internationale d’astronomes professionnels et amateurs, comprenant Alex Lobel, astronome à l’Observatoire royal de Belgique, a découvert par quel moyen la température de quatre étoiles hypergéantes jaunes passe de 4000 degrés à 8000 degrés et vice versa en quelques décennies.

Les chercheurs ont analysé la lumière de quatre hypergéantes jaunes qui ont été observées au cours des cinquante à cent dernières années. Les hypergéantes jaunes sont d’énormes étoiles brillantes. Elles sont quinze à vingt fois plus massives que le Soleil et sont 500 000 fois plus brillantes que lui. Les atmosphères de ces étoiles sont tellement immenses que, si elles se trouvaient à la place de notre Soleil, elles s’étendraient au-delà de l’orbite de Jupiter.

Comme les chercheurs disposaient d’une longue série de mesures, ils ont pu voir en détail comment les étoiles se réchauffent en quelques décennies et se refroidissent en quelques années.

Le cycle commence avec une étoile froide. Quelques décennies plus tard, la température moyenne de l’atmosphère atteint environ 8000 degrés. Cependant, à 8000 degrés, l’atmosphère devient instable en raison des pulsations amplifiées. À un certain moment, l’atmosphère entière est éjectée. Par conséquent, l’étoile se refroidit rapidement et un processus d’autoaccélération se produit dans lequel les électrons se fixent aux ions hydrogène et une grande quantité d’énergie ionisante est libérée. Cela refroidit encore plus l’atmosphère. Le refroidissement de 8000 degrés à 4000 degrés ne prend que deux ans. Puis le cycle recommence, avec une étoile un peu plus légère. En fin de compte, les astronomes pensent que l’hypergéante se transforme en une étoile plus chaude et finit par devenir une supernova.

 

Des Belges à bord de la plus grande expédition scientifique jamais menée en Arctique

Durée de lecture : 4 min

La plus grande expédition scientifique jamais organisée vers l’Arctique a été lancée récemment depuis le port de Tromsø en Norvège. Baptisée MOSAiC, pour Multidisciplinary drifting Observatory for the Study of Arctic Climate, cette mission permettra de recueillir des données concernant l’évolution du processus climatique dans cette région fortement impactée par les changements climatiques. Des chercheurs de l’unité de recherches FOCUS  de l’ULiège font partie de l’équipage composée de scientifiques venant de 17 pays*.

La banquise, source ou puits de carbone ?

L’Arctique est la région du monde qui enregistre le réchauffement le plus élevé de ces dernières décennies. Comprendre les raisons de ce réchauffement, l’impact qu’il a sur cette zone et les répercussions que cela pourrait avoir sur d’autres régions de la planète est crucial.

Pendant une année, 6 équipes de recherche se relaieront à bord du Polarstern, le plus gros navire scientifique d’Europe. Il va se laisser emprisonner dans les glaces de l’Arctique, afin de collecter des données sur l’atmosphère, la glace de mer, l’océan, l’écosystème ou encore le cycle biogéochimique. Et ce, pour mieux comprendre les interactions qui façonnent le climat et la vie dans cet environnement polaire.

Le vaisseau de recherche allemand Polarstern durant son hivernage en Mer de Weddel  ©Stefan Hendricks

Bruno Delille, chercheur qualifié FRS-FNRS de l’Unité d’Océanographie Chimique, prendra part au dernier relais de l’expédition. « Un des principaux objectifs de notre groupe est d’estimer le rôle de la banquise arctique comme source ou puits de gaz à effet de serre pour l’atmosphère, dans un contexte où la banquise évolue très rapidement à cause des changements climatiques. »

Des mesures chimiques sur un cycle annuel complet

« Du fait des contraintes logistiques inhérentes au travail dans cette région, notre vision est désespérément parcellaire – quelques semaines d’étude par-ci, quelques mois au plus par-là – avec lesquels il est difficile de tirer un bilan annuel fiable des flux de gaz à effet de serre. MOSAiC est une opportunité unique d’étudier ces questions et d’intégrer nos mesures au cours d’un cycle annuel complet dans une des régions les plus inaccessibles. »

Infographie des principaux centres d’intérêt scientifique de MOSAiC ©MOSAiC

 

« C’est un effort logistique exceptionnel, jamais conduit jusqu’alors. MOSAiC sera pour nous un pas en avant déterminant, et donc un objectif essentiel. Nous serons à bord responsables des mesures d’oxyde nitreux, un des principaux gaz à effet de serre, et collaborerons pour la mesure de deux autres gaz plus connus, le dioxyde de carbone et le méthane. »

Une expédition folle aux chiffres fous

L’expédition MOSAiC, dont le budget est de 140 millions d’euros, est dirigée par l’Institut Alfred Wegener du Centre Helmholtz pour la recherche polaire et marine. Elle présente des défis sans précédent.

Une flotte internationale de quatre brise-glaces, d’hélicoptères et d’avions ravitaillera le Polarstern pour son voyage épique. Au total, 600 participants internationaux, dont la moitié de chercheurs, participeront à cette mission. Elle se terminera à la fin de l’été arctique 2020. Le Polarstern se libérera alors des glaces et retournera à son port d’attache de Bremerhaven, en Allemagne, où il devrait arriver vers la mi-octobre 2020.

Notre météo se mitonne en Arctique

Pour Markus Rex, Directeur de l’expédition et chercheur au Alfred Wegener Institute : “Cette mission est révolutionnaire. Jamais, auparavant, il n’y avait eu une expédition aussi complexe dans cette partie du monde et en hiver. Nous étudierons les processus climatiques dans le centre de l’Arctique. Ainsi, pour la première fois, nous serons en mesure de les comprendre et de les représenter correctement dans les modèles climatiques. »

« L’Arctique est l’épicentre du réchauffement de la planète et a déjà subi des changements spectaculaires. Et c’est là que « se cuisine » la météo en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. Les conditions météorologiques extrêmes comme les éclosions d’air froid de l’Arctique en hiver ou les vagues de chaleur en été sont liées aux changements qui y surviennent. En même temps, les incertitudes de nos modèles climatiques ne sont nulle part plus grandes que dans cette région polaire. Il n’y a pas de pronostic fiable sur la façon dont le climat arctique évoluera ou sur les impacts potentiels sur notre climat. Notre mission est de changer cela. »

 

*Belgique, Canada, Chine, Danemark, Finlande, France, Allemagne, Grande-Bretagne, Japon, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Russie, Espagne, Suède, Suisse et Etats-Unis.

 

Natacha Delrez (ULiège) remporte la finale internationale 2019 du concours « Ma thèse en 180 secondes » à Dakar

Durée de lecture : 4 min

La sixième finale internationale du concours d’éloquence et de vulgarisation scientifique «Ma thèse en 180 secondes» a été remportée jeudi soir à Dakar (Sénégal) par Natacha Delrez, doctorante à l’Université de Liège.

La prestation de la jeune doctorante du FNRS à la Faculté vétérinaire de l’ULiège a séduit le jury. Elle a remporté le premier prix, devant la candidate malgache, récompensée par le deuxième prix de ce concours, et le candidat français, classé troisième.

C’est la deuxième fois en six éditions que ce concours international de vulgarisation des sciences sourit à l’Université de Liège. En 2015, à Paris, le mathématicien et doctorant Adrien Deliège avait déjà remporté le premier prix.

À chaque fois, le principe est identique : présenter en 180 secondes, sur scène, de manière vulgarisée les tenants et aboutissants des recherches scientifiques menées dans le cadre de son doctorat.

L’anguille, le virus et la luciole

Pour les 18 finalistes de l’édition 2019 de MT180 à Dakar, la scène en question n’était autre que celle du nouveau Grand Théâtre National. Devant le jury, et plus de 1600 spectateurs, les talents d’oratrice de Natacha Delrez, et la clarté de son exposé, intitulé « il était une fois l’anguille, le virus et la luciole », ont fait la différence.

« Au sein du Laboratoire du Pr Alain Vanderplasschen, je travaille sur la problématique de l’infection des anguilles européennes (Anguilla Anguilla) par un herpèsvirus », explique Natacha Delrez.

« J’essaie de comprendre quand et comment le virus infecte ces poissons, comment il se propage dans leur organisme pour finalement les affaiblir et entraîner leur mort », précise la scientifique, qui entame sa troisième année de thèse à Liège.

Vacciner les poissons par balnéation

Grâce au soutien du FNRS et du Fond Européen pour les affaires maritimes et la pêche qui financent ses recherches, la chercheuse espère aussi pouvoir mettre au point un vaccin efficace et sûr contre ce virus.

Mais à propos, comment vaccine-t-on des anguilles ? « On ne peut pas se permettre de vacciner les poissons un à un comme certaines espèces ornementales de grande valeur, détaille la chercheuse. Ici nous travaillons sur le système utilisable en aquaculture. Dans le cadre de ma thèse j’essaye de comprendre comment le virus pénètre dans l’organisme des poissons. Nous avons pu mettre en évidence que le virus se propageait par contact direct, peau à peau, entre individus ».

« Nous comptons utiliser la même voie d’entrée pour administrer le vaccin. Cela passera par une technique de balnéation. En aquaculture, nous diluons le vaccin dans des bassins où se trouvent les poissons. C’est donc par leur peau qu’ils seront vaccinés ».

« Bien sûr, il faut aussi savoir quand administrer ce vaccin aux poissons. Pour cela, il faut connaître la pathogénie de la maladie. C’est à dire identifier le moment auquel les anguilles sont infectées, comment l’agent pathogène entre dans l’individu, comment il se propage et provoque la maladie, quels sont les organes les plus touchés… »

Une semaine de rencontres et de partages pour les 18 candidats

A Dakar, la finale du sixième concours international francophone d’éloquence et de vulgarisation scientifique « Ma Thèse en 180 secondes » est un succès. Pour les 18 candidats (dont 12 candidates) en lice, la semaine a été riche en rencontres, en partages et en contacts.

De quoi nouer des relations avec des scientifiques venus de divers continents et de multiples disciplines. « C’est magnifique de pouvoir dialoguer avec des doctorants venus de partout dans le monde », dit encore Natacha Delrez. « C’est très différent d’un congrès scientifique où l’on se retrouve avec des personnes spécialisées dans la même discipline que la vôtre. Ici, les partages, les explications partent dans toutes les directions. C’est d’une grande richesse», conclut-elle.

Tianarilalaina Tantely Andriamampianina, la concurrente de Madagascar arrivée en deuxième position et qui étudie les propriétés anti-inflammatoires d’une plante malgache, de même que le musicologue français Tom Mebarki classé troisième, ne disent pas autre chose !

Découvrez ici la prestation de Natacha Delrez enregistrée lors de la finale interuniversitaire belge du concours Ma thèse en 180 secondes Belgium.

 

 

 

 

 

Donald Trump et Xi Jinping tomberont-ils dans le piège de Thucydide? 

Durée de lecture : 5 min

 

«Vers la guerre. L’Amérique et la Chine dans le Piège de Thucydide?» par Graham Allison. Editions Odile Jacob – VP 29,90 euros, VN 21,99 euros.

Thucydide devrait faire réfléchir les présidents états-unien et chinois. Selon l’historien grec du Ve siècle avant notre ère, la montée en puissance d’Athènes et la peur qu’elle inspire à Sparte rendent la guerre du Péloponnèse inévitable. Au XXIe siècle, cela pourrait être Washington face à Pékin. C’est la thèse du Pr Graham Allison dans « Destined for War. Can America and China Escape Thucydides’s Trap? ». Traduit en «Vers la guerre. L’Amérique et la Chine dans le Piège de Thucydide?». Le politologue états-unien appelle « piège de Thucydide » la dynamique qui pousse un pays dominant à affronter un pays émergent.

Imaginer l’inimaginable

« Ce n’est pas un livre sur la Chine », précise le chercheur qui a enseigné pendant 50 ans à Harvard. « J’analyse plutôt l’impact sur les États-Unis et sur l’ordre mondial d’une Chine en plein essor. La Chine et les États-Unis suivent actuellement une trajectoire de collision qui – sauf à prendre, de part et d’autre, des mesures aussi difficiles que douloureuses – les conduira tout droit à la guerre. En épluchant les annales des cinq derniers siècles, les chercheurs du programme Piège de Thucydide, que je dirige à l’Université Harvard, ont pu repérer 16 moments dans l’histoire où l’émergence d’un pays est venue perturber la domination d’un autre. »

Au moins 2 guerres ont été évitées au XXe siècle. Le Royaume-Uni, puissance dominante, contre les États-Unis. Les États-Unis contre l’Union soviétique, puissance émergente. « Pour échapper au piège de Thucydide, nous devons accepter de penser l’impensable et d’imaginer l’inimaginable », juge le Pr Allison. « Vu la situation actuelle, il nous faut désormais infléchir le cours même de l’histoire. »

Comparaison n’est pas raison

Spécialiste de la Grèce antique, Monique Mund-Dopchie se réjouit que Xi Jinping et Donald Trump s’intéressent au piège de Thucydide.

« C’est bien la peur suscitée par l’impérialisme conquérant d’Athènes qui a amené Sparte à entrer en guerre », confirme la professeure émérite à l’Université catholique de Louvain (UCLouvain). « Mais le diable est dans les détails. »

« D’une part, Sparte n’était plus en 431 une puissance dominante sur l’ensemble de la Grèce. D’autre part, l’assimilation des États-Unis à Sparte, qui plaît particulièrement, nous dit-on, à Steve Bannon, l’ex-conseiller en stratégie de Donald Trump, est pour le moins discutable. Peut-être la Sparte qui envisage avec méfiance les guerres extérieures ressemblait-elle aux États-Unis à un moment de leur histoire, sous la présidence du Monroe, partisan d’une politique de repli sur le territoire national et son hinterland traditionnel. Mais il convient de ne pas se faire d’illusions sur la portée de sa victoire sur Athènes. Car les Lacédémoniens ont été entraînés dès 396 dans des guerres contre les autres cités grecques, dont Sparte n’est pas sortie victorieuse. Enfin, cette dernière est exclusivement une puissance terrienne, tandis que les USA sont par vocation à la fois continentaux et maritimes. »

« Ici encore, comparaison n’est pas raison. L’identification des États-Unis à Sparte n’est pas aussi évidente et valorisante pour les États-Unis que le croient ceux qui la mettent en avant. »

Lucidité et modération

« Thucydide et les relations internationales » par Monique Mund-Dopchie. Editons de l’Académie, collection « L’Académie en poche » – VP 7 euros, VN 3,99 euros

Dans la collection « L’Académie en poche », la Pre Mund-Dopchie enquête sur la vision de l’historien de l’Antiquité. Son « Thucydide et les relations internationales » évoque la biographie de l’Athénien. Analyse les textes qui abordent des questions de politique entre les cités-États. S’intéresse à leur influence sur des penseurs, journalistes et politologues occidentaux.

Monique Mund-Dopchie souligne la qualité de la méthode utilisée par Thucydide, auteur des 8 livres sur l’ « Histoire de la guerre du Péloponnèse ». Un conflit qui opposa, pendant 27 ans, Athènes et ses alliés à une coalition de cités péloponnésiennes dont Sparte prit la tête.

« Thucydide essaie d’établir les faits en établissant le sérieux des témoins et en recoupant leurs témoignages. » Au contraire de l’historien Hérodote qui recueille toutes les informations en les soumettant uniquement au crible de la vraisemblance.

Pour la Pre Mund-Dopchie, membre de la Classe des Lettres et des Sciences morales et politiques de l’Académie royale de Belgique, il ne faudrait pas utiliser le « capital impérissable » de Thucydide sans tenir compte de son environnement. Ni limiter la « leçon » de l’ « Histoire de la guerre du Péloponnèse » aux seules analyses stratégiques. « Peut-être est-ce l’exigence de lucidité et de modération qui constitue la leçon la plus actuelle de Thucydide à une époque agitée », conclut la chercheuse qui se consacre à la survie des auteurs grecs dans la culture occidentale.

La chimie verte se nourrit de fruits de dragon

Durée de lecture : 4 min

Série (3/5) : Sciences Nord-Sud

Au rayon des fruits exotiques, un petit nouveau vole la vedette aux noix de coco, ananas et autres papayes. Le « fruit du dragon », aussi connu sous le nom de pitaya, est de plus en plus populaire auprès des consommateurs. Considéré comme un « super fruit », il refermerait une chaire riche en fibres, vitamines et autres nutriments essentiels.

Pitaya: fruit en croissance avec taches.
Pitaya: fruit en croissance avec taches.

Sa production est toutefois aujourd’hui en péril. L’arbre qui produit ce fruit est en effet atteint d’une maladie inconnue depuis une dizaine d’années. Ce qui entraine des pertes économiques importantes, notamment pour les agriculteurs du Vietnam, l’un des principaux pays exportateurs.

Lutter contre cette maladie dans la région est au centre du projet de recherche de l’Université de Liège, piloté en coopération avec l’Université d’Économie de Ho Chi Minh Ville, le service des Sciences et Technologies de Binh Thuan, l’International University et l’UCLouvain.

La mort des cactus impacte le sud du Vietnam

« Dans tous les pays producteurs, on constate qu’un ou plusieurs agents pathogènes touchent ces fruitiers, dont le mode de transmission n’est pas connu sur ce type de culture. La pathologie entraine à terme la mort du cactus qui porte le fruit, et ainsi cause une baisse de rendement auprès des agriculteurs » indique Aurore Richel, directrice du Laboratoire de Biomasses et de Technologies vertes à Gembloux Agro-Bio Tech, et responsable belge du projet.

« Cette maladie marque le fruit de taches orange. Et bien qu’il reste consommable, on note une diminution de sa vente, car l’intérêt du pitaya est aussi esthétique, c’est un beau fruit souvent sculpté comme décoration culinaire » précise-t-elle.

Fruit/pitaya.

Un des pays les plus impactés par ce problème est donc le Vietnam, un des leaders mondiaux de la culture du fruit du dragon. Et particulièrement la province du Bình Thuận, qui assure près des trois quarts de la production nationale. Pour les agriculteurs de la région, la culture du pitaya représente leur première source de revenus.

La transmission du pathogène évitée par le recyclage

Par ce projet, les scientifiques belge et vietnamiens visent plusieurs objectifs : caractériser la maladie, développer un traitement, mais aussi mettre en place des stratégies pour lutter contre sa propagation.
Avant de trouver un traitement, il faut identifier ce qui cause la transmission de la maladie. Les déchets organiques générés par la taille du cactus seraient les responsables de la propagation de l’infection. L’agriculteur coupe de fait régulièrement les branches du cactus afin d’augmenter sa fructification. Abandonnées le plus souvent au pied de l’arbre, les branches infectées contamineraient ensuite le cactus voisin.

« Dans une logique d’économie circulaire, nous proposons de ramasser ces déchets afin de les valoriser localement. Ce qui implique de changer les habitudes des agriculteurs. Un guide des bonnes pratiques sera d’ailleurs édité en vietnamien dans le cadre du projet », détaille la Dre Richel. « Ces déchets seraient ensuite réutilisés pour fabriquer du plastique biodégradable, mais aussi pour produire du gaz renouvelable ».

Unité de biométhanisation domestique.
Unité de biométhanisation domestique.

Bioplastique et biométhane au programme

Ces mises en valeur des déchets de la culture du fruit du dragon, actuellement à l’étude, offrent divers avantages environnementaux.

La fabrication de bioplastiques représente une solution intéressante pour pallier le problème de la pollution plastique d’origine pétrochimique. Le Vietnam génère à lui seul près de 6000 de tonnes de déchets plastiques, par jour. Les scientifiques évaluent ainsi que la moitié des déchets plastiques dans les océans seraient issus de la Chine, l’Indonésie, les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam…

« La méthanisation des déchets organiques permettrait de son côté d’alimenter les habitations locales en biométhane », précise la spécialiste en chimie verte. Réduisant de cette manière les émissions de dioxyde de carbone de la région, et améliorant du même coup le niveau de vie de la population.
Ce projet amène donc plusieurs solutions à des préoccupations importantes. En plus d’apporter une réponse originale à la lutte contre la maladie affectant la production fruitière au Vietnam.

« Pour la première fois, nous tentons de valoriser une biomasse atteinte par des agents pathogènes. L’originalité de la démarche réside dans l’idée que c’est justement en exploitant cette biomasse infectée que l’on pourra diminuer le risque de propagation de la maladie », conclut la Dre Richel.

Urbanisme montois à Haïti

Durée de lecture : 5 min

Série (2/5) : Sciences Nord-Sud

Niché dans la mer des Caraïbes, Haïti est régulièrement secoué par des tremblements de terre. Chaque année, le pays est également balayé par les ouragans tropicaux. Avec une densité de population de plus de 400 personnes au km², le pays doit répondre à une pression démographique importante. Tels sont les principaux enjeux auxquels doivent faire face les administrations responsables de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme du pays.

Port-au-Prince, bidonvilles et villas.
Port-au-Prince, bidonvilles et villas.

Faute de formation sur place, les Haïtiens mettent en œuvre des solutions importées, souvent non adaptées aux aléas naturels et sociaux du territoire. C’est pourquoi une équipe de chercheurs de l’Université de Mons, en collaboration avec l’ULiège et l’Université d’État de Haïti, s’investit depuis plus d’un an dans un projet de formation qui concerne des aménageurs haïtiens, par des Haïtiens, sur le territoire haïtien.

Un projet construit selon la réalité haïtienne

Pierre Cornut, professeur d’urbanisme à la Faculté d’architecture et d’urbanisme de l’UMONS, et coordinateur du projet, explique que l’idée de cette formation est née après le séjour de Pascal Simoens, initiateur et partenaire du projet. « Il était parti à Haïti dans le cadre de la reconstruction de Port-au-Prince après le séisme de 2010, particulièrement destructeur. On estime que pour une agglomération de 152 km², 70% des bâtiments ont été totalement détruits ou très endommagés. De nombreuses constructions n’ont pas tenu le coup en partie à cause de l’aménagement rural et urbain inadapté », ajoute-t-il.

La raison réside dans l’absence de formation de type master à Haïti dans l’aménagement des espaces urbains. Les rares professionnels formés sont par conséquent instruits à l’étranger, où les méthodes enseignées ne sont pas toujours efficaces devant les enjeux climatiques, sismiques et sociaux du territoire haïtien.

Tenir compte aussi des « croyances » locales

Depuis 2018, les chercheurs du projet proposent de ce fait une formation universitaire en urbanisme et aménagement du territoire à destination des locaux, adaptée aux besoins et à la réalité du pays.
« Plus globalement, la gestion des infrastructures d’une commune, que cela soit les égouts, la distribution d’eau, ou les routes, ne peut se faire correctement si on ne réfléchit pas à l’agencement des quartiers. Il y a une réelle demande de la part des administrations de disposer d’experts locaux dans ce domaine » souligne le docteur en sciences géographiques.

Port-au-Prince, immeubles en travaux.
Port-au-Prince, immeubles en travaux.

Les bureaux d’urbanisme étrangers sont généralement les seuls à répondre aux appels d’offres d’aménagement. Des bureaux qui n’apportent pas toujours des solutions en phase avec la culture du pays. « Un de ces bureaux a par exemple construit un nouveau quartier à Port-au-Prince après le séisme de 2010. Mais les architectes ont aménagé, sans le savoir, une zone considérée par les habitants comme maudite, il y a là-bas un problème de superstition, et donc personne ne veut y habiter ! »

Un lexique en créole propre à l’aménagement du territoire et à l’urbanisme

La formation mise en place par le projet vise donc des Haïtiens qui travaillent déjà dans le secteur de l’aménagement du territoire. Elle prend la forme d’un Master de deux ans à horaire décalé, afin de permettre aux étudiants de concilier ces études avec leur vie professionnelle et familiale. Ils sont à ce jour une trentaine à clôturer leur première année.

L’enseignement est donné en français, mais aussi dans la langue locale, le créole, car seule une minorité de la population parle couramment français. « L’un des objectifs du projet vise d’ailleurs à créer un lexique en créole propre à l’aménagement du territoire et à l’urbanisme. La formation étant nouvelle à Haïti, de nombreux termes doivent en réalité être inventés dans la langue du pays ! »

Les cours sont donnés par des urbanistes haïtiens déjà formés. Les matières sont organisées à l’aide d’un professeur belge. Les cours sont coconstruits par douze binômes de professeurs belgo-haïtiens. « Une formation doctorale sera proposée à certains de ces professeurs haïtiens dans la suite du projet. Ainsi qu’aux étudiants les plus prometteurs. L’idée étant de créer une unité de recherche et d’enseignement en urbanisme et aménagement au sein de l’Université de Haïti », précise le géographe.
Des travaux de recherches sont déjà menés dans le cadre du Master, à travers des ateliers collaboratifs appelés « Kombit ». Tous les quatre mois, pendant deux semaines, les étudiants travaillent sur un projet d’aménagement, dans un quartier. Ces cas pratiques leur permettent de travailler directement sur le terrain.

L’urbanisme, outil d’apaisement des tensions sociales ?

« Nous espérons que les idées envisagées dans ces travaux d’étudiants seront creusées à l’avenir. Mais nous devons reconnaître que c’est un terrain d’étude compliqué. Principalement en raison des troubles sociopolitiques qui bloquent très souvent le pays ces derniers mois… »

Cette instabilité trouverait en partie son origine dans l’organisation de l’espace urbain. Six Haïtiens sur dix vivent aujourd’hui dans des grandes villes. Rien qu’à Port-au-Prince, on compte 2,5 millions d’habitants. Une surpopulation qui accentue inévitablement les tensions au sein de la population.

Selon les scientifiques, un aménagement pertinent du territoire apporterait une meilleure qualité de vie aux Haïtiens, et pourrait de cette façon améliorer les conditions politiques et sociales du pays. En plus d’apporter une meilleure résistance des quartiers face aux futurs événements climatiques et sismiques.
L’équipe de géographes, urbanistes et architectes belges prévoit de poursuivre leur collaboration avec les Haïtiens d’ici la fin du projet, en 2022.

« Une fois le laboratoire créé, nous envisageons de relancer un nouveau projet, de recherche cette fois-ci, afin de développer des solutions concrètes avec nos collègues locaux » indique encore le Dr Cornut.

Le taux de gaz dans le lac du volcan Taal signe son activité

Durée de lecture : 5 min

Série (1/5) : Sciences Nord-Sud

Les chercheurs des universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles s’intéressent à une multitude de thématiques. Cette semaine, ils nous emmènent au « Sud ». Là où leurs recherches bénéficient autant à la Science qu’au quotidien des populations qu’ils croisent sur leur chemin.

Aux Philippines, il est considéré comme le plus dangereux des volcans. Explosif, très actif, et possédant un système hydrothermal, le Taal est connu pour ses éruptions phréato-magmatiques. Des phénomènes destructeurs combinant coulées de lave et explosions d’eau et de gaz à très haute température.

Volcan Taal, Philippines.
Volcan Taal, Philippines.

L’évaluation du risque est primordiale si les autorités veulent réduire l’impact d’une telle catastrophe. Ce qui passe par la surveillance des signaux révélant une activité volcanique. Depuis 2013, une équipe de l’Université Libre de Bruxelles applique une méthode innovante pour mieux tenir à l’œil le volcan Taal.

Un projet mené en collaboration avec le Philippine Institute of Volcanology and Seismology (PHIVOLCS), l’Université de Los Banos, et l’UCLouvain.

Des sondes aquatiques reniflent les gaz volcaniques

Installation d'instruments dans le lac du volcan Taal.
Installation d’instruments dans le lac du volcan Taal.

Dans le cadre de la surveillance d’un volcan, différents paramètres sont étudiés : les séismes, les déformations terrestres et les émissions de gaz. En ce qui concerne le volcan Taal, ces gaz ont la particularité d’être émis dans le lac qu’il abrite.

« Nous avons donc installé dans ce lac volcanique un système unique au monde, qui mesure les émissions de gaz carbonique. Au bout de six années d’expériences, nous avons démontré qu’étudier ce paramètre est très pertinent pour estimer le niveau d’activité volcanique », explique le Pr Alain Bernard, volcanologue au laboratoire G-TIME de l’ULB, et coordinateur du projet.

Une éruption détectée trois mois plus tôt

C’est à la suite d’une étude menée sur le volcan Kelud, en Indonésie, que ce système a été initialement conçu. Les scientifiques de l’ULB ont à l’époque tenté de modifier des sondes destinées à mesurer le CO2 atmosphérique. Ils les ont recouvertes d’une membrane perméable aux gaz et imperméable à l’eau afin qu’elles puissent fonctionner dans le lac du Kelud.

Grâce à ces mesures, les volcanologues ont réussi à prédire trois mois à l’avance l’éruption du volcan. « C’était plutôt un coup de chance, car les instruments n’étaient alors pas installés sur le Kelud de manière permanente », nuance le Dr Bernard. « Mais les résultats étaient encourageants. Du coup, nous avons décidé d’exploiter cette méthode dans le cadre du projet sur le volcan Taal. Nous avons amélioré le système en lui permettant de mesurer les gaz en continu et en temps réel. Des données qui sont ensuite transmises au PHIVOLCS ».

CO2 et séisme seraient connectés

Depuis 2013, les chercheurs ont pu être les témoins de deux crises sismiques chez ce volcan. Ils ont noté que le taux de CO2 dans le lac augmentait selon cette activité. Plus encore, cette augmentation du niveau de gaz serait en fait le tout premier signe annonciateur d’un séisme volcanique.

« Nous ignorons encore ce qui initie les tremblements de terre d’origine volcanique. Est-ce les mouvements du magma dans la chambre magmatique ? Ou autre chose ? Depuis cette étude sur le Taal, nous suspectons que ces crises soient d’origine hydrothermale. Les gaz dans le système seraient mis sous-pression et feraient trembler la structure du volcan. Ces gaz remonteraient la cheminée du volcan jusqu’à atteindre le lac, faisant augmenter la quantité de gaz carbonique dans l’eau », développe le volcanologue.

Éruption phréatique.
Éruption phréatique.

Cette hypothèse doit bien sûr encore être démontrée, mais le taux de CO2 aquatique semble être un indicateur utile pour diagnostiquer les phénomènes volcaniques. Bien que l’étude de ce paramètre ne soit pas pertinente pour tous les volcans.

« Évaluer la variation de CO2 aux abords d’un volcan pose problème, car les données sont biaisées par le background atmosphérique. Le gaz carbonique étant naturellement présent dans l’air. C’est seulement dans le cas des volcans disposant d’un lac, où l’on peut étudier ce gaz dans l’eau avant qu’il ne soit dilué dans l’atmosphère, que les données sont les plus fiables ».

Dans le cas du Taal, les Philippins disposent donc aujourd’hui d’une nouvelle technologie utile, à côté de leurs autres méthodes de monitoring.

Une sensibilisation des populations nécessaire

En parallèle à cette activité de recherche, ce projet vise également à sensibiliser les habitants aux risques volcaniques. 10 000 personnes vivent à ce jour à proximité immédiate du Taal. Sans compter les presque 2 millions d’habitants de Manille, située à 60 kilomètres du site du volcan.

Alerter la population d’un regain d’activité volcanique demeure contre-productif si cette population ne réagit pas correctement. « La dernière éruption remonte à 1965. De nombreux habitants n’en ont donc jamais connue. Les partenaires locaux ont ainsi organisé des séminaires pour informer les habitants »
Le projet a choisi cinq villages pilotes les plus à risque pour y expliquer ce qu’est une éruption volcanique, la manière dont elle se manifeste, et ce qu’il faut faire si cela arrive.

« Nous estimons aujourd’hui qu’évacuer toutes ces personnes prendrait entre 2 et 3 semaines. De plus, une fois évacués, les habitants doivent être relogés, et ce pour une durée indéterminée. Une éruption volcanique peut durer plusieurs semaines, mais aussi plusieurs années, ça s’est déjà vu », précise le Dr Bernard.

Pour rappel, le volcan Taal a connu 33 éruptions magmatiques depuis le 16e siècle. Et cela fait aujourd’hui 42 ans que le volcan ne s’est pas manifesté… La probabilité d’avoir une nouvelle éruption est donc élevée, et il est primordial de s’y préparer.

 

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